En dépit des énormes potentialités agricoles dont dispose la wilaya, force est de constater que ce secteur a subi le diktat des spéculateurs qui ont mainmise sur les exploitations agricoles relevant des biens de l'Etat les plus fertiles.Les fermes, faut-il le rappeler, furent jadis un paradis pourvoyeur de richesses, dont les trois fermes pilotes sont un exemple édifiant de ce gâchis qui doit interpeller le ministère de tutelle. Ces espaces agricoles spécialisés dans la production de fourrages, maraîchage, arboriculture et d'engraissement d'animaux s'étendant sur une superficie de plus de 575 hectares sont une preuve du laxisme qui sévit dans ce domaine au su et au vu de tous. Créées vers la fin des années 1980, avec un statut d'Epic, elles se sont reconverties en Eurl sous l'égide d'un holding qui s'est transformé, à son tour, en Société de gestion de développement agricole (SGDA). Actuellement, ce sont des entreprises économiques publiques dépendant de l'Entreprise régionale de l'investissement et la valorisation des fermes et les terres agricoles de Annaba (SEVSPA) dont la gestion est assurée par un conseil d'administration. Certains connaisseurs dans ce domaine estiment que cet organigramme « labyrinthe » est la source d'étranglement de ces fermes qui ont du mal à se débarrasser des modes de gestion archaïque qui ont montré leurs limites durant les années 70, et son lot de dégâts sur le monde rural qui a été totalement vidé de ses fellahs. « Ces derniers ont enfilé leurs costumes pour travailler comme plantons chez le chef de la kasma FLN.»
Un ancien cadre de l'agriculture à la retraite nous affirme « que ce labyrinthe bureaucratique a noyé la responsabilité des uns et des autres dans une nuée de structures de gestion fonctionnant selon l'adage populaire «dar aâmi moh koul ourouh» pour reprendre fidèlement l'expression de Mohamed , fellah au sein d'une ancienne exploitation agricole collective (EAC) à Djimar menacée par les constructions illicites qui poussent comme des champignons.
La wilaya compte trois fermes pilotes, Bouzetit dans la commune de Taher s'étendant sur une superficie de 112 hectares, Touier à Belghimouz dans la commune d'El-Ancer comptant une superficie de 162 hectares, et Adouane relevant de Kouas et de Jijel avec 301 hectares dont une bonne partie a été amputée pour abriter des équipements publics, des programmes de logements, des projets d'investissements dont la plupart n'ont pas encore vu le jour.
Selon un rapport de la Direction des services agricoles, sur une superficie totale de 575 hectares, 111 seulement sont exploités par 38 exploitants en activité , ce qui traduit l'état chaotique de ces exploitations réputées pour leurs énormes potentialités, il y a quelques années.
Pour rappel , en vertu de l'instruction ministérielle n° 219 daté du 14 mars 2011, fixant les conditions pour l'élaboration d'un contrat de partenariat pour que ces fermes soient gérées par des entreprises publiques économiques EPE-SPA, qui a été présentée à deux reprises en 2011 et 2013, cette démarche n'a pas abouti, faute de preneurs.
À cet effet, l'appel d'intérêt général a été lancé mais sans résultat. La commission de l'agriculture, de la pêche, et du tourisme relevant de l'Assemblée populaire de wilaya a dressé, lors d'une précédente session, un tableau critique de la réalité de ces trois entités agricoles : les structures et les hangars en ruine, un matériel inexistant ou détourné, les terrains et les dépôts sont loués dans le cadre des contrats commerciaux pour le recouvrement des recettes au profit des travailleurs. Ladite commission a signalé que ces fermes croulent sous les dettes , que les droits des travailleurs sont bafoués, comme leurs cotisations auprès de la Cnas, des superficies non négligeables sont squattées par des spéculateurs de tous bords qui ont érigé des constructions illicites sur des terrains appartenant à l'Etat sans être inquiétés.
À ce titre, neuf affaires sont au niveau de la justice. Il est même signalé que « la bande de spéculateurs fait de la sous-location ».
La sonnette d'alarme est tirée par les agriculteurs qui craignent que les fermes aient à subir le même sort que les exploitations agricoles collectives (EAC) et individuelles (EAI), qui ont quasiment disparu face à l'avancée du béton.
Bouhali Mohammed Cherif
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Bouhali Mohammed Cherif
Source : www.lesoirdalgerie.com