De la maison vivante à la stratégie nationale
Dans les vastes terres sahariennes, l'Algérie ne manque ni d'espace, ni de soleil, ni de savoirs ancestraux. Ce qui fait défaut, c'est une vision audacieuse, enracinée, capable de réconcilier l'humain avec le climat et la terre. Ce manifeste propose une réorientation profonde de notre rapport au désert : faire de l'habitat rural saharien non plus une charge, mais une chance. Un levier de souveraineté alimentaire, hydrique et écologique.
1. Habiter autrement : rompre avec les normes déconnectées
L'urbanisme saharien actuel repose sur des modèles importés, inadaptés au climat aride : logements en béton climatisés, parcelles standardisées, réseaux centralisés. Or, dans ces régions, une maison n'est pas qu'un toit : c'est un écosystème.
Elle abrite potager, élevage, arbres fruitiers, atelier, compost. Elle doit être productive, sobre, autonome.
Il est temps d'abandonner la logique du tout-raccordé. Un habitat bien conçu peut capter la pluie, traiter ses eaux, produire son énergie et sa nourriture. Il ne s'agit pas d'un retour en arrière, mais d'un bond en avant vers la résilience.
Proposition clé : Adopter un Code de l'Habitat Saharien reconnaissant l'habitat comme unité vivrière, autonome et enracinée dans le climat local.
2. Eau, énergie, sol : vers des maisons-oasis
Chaque maison peut devenir un véritable écosystème régénératif. Il suffit d'intégrer des solutions déjà disponibles :
• Eau : collecte des pluies, phytoépuration, bassins d'infiltration
• Energie : solaire, éolien, autonomie
• Déchets : compost, tri, recyclage
• Agriculture : jardins, vergers, élevage local
• Architecture : matériaux locaux, bioclimatisme, intégration paysagère
Ce modèle, à la fois moderne et ancestral, est l'expression la plus rationnelle face aux coûts d'infrastructures, à l'insécurité alimentaire et à la crise climatique.
Proposition clé : Créer une filière nationale de l'habitat saharien durable, mobilisant architectes, artisans, écologues et jeunes ruraux.
3. L'eau, semence de la régénération
Dans le Sahara, l'eau est rare, mais précieuse. Aujourd'hui, elle est gâchée : ruissellement, évaporation, évacuation rapide. Il faut inverser la logique : ralentir, infiltrer, faire circuler.
• Réhydratation : rigoles, haies, courbes de niveau, bassins
• Assainissement : roseaux, jardins filtrants
• Urbanisme hydrologique : planifier la ville selon les flux d'eau
Proposition clé : Intégrer l'hydrologie régénérative dans tous les projets d'habitat et d'urbanisme sahariens.
4. De la technocratie à l'État fertile
Les innovations sobres et adaptées existent. Mais elles se heurtent à des normes rigides, des administrations déconnectées, des cahiers des charges obsolètes. Il est urgent de passer d'un État de contrôle à un État de facilitation.
Proposition clé : Réformer les règlements, ouvrir les appels d'offres aux techniques écologiques, décloisonner les expertises, documenter les réussites locales.
5. Le Sahara : matrice d'un avenir commun
Le Sahara peut devenir un laboratoire de la transition écologique mondiale.
Ce territoire n'est pas stérile : il est porteur de savoirs hydrauliques, de jeunesse engagée, d'énergie solaire. Il peut inspirer une nouvelle modernité : sobre, coopérative, autonome.
Proposition clé : Créer des «chantiers-écoles sahariens» où les jeunes se forment en régénérant leur territoire.
6. Une stratégie nationale à construire
Il faut maintenant transformer les expérimentations en politique publique cohérente:
• Cadre réglementaire favorable
• Formation des acteurs locaux
• Synergie inter-ministérielle
• Intégration des savoirs locaux et scientifiques
• Financement des projets reproductibles
Proposition clé : Lancer une Stratégie Nationale de Régénération des Territoires Sahariens.
Conclusion : l'heure de la bascule
Ce manifeste est un appel à l'insubordination constructive. Ne plus attendre que l'avenir vienne d'en haut, mais le bâtir dès maintenant, localement. En cultivant l'eau, en valorisant la terre, en formant la jeunesse, en construisant des maisons vivantes.
Le Sahara algérien peut devenir un phare. Il suffit de changer de regard, d'oser la souveraineté, de redonner sens au mot habiter.
Habiter, ici, c'est régénérer.
*Architecte
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : le marché de change formel : une nécessité
Source : www.lequotidien-oran.com