Algérie

Tartiga

Un jour, racontait l?un d?eux d?une voix qui déchire le silence, un groupe de jeunes sont sortis après la victoire du Barça scander leur joie, tout en exhibant des drapeaux de l?équipe et l?étendard espagnol. Une vieille femme intercepte un jeune lui disant : vous n?avez pas honte de porter le drapeau espagnol alors que des milliers de jeunes sont morts pour notre emblème ? - Des milliers de harraga sont morts aussi pour ce drapeau » lui rétorque le jeune.Toute l?assemblée se mit à rire.Assis sur le trottoir, dans le quartier endormi, cela dure depuis une semaine, ils allument des pétards. En même temps, ils font tourner entre eux un joint. Un pétard. Tous ne travaillent pas. Des chômeurs professionnels.L?un après l?autre, ils brûlent les mèches et balancent les engins dans des endroits incongrus. Sous les rares voitures qui circulent à cette heure-ci. Le son résonne plus fort. Dans les poubelles aussi. Mais dans les halls d?immeubles c?est plus excitant. Plus provocateur.Les explosions successives les amusent, les réchauffent. Les nuits sont froides. Dans leurs solos, qui ponctuent les explosions, il est question toujours des mêmes sujets. Les flène et foultène qui en un laps de temps sont devenus charika, le voisin qui a réussi à s?installer à l?étranger et qui était venu l?été exhibant sa 4x4 flambant neuve. « Sûrement il fait dans la... poussière, el ghabra...»L?un d?eux raconte comment il s?est fait choper par la sécurité au moment où il s?apprêtait à grimper dans un bateau. Son séjour en tôle, il en parle fièrement, comme on raconte des vacances qu?on aurait voulu passer. « Koulchi yedkhoul », el gouffa chaque semaine, pleine à craquer. Les autres sont branchés, chacun, sur un autre sujet. Tous parlent en même temps. Seule la nuit les écoutent. Jamais n?est évoqué l?avenir. Ils en parlent au passé. « J?ai raté mon avenir mine on m?a expulsé d?Allemagne ».Il est deux heures du matin, pourtant ils n?ont toujours pas envie d?arrêter le jeu, de se séparer, de rentrer. Ont-ils peur d?être seuls chez eux, dans ces appartements surchargés ? Sans doute. Ils savent qu?ils se remettront à déprimer. Ces jeunes-là savent, quand ils sont chez eux, qu?ils ne sont pas heureux. Du moins, ensemble, on oublie un peu. Autant réveiller tout le voisinage et le prendre à témoin, sidna ça se fête en collectif. Celui à qui ça ne plaît pas yatartag, Yaclati !
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