Algérie

Traité d?inimitié

En dépit des déclarations toutes diplomatiques des hauts responsables algériens et français sur l?irréversibilité du traité d?amitié que les deux parties ont convenu de sceller avant la fin de l?année, les divergences de fond dans l?appréciation du passé colonial opposant les deux pays viennent rappeler, à juste titre, qu?on ne saurait bâtir une amitié sincère sur le viol de la mémoire. L?optimisme suscité par la volonté politique exprimée par Bouteflika et Chirac d?engager les deux pays dans la voie de la refondation de leurs rapports n?aura pas résisté aux relents de révisionnisme nourris et entretenus par les milieux nostalgiques de l?Algérie française. A travers le coup de force du Parlement français cautionnant le fait colonial en Algérie en lui reconnaissant des vertus civilisatrices, la France officielle et institutionnelle vient de fournir une nouvelle preuve de son incapacité à assumer son histoire et à s?affranchir de ce passé sombre par un devoir de mémoire authentique qui interpelle les faits historiques et rien que les faits. La France est tragiquement otage de son passé. Tant que les lobbies et les relais de la France coloniale ont la haute main sur les institutions françaises et les sphères de décision et tant que le passé colonial est instrumentalisé, du côté français, à des fins politiques et électoralistes, le renouveau algéro-français, qui alimente périodiquement les discours officiels au gré de l?actualité, demeurera un slogan vide de sens. Aussi, à bien analyser les vives réactions d?indignation et de dénonciation suscitées par la loi française de février dernier glorifiant le fait colonial en Algérie, il n?est pas hasardeux de penser que le traité d?amitié est déjà mort avant l?état f?tal, avant même sa conception. Le point d?orgue aura été les propos lourds de sens tenus par Bouteflika à Tlemcen, qualifiant les artisans de cette loi scélérate de « négationnistes », de « révisionnistes » et la colonisation de « cécité mentale ». On voit mal, après cette montée au créneau de Bouteflika, comment le traité d?amitié (d?inimitié ?), qui est synonyme de fête et de retrouvailles entre les deux peuples, pourra-t-il être raisonnablement conclu dans un climat politique aussi délétère ! Tout comme Chirac ne peut pas aller à contre-courant de la volonté de son Parlement, Bouteflika est lui aussi vivement interpellé par l?opinion nationale sur la mutilation de son histoire qui demeure, dans l??uvre de dépossession à laquelle le peuple est soumis depuis l?indépendance en termes de libertés et d?exercice du pouvoir, la seule valeur sacrée qui lui reste.
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