Algérie

Unité des contraires

Unité des contraires
«Souvent, les révolutionnaires d'autrefois ont succombé à l'appât du gain et se sont laissé prendre à la tentation de confisquer des ressources publiques pour leur enrichissement personnel.» Nelson Mandela«Et par quel tour de passe-passe, tu vas amener le sujet qui nous intéresse' C'est bien beau de montrer l'opulence d'un bonhomme, mais moi, je souhaiterais que le spectateur ait une idée de ce qu'a été la vie dans cette grande ville, qu'on rappelle sa propreté d'antan, puis qu'on décrive les différentes étapes de la lente dégradation de certains de ses quartiers...-Patience, mon cher! Je ne suis qu'à la première minute, du premier numéro de la série. Je n'ai montré que le plan de trois-quarts du personnage central. Quand les trois premières voitures auront franchi l'immense portail à deux battants, et qu'elles se seront engagées dans l'immense cour, elles seront accueillies par une nuée de femmes qui s'égosilleront à coups de youyous. Des chaises sont avancées pour l'orchestre qui s'installe sous le grand noyer planté au centre de la propriété. Des pétales de roses seront jetées sur le chemin de la mariée qui s'est extirpée à grand-peine de la limousine et qui est soutenue par le marié tandis qu'une vieille dame qui ressemble à Baby Jane lui jette à la tête des grains de riz et lui offre un oeuf qu'elle doit casser au seuil de la grande demeure. La porte de l'immense salon va avaler tous les convives du beau sexe tandis que les hommes font cercle autour du noyer où l'orchestre joue ya lmouima. Dehors, les autres voitures qui suivent, toutes aussi rutilantes les unes que les autres, vont se ranger le long du trottoir. Les convives en costume, leurs compagnes outrageusement maquillées, dans des toilettes resplendissantes, avec des rivières de bijoux au cou et aux bras, vont descendre des voitures qui clignotent encore et qui font entendre leurs avertisseurs. Tout ce beau monde sera acueilli par le propriétaire qui va leur indiquer le chemin à suivre. Congratulations, félicitations, remerciements, bénédictions vont pleuvoir sur Aâmi El-Hadj qui finira par émettre des balbutiements. Il souhaite la bienvenue à chacun par son nom ou par son titre Monsieur le maire par-ci, cher monsieur le commissaire par-là'', un colonel en retraite, un ancien wali rangé de l'administration, un ancien P-DG d'une Sona qui a été restructurée durant les années de plomb avant d'être dissoute pendant les années de braise, un inspecteur des impôts, un importateur de voitures asiatiques, un ancien directeur des Douanes reconverti dans le transit international, un responsable des Domaines, un inspecteur d'académie, le fils d'un responsable d'un grand parti, la présidente d'une importante association... Aâmi El-Hadj va ensuite accompagner ses invités les plus huppés vers une autre grande salle transformée en réfectoire...- Tu crois que nous avons besoin de tout ce tralala pour le sujet qui nous intéresse' me coupa Lounès dont le scepticisme est accentué par une moue de suspicion.- Attention. Toi qui es versé dans la dialectique, tu sais bien qu'on ne peut bien expliquer quelque chose que par son contraire. Tu sais bien que notre pays est relativement jeune et qu'il y a moins de cinquante années, tous ces gens qui font sans pudeur, étalage de leur richesse, étaient d'une pauvreté navrante. Comment sont-ils devenus riches' On ne devient pas riche comme cela par la simple opération du Saint-Esprit ou bien parce qu'une fée déguisée en vieille mendiante vous a donné sa bénédiction pour l'avoir aidée à traverser une rue... Quand on s'enrichit, c'est toujours sur le dos des autres: parce que l'on bouffe leur part. Tu me diras qu'un artiste, un chanteur, un écrivain qui a produit une oeuvre qui a eu beaucoup de succès auprès d'un large public, ou bien quelqu'un qui a inventé un brevet révolutionnaire, est devenu riche comme Crésus, je te crois, cela est normal.»


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