Algérie

Victimes de la décennie noire

Les femmes de la Mitidja témoignent Elle est épouse d?un simple citoyen enlevé sous ses yeux par les terroristes. Elle est femme d?un disparu. Elle est aussi femme d?un terroriste. Reste qu?elles ont en commun le malheureux statut de victime, et « rien d?autre que cela », martèle l?association Bnat Lalla Fatma n?Soumer qui a organisé, vendredi, au café Diwan (Hydra) « une véritable thérapie collective ». Le micro a, ainsi, été tendu à plusieurs femmes de la Mitidja, là où les enlèvements et la mort étaient réduits à leur plus simple expression. Karima L., mère d?un enfant, dont le mari a disparu en 1995, témoigne : « Mon mari a été enlevé en 1995 et n?a plus donné signe de vie. Mes tentatives de le retrouver se sont soldées par un échec. Mon fils a 10 ans, je n?ai aucune ressource pour l?entretenir. Je suis contraint de vivre chez ma mère. Je percevais mensuellement 1000 DA comme aide de l?Etat, et, sans aucune raison, on a décidé de me la retirer. Qui a décidé de supprimer cette modique allocation ? A ce que je sache, nous sommes algériens, mon fils et moi. C?est dur d?être femme de disparu. » La vieille A. Aouicha est mère d?un membre des forces de sécurité. « Les terroristes l?ont enlevé sous mes yeux avant de le décapiter comme une bête. Inutile de vous décrire les épreuves que j?ai endurées, pendant et après ce cauchemar. Grâce à Dieu et à l?association Lalla Fatma n?Soumer, je commence à remonter la pente. Seulement les 5 enfants que mon défunt fils a laissés à ma charge doivent être pris en charge. Le dossier d?indemnisation est toujours en souffrance au niveau de l?administration », se plaint-elle. Une autre femme passe au pupitre. Sans tourner autour du pot, elle dit d?emblée : « Mon mari a rejoint le djebel en 1994. Il n?a pas demandé mon avis. Aujourd?hui mon fils a 11 ans. Je suppose que c?est dur pour lui de se sentir fils d?un criminel. On me versait 1000 DA par mois et puis on décida subitement de la supprimer. Je ne veux pas que mon fils suive les traces de son père. L?Etat doit m?aider. » En collaboration avec la fondation américaine Freedom et la Société algérienne pour le recherche en psychologie (SARP), Bnat Lalla Fatma n?Soumer a pris en charge un groupe de femmes de la Mitidja. Suivies pendant 8 mois dans les centres de la SARP, ces femmes se devaient, hier, « d?extérioriser » leurs vieux démons, pour reprendre l?expression de Dalila Zekki, de Lalla Fatma n?Soumeur. L?ONG algérienne a saisi l?occasion pour organiser, dans les mêmes locaux, une exposition d??uvres artistiques, « en rapport avec l?événement ». De la poterie de Bacha Abdelaziz ou des toiles peintes par le collectif H?na Lebnat (nous les filles), « 5 complices en fin de cursus de l?Ecole supérieur des beaux-arts ».
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