Algérie

RELATIONS PRESSE-POUVOIR


Le dégel se confirme Le rassemblement organisé hier, à Alger, par les journalistes pour revendiquer la libération du correspondant d?El Youm à Djelfa, Hafnaoui Ghoul, et du directeur du Matin, Mohamed Benchicou, s?est déroulé sans grabuge. Malgré la mesure d?interdiction des manifestations publiques dans la capitale, adoptée par le gouvernement en 2001, les services de sécurité ne sont pas intervenus pour empêcher le déroulement du rassemblement des journalistes. Quoique fort nombreux à assurer l?encadrement de la place de la Liberté de la presse, lieu retenu pour abriter le rassemblement, les éléments des forces de l?ordre se sont faits discrets et n?ont en rien dérangé le cours de la manifestation de soutien à Ghoul et Benchicou. Cela y compris quand celle-ci a pris les allures d?un violent réquisitoire contre « le pouvoir assassin ». Première manifestation à être tolérée par les pouvoirs publics, depuis la mémorable marche des archs du 14 juin 2001, le déroulement sans accroc du rassemblement d?hier confirmerait, de l?avis de nombreux observateurs, la volonté de l?Exécutif de trouver un épilogue au bras de fer engagé avec les médias depuis des années et de repenser les rapports presse-pouvoir sur des bases plus saines. Lors d?une rencontre avec les directeurs de presse, organisée dimanche dernier, le ministre de la Communication, M. Boudjemaâ Haïchour, a exprimé son souhait de nouer le dialogue avec la presse pour lever les malentendus et « créer un climat de détente ». Se montrant favorable à l?élaboration d?un état des lieux de la presse depuis l?avènement du pluralisme politique, M. Haïchour s?est par ailleurs engagé, à cette occasion, à définir, avec l?aide des professionnels un cadre législatif permettant le libre exercice de la profession de journaliste et à aider les éditeurs à trouver des solutions avec les imprimeurs et les annonceurs. Bien que reçu avec réserve, le discours du ministre de la Communication a eu l?effet, néanmoins, d?apaiser le climat tendu qui régnait, jusque-là, dans le milieu médiatique algérien depuis des années. L?annonce de Boudjemaâ Haïchour se rapportant à la révision imminente de la loi sur l?information a également rassuré les journalistes, cela d?autant que celle-ci pourrait être assortie d?une suppression des peines de prison dans les cas de diffamation. A rappeler que la pénalisation, en 2001, de la diffamation a grandement contribué à l?empoisonnement des relations entre la presse et le pouvoir. L?importance des enjeux politiques et économiques ayant caractérisé les cinq dernières années y est pour beaucoup aussi dans l?aggravation de ces mêmes rapports. Pour beaucoup de journalistes, exerçant depuis la reconnaissance du pluralisme médiatique en 1990, l?ouverture d?un débat sur la presse ne peut qu?être bénéfique pour la profession. Depuis la dissolution du Conseil supérieur de l?information (CSI), institué par le gouvernement Hamrouche, le métier de journaliste n?est régi par aucun organisme et n?est sous le coup d?aucune règle. Cette situation de vacance a entraîné une dégradation vertigineuse du niveau de la profession et des conditions de sa pratique. De même, l?absence d?une véritable économie de la presse et l?irrespect par beaucoup de journaux des standards journalistiques ont fini par porter des coups terribles à la pratique journalistique et au droit à l?information du citoyen.
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