Algérie

«Tant qu’il parle de politique, il n’y a aucun inconvénient»

Zerhouni remet le chef de l’ex-AIS à sa place Les anciens dirigeants de l’ex-FIS ne désespèrent pas de faire revenir leur parti au devant de la scène politique. L’ancien chef de l’AIS, Madani Mezrag, persiste toujours à dire que la grâce présidentielle de 2000 lui permet d’exercer tous ses droits, y compris politiques. Le ministre de l’Inté-rieur, Yazid Zerhouni, a aussitôt réagi en répondant aux déclarations de Mezrag, parues avant-hier dans le quotidien El-Khabar et concernant la préparation du congrès en vue de lancer un nouveau parti politique islamiste en Algérie. «Tant que je suis le ministre de l’Intérieur, je ne lui signerai pas d’agrément!» dira M. Zerhouni. Il a ensuite expliqué que, «Si Mezrag ne fait que parler de politique, il n’y a aucun inconvénient». Zerhouni avait déjà affirmé, il y a deux années, que la loi sur la réconciliation «interdit aux militants de l’ex-FIS de revenir à la politique parce qu’ils sont responsables de la crise sécuritaire en Algérie». Le ministre de l’Intérieur, qui accompagnait le président Bouteflika avant-hier dans sa tournée à Blida et Alger, a répondu aux questions de la presse nationale qui mettait en avant la volonté de l’ex-AIS, le bras armé du FIS, de créer un mouvement politique en Algérie et de proclamer l’amnistie générale pour les auteurs de massacres et de tueries collectives: «Je ne serai pas celui qui donnera l’agrément au parti de Mezrag». Pourtant, il existe bel et bien une volonté de relancer ce parti, comme l’avait d’ailleurs longuement expliqué Rabah Kébir, il y a quelques jours, à la chaîne El-Djazeera où il soutenait qu’»il existe un projet de création d’un parti démocratique sur les cendres de l’ancien FIS». Ces incessants appels à la réintroduction de l’ex-parti dissous dans le champ politique interviennent depuis que le président de la République a définitivement abandonné l’idée de l’amnistie générale qu’il a pourtant mise sur la table et défendu becs et ongles pendant des mois. Cette concession de taille, il faut le dire, a complètement dérouté ses alliés et même ses adversaires. Le chef de l’Etat a justifié cet abandon par le sempiternel «jeu des équilibres nationaux». Mais au-delà de cette affirmation, les supputations sur cet aspect vont bon train. On évoque avec insistance la fameuse «ligne rouge» que le chef de l’Etat, quand bien même il a durablement conforté sa position, ne pourrait franchir au risque de provoquer une autre crise institutionnelle, alors que le pays commence à peine à en sortir. Cette triste réalité des choses, appelée communément dans le vocabulaire politique la realpolitik, et à laquelle le président Bouteflika ne semble pas s’y opposer totalement, en s’accommodant même avec, préférant laisser le temps au temps, a de quoi dérouter plus d’un analyste. En effet, la question qui revient constamment sur le bout des lèvres est: Que s’est-il passé depuis la première annonce (amnistie générale) pour que le président change ce concept par celui de la paix et de la réconciliation nationale, au détriment de l’amnistie générale? Le fameux jeu des équilibres? La forte pression des ONG des droits de l’Homme? Ou est-ce un mélange des deux? Encore une fois, trop d’inconnues subsistent pour déterminer avec exactitude la nature de ce retournement spectaculaire. Quoiqu’il en soit, l’amnistie générale avait pour but de mettre dos à dos les parties responsables de la crise politique et de remettre les compteurs à zéro. Aujourd’hui, avec cette charte pour la paix et la réconciliation nationale, le président de la République a lancé un double message aux responsables du parti dissous, leur signifiant, d’abord et d’une façon très claire, que la responsabilité de la tragédie nationale leur incombe totalement, et en leur disant ensuite que l’Etat est prêt à pardonner à ceux qui n’ont pas commis des crimes de sang ou à ceux également qui n’ont pas encouragé ces crimes? Le débat houleux qui prévaut actuellement au sein des dirigeants du FIS dissous, divers clans s’entredéchirant entre eux, a aussi pesé dans le choix du président Bouteflika. Auparavant, deux anciens responsables de l’ex-FIS ont croisé les fers entre eux dans une émission de télévision de la chaîne basée à Londres, El-Mustakillah. Le fidèle lieutenant de Rabah Kébir, Abdelkrim Ould Adda, et le maître à penser des Djazaristes, Mourad Dhina, se sont en effet affrontés via la télévision sur le contenu de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Le premier cité a favorablement accueilli cette initiative, tout comme d’ailleurs Rabah Kébir, tandis que le second a rejeté ce texte, le présentant comme un danger pour l’Algérie. Cette rude bataille qui prévaut au sein de cette formation politique, à l’origine, rappelons-le, de la tragédie qu’a vécue le pays pendant dix ans, présuppose fortement le degré de déconfiture généralisée qui a atteint ce parti. Le président Bouteflika a peut-être cru, un instant, que cette formation pouvait apporter sa contribution dans le règlement de la crise mais a vite fait de découvrir que les tenants actuels du retour du FIS sur la scène politique n’ont pas désarmé et n’ont pas changé d’un iota leur conception de prise de pouvoir par la force. Il s’est donc tout naturellement détourné de cette option. Ou bien qu’il a réellement «senti» que les dirigeants du FIS dissous voulaient simplement s’engouffrer dans cette brèche provoquée par les «élargissements» de l’amnistie générale pour revenir en force, et de plus belle encore.   Saïd Farhi
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