Algérie

Séquelles nucléaires


La conscience des peuples n’est pas oublieuse et celle des Algériens est trop vive pour oublier les outrages d’un fait colonial dont le caractère maléfique s’affirme de quelque côté que l’évoque la mémoire. Qui oublierait, et le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas, que ce pays généreux a été soumis par le sabre et le goupillon puis livré à de si tragiques dérives que les Algériens, passés au fil de l’épée, asphyxiés dans des grottes enfumées, étaient devenus des étrangers en leur pays lui-même. La conscience des peuples n’est pas oublieuse, elle saigne indéfiniment de cette blessure pour laquelle il n’y a d’autre médication que l’aveu de la forfaiture par ceux qui s’en sont rendus coupables. Dans l’ordre des exactions, il n’y a pas de crime rudimentaire : aux grottes du Dahra, ont succédé les dechras et les mechtas bombardées au napalm puis, dans une élévation indicible de l’abomination technologique, les explosions nucléaires dans les Sahara algérien. Comme si l’horreur d’une telle entreprise ne se suffisait pas à elle-même, des Algériens ont été exposés vivants aux effets des expérimentations atomiques françaises. Quarante-sept ans après les essais nucléaires dans leur Sahara, les Algériens se souviennent avec émotion de cette page tragique qui leur confirme à quel point le colonialisme a nié la dimension humaine d’un peuple qu’il entendait asservir quoi qu’il en coûte. Il n’y a pas de crime rudimentaire qui puisse dédouaner ses auteurs de leurs terribles responsabilités et il y a aujourd’hui une froide duplicité à souligner chez ceux qui veulent faire croire aux bienfaits de la colonisation. Personne dans ce vaste monde ne peut adhérer à une telle thèse au seul rappel des dix-sept essais nucléaires auxquels a procédé la France dans le Sahara algérien avant et après l’indépendance du pays. Où la part de la mission civilisatrice dont les élus français ont voulu se faire les parangons, lorsque l’atmosphère dans le Sahara algérien est encore imprégnée de meurtrières radiations atomiques et qu’il reste à ce jour, dans ces larges étendues, des zones interdites où ne peuvent prospérer ni faune ni flore et d’autant moins circuler des êtres humains. Il y reste, comme une menace pendante sur les équilibres humains et écologiques, le matériel qui a rendu possibles les explosions atomiques françaises, transformant du coup une partie du Sahara algérien en dépotoirs nucléaires à ciel ouvert. Non, à cet égard il n’y a pas de crime rudimentaire mais bien ce qu’il faut qualifier par son nom, un crime — d’ailleurs dix-sept fois répété — contre l’humanité. Parler de mémoire partagée, c’est de la part des élites politiques et intellectuelles françaises se défaire dans cette posture de déni obstiné qui fait que souvent l’histoire entre l’Algérie et la France ne peut s’écrire qu’à rebours. Car enfin : pas un seul mot de regret de la part des candidats à la présidentielle française sur les séquelles du nucléaire français dans le Sahara algérien, eux qui signent à tour de bras des pactes écologiques qui ne coûtent, il est vrai, que le papier pour les écrire. Une attitude fortement révélatrice car la conscience des peuples n’est pas oublieuse, cela suppose, d’abord, qu’ils en aient une.
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