Algérie

Un rapport officiel du ministère de la Santé le souligne

1,7% des prostituées d’Oran porteuses du sida Environ 5% des prostituées sont porteuses du virus du sida, avec un taux de 1,7% de cette population à Oran, et le mal ravage encore plus d’autres wilayas à l’instar de Tiaret où l’on recense 20% des prostituées testées comme séropositives ou encore certaines villes du Sud où l’épidémie a changé de classification ! Un rapport du ministère de la santé et de la population, élaboré dans le cadre des engagements de l’Algérie au programme ONUSIDA, et qui s’étend sur la période 2005-2007, considère que l’épidémie atteint des proportions qui méritent l’attention dans certains milieux, alors que subsistent beaucoup de lacunes dans la collecte d’informations fiables. D’emblée, ce rapport daté du début 2008, constate une faible prévalence du VIH dans la population générale, qui a été estimée à moins de 1% dans les différents sites de séro-surveillance sentinelle du VIH et de la syphilis et, d’autre part, des taux de séroprévalence au VIH relativement élevés (supérieurs à 5% pour certains sites), enregistrés chez ce qu’on appelle pudiquement «les professionnelles du sexe», qui constituent un groupe à risque très élevé. Ces données, résultat d’une surveillance épidémiologique accrue au niveau des groupes les plus vulnérables (jeunes, professionnels et professionnelles du sexe, usagers de drogues injectables, homosexuels, détenus et populations mobiles), «font ressortir que l’épidémie en Algérie a changé». En effet, une révision de sa classification s’impose, «passant d’une épidémie peu active à une épidémie concentrée dans certaines wilayas au cours de ces dernières années». Certaines tendances se dessinent également. Ainsi, la séropositivité au VIH dans le groupe des professionnelles du sexe n’est pas distribuée de manière égale sur le territoire algérien. Elle varie de 1,7% à Oran à 9,1% à Tamanrasset en 2000. En 2007, elle varie de 2,4% à Sidi Bel-Abbès à 12,9% à Frenda, dans la wilaya de Tiaret. Dans l’enquête de 2007, les sites de Tiaret et Frenda présentent respectivement une prévalence de 10,7% et 12,9% et le site de Tamanrasset une séroprévalence de 7%. Ces prévalences sont toutes supérieures à 5%, apportant des arguments en faveur de la révision de la classification de l’épidémie dans le pays, qui passe à une épidémie concentrée. «L’interaction entre le groupe des professionnelles du sexe et la population générale, notamment par l’intermédiaire des «populations passerelles» (routiers, «hommes en uniforme», etc.), joue probablement un rôle déterminant dans la propagation de l’infection au VIH», note encore le rapport du MSPRH. Les enquêtes de séro-surveillance sentinelle indiquent que la séropositivité chez les consultants IST n’est pas distribuée de manière égale d’un site à l’autre. Elle varie de 0,4% à Oran à 1,3 % à Tamanrasset en 2000. En 2007, elle varie de 6,3% à Sidi Bel-Abbès à 20 % à Tiaret. Au nord du pays, une enquête sur les connaissances des usagers problématiques de drogues a révélé que 5 personnes parmi les 45 interrogées à Alger (11%) et ayant accès au dépistage, confirmaient être infectées par le VIH. Cette même enquête a montré le lien entre l’usage problématique de drogues (UPD), les rapports sexuels rémunérés (44% des UPD enquêtés) et les rapports sexuels non protégés (61%). Cette enquête a mis en évidence la problématique en matière d’usage de drogue dure alors que, pendant longtemps, on a pensé qu’elle n’existait pratiquement pas dans notre pays, en raison de son coût élevé. Les enquêtes de séro-surveillance sentinelle de 2004 et 2007 ont aussi mis en évidence que la prévalence de la syphilis est plus élevée dans les groupes de population les plus à risque (Professionnelles du sexe et consultants IST) et plus particulièrement chez les professionnelles du sexe, groupe le plus exposé de par son comportement (multi partenariat, non utilisation du préservatif). Des taux élevés de prévalence de la syphilis dans l’enquête de 2007 peuvent être à l’origine d’un risque d’expansion de l’épidémie de VIH. Les IST (y inclus le VIH) sont en pleine recrudescence depuis une dizaine d’années, surtout dans le Sud du pays, selon les données des maladies à déclaration obligatoire. Et des enquêtes de surveillance standardisées plus récentes sont nécessaires pour mesurer l’état actuel de cette épidémie. Ces résultats indiquent qu’en Algérie, certains groupes de population dépassent le taux de prévalence de 5% pour l’infection à VIH, notamment les professionnelles du sexe. Il s’agit globalement d’un contexte d’épidémie de VIH peu active à concentrée mais qui pourrait se généraliser, compte tenu des taux élevés de syphilis, avertit le rapport. Par ailleurs, le risque lié au travail du sexe et particulièrement au travail informel du sexe, a déjà été mis en évidence dans la wilaya d’Oran, ville au nord du pays dans l’enquête de 2000. Deux travailleuses du sexe séropositives sont dépistées parmi les 117 dépistées (taux de séroprévalence: 1,7%). En 2004 et en 2007, l’absence de séropositive dans le site d’Oran pourrait s’expliquer par la prise en charge sanitaire des professionnelles du sexe qui ont été dépistées uniquement dans le centre de salubrité publique. Et ce n’est pas tout. «L’analyse du taux de prévalence du VIH chez les professionnelles du sexe dépistées, pour l’ensemble des sites, durant la période 2000, 2004, 2007, semble indiquer une tendance à la hausse bien que l’on n’ait pas suffisamment de recul pour dresser une courbe de tendance», est-il noté. Ce taux passe de 2,9% en 2000 à 3,8% en 2004 et à 4% en 2007. Cependant, ajoute le rapport, «ces comparaisons d’ensemble ne sont pas tout à fait appropriées dans la mesure où l’enquête de 2004 et surtout celle de 2007 ont une couverture plus large (plus de sites) que celle de 2000, qu’elles sont espacées (3 à 4 ans) et que les tranches d’âge ne sont pas comparables». L’accès aux professionnelles informelles du sexe a constitué un problème pour les enquêteurs dans plusieurs villes, les hôtels notamment, Il y a lieu de signaler, dans l’étude de 2000, qu’à Tamanrasset, les professionnelles du sexe séropositives sont relativement jeunes. L’analyse par grand groupe d’âge pour l’ensemble des professionnelles du sexe dans l’enquête de 2007 semble indiquer que les professionnelles du sexe sont dépistées à un âge relativement avancé, mettant en évidence l’absence de stratégie de dépistage suffisante, entraînant de ce fait une prise en charge tardive. Le rapport ajoute, toujours à propos de cette wilaya, que «les professionnelles du sexe semblent souvent décrites comme ayant recours au commerce du sexe au sein de l’univers social des populations migrantes». Dans la wilaya de Tamanrasset, «le commerce du sexe est très courant et est constitué par les professionnelles du sexe autochtones et de plusieurs pays d’Afrique sub-saharienne». En effet, nombre d’entre elles sont originaires des wilayas du Nord, et, pour de multiples raisons qui leurs sont propres, se sont déplacées dans les wilayas du Sud. Les flux migratoires transfrontaliers et les vulnérabilités qui les accompagnent sont très importants et de ce fait sont à prendre en considération vis-à-vis des risques liés aux IST et à la transmission du VIH/sida, recommande encore le document du ministère de la Santé adressé au programme ONUSIDA. Amine B.
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