Dans le monde de la pêche, on n'a pas
toujours le choix. On travaille sur le premier bateau sur lequel on peut
trouver du travail et on pêche dans la première zone dans laquelle on estime le
poisson s'y trouver, soi-disant, en abondance.
Et comme les poissons les plus recherchés,
à titre d'exemple la sardine, sont des espèces migratrices, cela suppose qu'un
marin pêcheur lui aussi est souvent migrateur. Il peut faire plusieurs bateaux
et autant de ports dans une vie aussi courte soit-elle.
Saïd est Bénisafien, il est marin pêcheur
depuis au moins un quart de siècle et il a déjà fait le tour des quais du pays.
Mais pour lui, le problème n'est pas là. Le problème, aujourd'hui, est quand un
marin pêcheur veut se faire rembourser des frais médicaux, il doit aller
obligatoirement à la caisse sociale où l'employeur - le propriétaire du bateau
- effectue les versements de ses cotisations concernant l'équipage de son
bateau. En fin de semaine écoulée, Saïd était sur le port. Il voulait parler au
ministre de la Pêche. Il s'est confié au Quotidien d'Oran. «Quand vous
travaillez ou vous avez travaillé sur un bateau immatriculé hors Béni-Saf, par
exemple à Annaba, et vous tenez toujours à être remboursé des ‘quatre sous' de
vos frais médicaux engagés, vous devez nécessairement aller jusqu'à la CNAS de
Annaba même si le bateau est toujours à Béni-Saf». Et c'est valable pour toutes
les caisses locales ou régionales, ajoutera-t-il.
Même son de cloche pour les allocations
familiales qui, semble-t-il, étaient payées auparavant par mandat au marin
pêcheur à son lieu de résidence. Alors qu'aujourd'hui les AF seraient payées à
la caisse du lieu de résidence de l'employeur. Encore que le marin pêcheur
devra présenter une déclaration d'emploi dûment remplie, signée et cachetée par
l'employeur dans laquelle sont mentionnées les périodes de travail. On nous
fera savoir aussi qu'avant 1988, les gens de la mer étaient régis par une
caisse propre à la profession, la caisse de protection des gens de la mer. Pis
encore, certains marins pêcheurs de Béni-Saf, même ayant régularisé plusieurs
fois leur situation administrative vis-à-vis de la caisse où est affilé
l'employeur, n'auraient pas perçu un sou des AF depuis plusieurs mois. On leur
demande de fournir tel ou tel document. Une fois fait, l'attente devient plus
longue que prévue.
Avec Saïd, il y a aussi Safi. Lui aussi
voulait parler au ministre. Mais il ne savait pas trop s'il pouvait le faire.
Comme souvent, dira-t-il, il a le trac. Safi, lui est ramendeur. Son métier
consiste à réparer les filets de pêche déchirés lors du chalutage. Et
contrairement à Saïd, Safi ne peut prétendre pour le moment ni aux allocations
familiales ni aux remboursements des frais médicaux. Pour la simple raison,
explique le représentant des petits métiers, que les hommes à terre, tels les
ramendeurs et les portefaix, n'ont pas le même statut que le personnel navigant
(les hommes à bord du bateau). Le rôle, une sorte d'autorisation de pêcher, qui
doit désigner la liste du personnel navigant en activité, mais seulement les
hommes détenteurs d'un fascicule ou livret marin.
Le problème du ramendeur est quand il
trouve du travail, il est souvent employé par plusieurs propriétaires à la fois
et il lui est difficile de trouver celui qui veut ou peut l'assurer à la place
des autres. Aujourd'hui les jeunes qui ont choisi ce métier, ajoute notre
interlocuteur, veulent l'abandonner craignant que ce métier soit encore
marginalisé par rapport au statut des gens de la mer. Le ramendeur participe
certes indirectement à la production, mais d'une belle manière. Son rôle est
aussi important que celui qui va uniquement pour surveiller le filet ou trier
le poisson. C'est lui qui taille le filet et souvent c'est ce filet qui fait la
différence dans la quantité de la prise du poisson.
Il y a aussi Abbès, un autre ramendeur. Il
est aussi père de famille et n'a pas perçu un centime des allocations
familiales ni pu se faire rembourser ses frais médicaux depuis 2001. Lui qui
traîne une maladie chronique, pense déjà à « l'après 60 ans », quand il n'aura
plus droit au travail et il doit continuer à nourrir ses enfants, que même
aujourd'hui il a du mal à assurer en raison d'une période de pêche mi-figue
mi-raisin. Abbès travaille depuis près de 30 ans dans le ramendage.
Comme Saïd, Safi et Abbès, tous les autres
gens de la mer veulent que ce problème soit vite pris en charge par les
responsables concernés. On dit souvent, quand les gens de la mer souffrent, ils
ne se dévoilent pas. Ils ont l'habitude des rudes combats avec les mers
démontées et des nuits glacées. Mais cette fois, ils n'en peuvent plus. Saïd
est au chômage depuis plusieurs semaines. Météo oblige, panne ou manque de
place à bord, il ne veut pas le dire.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Bensafi
Source : www.lequotidien-oran.com