Annaba - Revue de Presse

25 harraga secourus au large de Annaba «Même la mort ne veut pas de nous !»



Vingt-cinq candidats à l'émigration clandestine ont été secourus, hier en mer à Annaba, par les éléments des gardes côtes du commandement du groupement de la façade Est. Il était 7 heures du matin, lorsqu'une personne s'est présentée chez les gardes côtes pour faire état d'un appel de détresse en provenance du large des côtes de Annaba. «C'est l'un des harraga qui avait appelé au moyen d'un portable un de ses parents pour lui signaler le danger qu'ils encouraient. J'ai dû alors joindre les concernés par en savoir plus. Ils étaient paniqués. J'entendais des cris et des propos inaudibles. J'ai tenté de les rassurer et de les calmer», nous a déclaré le colonel Kellal Hocine, qui avait donné l'alerte générale. Un avion patrouilleur, trois vedettes, deux embarcations semi-rigides très rapides et trois corvettes ont été mobilisés. Sur terre, deux Toyota effectuaient des recherches tout au long des côtes. L'embarcation semi-rigide à bord de laquelle nous nous trouvions sort du port vers 09h30. Nous rejoignons les sauveteurs en haute mer. Quelque temps après, nous sommes à bord de la corvette «El Hachid 344». Vers 10h30, la première embarcation apparaît avec 14 personnes à bord, dont le plus jeune est âgé de 19 ans et le plus âgé de 35 ans. Leur état était lamentable. Ils étaient à 11 milles, à peu près 20 kilomètres, de Ras El-Hamra. «Nous avons tenté notre chance mais la mer nous a trahis. Nous sommes sortis de Sidi Salem vers 1 heure du matin. Nous avons côtoyé la mort de très près, mais il est préférable de mourir en mer que de revenir et vivre l'enfer du chômage», nous a dit l'un des rescapés. Il dit être âgé de 25 ans. A l'instar de ses compagnons, il n'avait sur lui aucune pièce d'identité. Une autre opération était en cours pour le sauvetage de 11 personnes. Deux embarcations ont donc été secourues et leurs passagers sauvés d'une mort certaine. «La vague avait 3 à 4 mètres de hauteur. Nous avons vu la mort de près», nous raconte un autre rescapé. Les gardes côtes ont lancé des recherches autour de 5 embarcations faisant état de la présence de 3 ou 4 femmes à bord. Des embarcations de fortune. Les candidats à l'émigration clandestine avaient été surpris par une forte rafale de vent et une pluie torrentielle. Certains ont été recueillis en haute mer. «Malgré la situation, ils ne semblaient pas découragés», nous indique le commandant de l'autre corvette qui nous a rejoint quelques minutes plus tard, ramenant à bord 11 candidats à l'émigration clandestine. «J'étais conscient de ce que je faisais. Je l'ai fait avec la bénédiction de mes parents. Tout ce que j'avais comme économie, je l'ai perdu», nous dit un des harraga qui en veut un peu trop à la houle. «Même la mort ne veut pas de nous apparemment ! Nous sommes condamnés à rester chômeurs toute notre vie. Je suis universitaire, j'avais tenté de me procurer un travail, la malchance me suit. Même el-harga...», relate un autre rescapé. A ce propos, l'un des officiers des gardes côtes nous a indiqué qu'il faut prendre sous toutes réserves les déclarations des harraga. «Ils ne disent jamais la vérité. Ils partent d'un endroit et ils prétendent qu'ils partent d'un autre. La vérité, ils ne la disent jamais», nous a-t-il déclaré. A quai, les candidats à l'émigration clandestine sont présentés aux médecins de la protection civile, avant d'être auditionnés par la police maritime. «Pour les deux autres embarcations signalées, nous continuons les recherches. Mais apparemment, elles demeurent introuvables», souligne-t-on. Hier, en fin d'après-midi, la personne qui avait alerté au moyen d'un téléphone portable un de ses parents est toujours introuvable et son portable ne répond plus. «Il serait peut-être dans l'une des deux embarcations recherchées. Selon le dernier contact, la personne en question nous a laissé comprendre que leur barque était en panne», a ajouté le colonel Kellal Hocine, commandant du groupement de la façade maritime Est à Annaba. Ce dernier nous a fait une rétrospective des différentes activités enregistrées qui se sont soldées par le repêchage et le sauvetage de 112 personnes candidates à l'émigration clandestine à bord d'embarcations de fortune et 48 passagers clandestins à bord de bateaux, dont 3 marocains. Un bilan enregistré entre le mois d'octobre 2006 et la fin juin 2007. Le colonel nous montre plus d'une centaine d'embarcations de construction artisanale saisies. La moyenne d'âge des harraga se situe entre 15 et 35 ans. «Nous avons commencé à être confrontés à ce phénomène depuis le 31 décembre 2006. Il n'y a pas que les jeunes de Annaba qui tentent l'aventure. Ils sont de partout, de l'intérieur du pays, du centre et même de l'ouest du pays. Ce phénomène est devenu une source de revenus pour certaines personnes sans scrupules. Ce sont les passeurs dont les harraga taisent les noms», nous a déclaré un officier de la marine. En effet, quand on a tenté de savoir qui pilotait l'embarcation, tout le monde a répondu: «C'est moi !». «Nous sommes tous du métier et nous savons diriger n'importe quelle embarcation en pleine mer», nous a déclaré le plus jeune des harraga, encore souffrant du mal de mer. Il l'a déclaré lui-même aux médecins à sa descente de la corvette des gardes côtes, dont ce n'est certainement pas la dernière intervention pour le sauvetage de candidats à l'émigration clandestine.
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