Algérie - Marabouts

Sidi Moulebhar n’a pas eu sa waâda



Sidi Mohamed Moulebhar, le saint patron des marins pêcheurs, n’a pas eu sa waâda cette année. Saint patron des marins pêcheurs ? C’est bien ce qui est écrit.

S’en étonner, c’est oublier ou ne pas savoir que Bouzedjar, ce petit village côtier du Témouchentois, est le seul d’Algérie exclusivement de pêche, c’est-à-dire né par et pour elle. Il s’obstine dans un continuel dédain à tourner le dos à l’arrière-pays, la mer continuant à le gâter avec l’équivalent de 0% de chômage et près de 99 % des occupés activant sur un plancher d’embarcation. Ainsi pour une population totale de 4626 âmes dont 1500 sont actives et 1436 occupées. L’équation est à ce point simple que pour trouver un maçon ou un manœuvre, il faut aller les chercher ailleurs. A moins de constituer l’exception comme Lakhdar le « Hmyani », maçon de profession et bouzedjari de récente adoption, pour avoir fui le terrorisme du côté des maquis de Telagh. Mais qui est Sidi Moulebhar ? Même les personnes âgées ne savent rien de lui. Depuis quand date son mausolée ? Là, encore pas de réponse. On sait par contre que son nom, il le doit parce que le saint homme à sa mort a été adopté par les gens de mer pour sa baraka. Ils l’avaient d’ailleurs enterré sur l’isthme de la presqu’île de la Tortue qui scinde en deux plages la station balnéaire de Bouzadjar. Mais depuis quelque temps, autour de sa coupole, les mouettes se font de plus en plus rares surtout depuis que l’abri de pêche sous la presqu’île a été supplanté par un port flambant neuf à quelques encablures du village, tout au bout de la seconde plage. Trop loin, sa baraka ne semble plus atteindre de sa bienfaisance un monde de la pêche qui se modernise et qui n’a plus le hasard pour boussole. Cette année, les rentrées n’ont pas été fameuses, les parts n’ont pas été opulentes et les sorties en mer ont été gênées par le mauvais temps et les méduses. Et comme en pareille circonstance, aucun des marins n’a songé payer un crieur pour appeler tous les autres à la fête, chacun s’est tenu sur son quant à soi. Ainsi, contrairement à l’année dernière, Sidi Moulebhar a été privé de waâda, une waâda qui veut que chacun égorge un mouton, que sa maison se fasse belle et qu’elle soit grande ouverte à un quelconque hôte qui se présente au village.
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