Algérie - Revue de Presse

Quelle rupture ?


Le président Bouteflika a « exhumé » un vieux traumatisme social et politique provoqué par le pouvoir en place de manière brutale et inconsciente des dangers que cela représentait. L?instauration de la « légitimité historique ou révolutionnaire » comme seul critère pour l?exercice du pouvoir ou l?accès à des postes clés de l?Etat a, en effet, été ressentie par les citoyens comme une imposture et un prétexte supplémentaire pour le régime militaire d?asseoir son hégémonie sur le pays. La lutte armée contre le colonialisme venait d?être dépouillée de son caractère populaire. C?est le début de la rupture entre gouvernants et gouvernés, aggravée par les échecs répétés du pouvoir dans tous les domaines de la vie sociale. Le fossé se creuse davantage avec l?avènement de Chadli Bendjedid au début des années 1980. La plupart des Algériens avaient à l?époque ce sentiment d?être réduits à des citoyens de seconde zone face à « la famille révolutionnaire » à qui l?Etat accorde des privilèges exorbitants et une priorité absolue. Il suffit d?être ancien moudjahid ou enfant de chahid pour obtenir un logement, un emploi ou une bourse d?études à l?étranger. Le simple critère du mérite ne compte pas. Cet ordre établi demeure jusqu?à nos jours et commence même à être lourd à supporter par le budget de l?Etat. A ce titre, le budget du ministère des Moudjahidine pour l?année 2005 devance ceux de l?Education ou de l?Enseignement supérieur. La manne financière servira probablement à consolider les privilèges des puissantes organisations des anciens moudjahidine et des enfants de chouhada, passablement tourmentées par la dernière déclaration du président de la République lors du congrès de l?ONM. Le président Bouteflika, qui a lui-même usé de la « légitimité historique » durant les deux campagnes électorales pour la présidentielle, devra, dans les jours à venir, mieux éclairer l?opinion publique sur la portée politique de sa déclaration et à quel type de rupture il appelle. Cependant, pour d?aucuns, le président Bouteflika ne peut pas prendre le risque d?affronter les deux puissantes organisations de « la famille révolutionnaire ». La fin de la légitimité historique n?est qu?un prologue à un débat au sein du système sur la succession de Bouteflika. L?opinion publique spécule déjà et avance les noms de probables dauphins du Président.

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