Algérie

Un lieu, un nom Yves Saint Laurent, 11 Rue Stora, Plateau

Dans la parcelle de la rue Stora, coincée entre le boulevard Benzerdjeb et Adda Benaouda, se trouve une bâtisse de type coloniale portant le n°11. Composée d'un rez-de-chaussée et d'un étage, elle garde toujours les traces de sa noblesse d'antan. Les aléas du temps et les mains de l'homme n'ont pas détérioré les grandes fenêtres et les portes-fenêtres du premier étage, témoins encore visibles d'un savoir-vivre et d'une aisance sociale. Quand au rez-de-chaussée, il n'a pas échappé aux transformations. Plusieurs pièces de deux des trois façades de cette maison de maître sont devenues des boutiques vendues ou louées à des tiers. Yves Saint Laurent, le célèbre couturier français, est né à cette adresse, le 1er Août 1936. La plupart des habitants de cette partie de la rue Stora sont au courant de ce fait. Mais ça ne les émeut pas outre mesure, tant le personnage est lointain par rapport à eux. C'est notamment le cas du réparateur des appareils frigorifiques qui loue une ancienne pièce de cette demeure qui aurait pu connaître un autre sort. Nous avons vainement cherché quelqu'un qui se rappelle de l'enfance de celui qui est devenu une icône dans le monde de la mode et de la haute couture. L'explication est toute simple. Le plateau Saint Michel, communément connus par «Plateau» étaient habités exclusivement par les Européens. A une exception, nous affirme Karim Rouina, un fin historien de la ville durant la période coloniale : une certaine Badra Moumen, morte il n'y a pas si longtemps à l'âge de 94 ans qui habitait ce quartier au temps de la colonisation. D'ailleurs, cette dame aurait été témoin des premiers pas de Yves Saint Laurent dans le monde de la couture. L'enfance oranaise d'Yves Saint Laurent (de son vrai nom Yves Henri Donat Mathieu Saint Laurent) n'est pas très fouillée, notamment par ses biographes. Il faut dire que Yves Saint Laurent a quitté l'Algérie à la veille de la guerre de Libération nationale, en 1951, à l'âge de quinze ans. Autant dire à peine sorti de l'enfance. Mais il est établi qu'il a fréquenté le Lycée Pasteur. Cependant, on retiendra deux faits de cette enfance qui marqueront sa trajectoire professionnelle et artistique. Son rapport très privilégié avec sa mère, Lucienne, qui était très belle et qui venait l'embrasser chaque fois avant de partir au bal habillée avec élégance. Moment magique qui sera gravé dans sa mémoire. Ses biographes reconnaissent que YSL parle peu ou jamais de son père qui était propriétaire de salles de cinéma à Oran. Contrairement à sa mère. Le second événement marquant de cette enfance est probablement la représentation de «L'Ecole des Femmes» en 1949, mise en scène par Louis Jouvet. Les décors et les costumes de la pièce avaient été signés par Christian Bérard. Les amis et les proches de YSL estiment que sa passion pour l'art est née à ce moment là. D'ailleurs, durant sa trajectoire, il a confectionné des costumes pour nombreuses pièces de théâtres et de films français. Certains prétendent que le futur grand couturier fréquentait assez souvent la Maison Dormand se trouvant juste en bas de la Barclay Bank (l'actuel début de la rue Khémisti) spécialisée dans la confection. L'hypothèse semble très plausible, puisque cet établissement se trouve sur son parcours menant vers le lycée où il suivait ses études. D'autres expliquent que se sont ses origines oranaises, marquées notamment par la lumière et l'ensoleillement qui a motivé son installation à Marrakech où certainement il a trouvé d'autres délices. Que reste-t-il de ce lien entre YSL et sa ville natale ? Un simple souvenir que ressasse des nostalgiques, plutôt dépités par la ruralisation de leur ville. Les habitants de la rue Stora ne se rappellent pas de visite du couturier dans leur quartier. Cependant, depuis quelques années, les pieds-noirs qui visitent Oran de plus en plus nombreux se rendent à cette rue et prennent des photos de la bâtisse ou YSL a vécu son enfance et les débuts de son adolescence. Quant aux jeunes Oranais, tous âgés de vingt ans tout au plus, que nous avons interrogés, ils ignorent allègrement que celui qui a donné son nom à des parfums et des habits est natif d'Oran. Il leur suffit de faire valoir le label quand il figure sur leurs chemises ou tee-shirts...
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