Algérie - Divers Travaux Publics

Quel rôle pour les architectes paysagistes ?


Quel rôle pour les architectes paysagistes ?

En Algérie, le besoin des architectes paysagistes est latent et presque inconnu par nos responsables d’aménagement urbains car il doit tout au plus exister une dizaine, mais c’est souvent les techniciens paysagistes, les agronomes et les forestiers qu’on honore au titre d’architectes paysagistes.

Le ministre des Travaux publics, Amar Ghoul, lors de sa visite effectuée sur le chantier des travaux de la trémie 2, reliant la localité de Bab El Oued au complexe du 5 Juillet, a demandé que l’aménagement paysager des alentours interviendra en dernier, tout en laissant le champ libre aux faiseurs des espaces verts disparates d’effectuer ce travail, loin du savoir-faire des architectes paysagistes. Alors que les aménagements paysagers dans le monde occidental sont devenus le domaine de prédilection des architectes paysagistes, chez nous, ils sont toujours considérés comme de simples plantations de lieux réservés aux espaces verts car ils sont presque toujours estimés comme des investissements de décoration temporaire, juste pour le temps d’une visite présidentielle ou ministérielle, comme les drapeaux ou les guirlandes. Au moment où l’architecte paysagiste algérien exécute des travaux d’aménagements paysagers conformément aux spécifications d’un plan, tout en s’occupant de préparer le terrain, d’aménager des rocailles, des plates bandes, des plans d’eau et d’y planter des arbres, des arbustes et des fleurs ainsi que d’être responsable de l’entretien régulier des aménagements paysagers de résidences, de commerces ou autre ; en occident, l’architecte paysagiste est considéré comme un professionnel qui s’emploie à créer des sites vitaux qui invitent à l’émerveillement et qui ne laisse jamais pour compte la gestion durable du milieu car il travaille sans relâche à établir un équilibre entre l’usage et la jouissance de la terre, d’une part, et la conservation et la salubrité de l’environnement, d’autre part. L’architecte paysagiste offre son savoir-faire tant au secteur public qu’au secteur privé. Il laisse notamment ses empreintes dans la planification des villes, des collectivités, des quartiers et des aménagements des espaces urbains, des espaces verts, des promenades panoramiques ainsi que dans la gestion des parcs nationaux et de la conservation du patrimoine et des sites historiques. L’architecte paysagiste se dévoue corps et âme à améliorer le cadre de vie des citoyens, en mettant à contribution ses compétences aux plans créatif, technique et scientifique pour la gestion et la création de sites attrayants, fonctionnels, novateurs et congrus dans les milieux urbains et suburbains. L’architecte paysagiste contribue dans la pratique de sa profession, au développement durable des milieux urbains à travers une analyse pluridisciplinaire du contexte grâce à la mise en relation d’informations scientifiques, techniques et culturelles de plusieurs domaines, pour obtenir une image « multicouche » de la réalité d’un espace ou d’un territoire. Il sait représenter cette réalité sous une forme compréhensible par le grand public, en lui communiquant sa compréhension des paysages, des territoires et des milieux urbains de manière à en faire saisir les modes et les dynamiques d’évolution, les avantages et les problèmes à venir de cette évolution qui se poursuit, tout en concevant et en organisant la mise en œuvre de nouveaux espaces à construire et en participant à l’établissement de plans de gestion des espaces existants (naturels ou urbanisés) de manière à accroître l’équilibre et la diversité de l’environnement urbain. C’est parce que la notion de paysage est liée à la vue et à la perception, que le paysage dépend étroitement du sujet qui le regarde et de l’analyse paysagère ainsi que de l’interprétation du paysage, qui sont des notions fréquentes dans les études paysagères que l’architecte paysagiste réalise dans son domaine d’exercice car le paysage est à la fois le résultat et la reconnaissance des occupations successives du territoire, source de création et d’expression qui évolue constamment et à des échelles diverses. Depuis quelques années, la profession de paysagiste ne cesse d’augmenter en Algérie même en l’absence de la loi du paysage, qui aura pour effet de reconnaître et de réglementer une demande paysagère notamment au niveau du volet paysage du permis de construire et de la prise en compte du paysage dans le POS et le PDAU, mais cet enthousiasme pour le « paysage » à favoriser des vocations qui risquent fort d’aboutir à des impasses dans un avenir proche car hormis les architectes paysagistes qui sont formés dans des écoles d’architectes paysagistes reconnues à l’étranger, il n’existe pas d’école sérieuse en Algérie, même si un nombre déterminé de formations professionnelles sont ouverts pour former des techniciens paysagistes qu’on honore comme architecte paysagiste au détriment des vrais spécialistes d’aménagement paysagers, qui se comptent sur les doigts d’une main. Même si la profession de l’architecte paysagiste est très jeune chez nous, son développement ne pourra être effectif qu’avec une reconnaissance officielle afin d’aborder le marché qui s’offre à elle en toute transparence, car, aujourd’hui, les responsables d’aménagements sont loin de savoir les spécificités du concepteur de paysage vis-à-vis de l’entrepreneur paysagiste et du producteur des plantes ainsi que du champ des compétences de l’architecte paysagiste, même si la profession ne revendique en aucun cas l’exclusivité de gérer le paysage car d’autres professions et d’autres titres ont à œuvrer sur le paysage qui reste suffisamment riche. A la différence des entrepreneurs paysagistes et des producteurs de plantes, les architectes paysagistes offrent au public des services professionnels variés, autant en consultation qu’en planification et design, en réalisation d’études préparatoires, en recherches et études d’impact sur l’environnement, en préparation d’esquisses, de plans et de devis, en représentation et gérance de projets et en surveillance des travaux de construction. L’architecte paysagiste pratique une profession de synthèse car lorsque l’envergure ou la complexité d’un projet nécessite la collaboration d’autres experts-conseils, l’architecte paysagiste dirige et coordonne les diverses disciplines liées au projet et s’assure que tous les rouages fonctionnent en douceur. L’architecte paysagiste est en mesure d’offrir aux collectivités locales et aux privé, la réalisation d’études préparatoires telles que des évaluations environnementales, des études de faisabilité, des enquêtes sur les ressources naturelles et culturelles, l’analyse visuelle, la sélection de sites d’implantation, la réalisation de concepts et d’esquisses, la préparation de plans et devis de réalisation, les services pendant la construction tels que la surveillance de chantier, la gestion des aspects technique et financier du projet, la gestion de projet telle que la coordination des divers aspects d’un projet mené par une équipe pluridisciplinaire. Par rapport à l’architecture, les architectes paysagistes maîtrisent le design avec des formes vivantes (plantes), c’est la garantie d’un aménagement durable et évolutif. Par rapport à l’urbanisme, les architectes paysagistes assurent la maîtrise d’œuvre, c’est la garantie de la cohérence entre la planification à la réalisation concrète. Par rapport au design, les architectes paysagistes maîtrisent la création des espaces, c’est la garantie que les objets seront élégants mais que l’espace dans lequel nous nous trouvons le sera également. Par rapport à l’horticulture, les architectes paysagistes maîtrisent les effets sensibles des plantes, c’est la garantie que les plantes seront utilisées pour créer l’ambiance des espaces verts. Par rapport à l’environnement, les architectes paysagistes maîtrisent le projet, c’est la garantie d’intégration coordonnée du changement et de la préservation. Par rapport à la sociologie, les architectes paysagistes réalisent la maîtrise d’œuvre, c’est la garantie que les façons de vivre et de voir le territoire seront pris en compte dans la réalisation des espaces verts. Par rapport à l’ingénierie, les architectes paysagistes maîtrisent le vivant, la forme ou la perception selon les domaines de formation, c’est la garantie de ne pas sous-estimer l’une ou l’autre des composantes d’un aménagement et de proposer un ensemble qui puisse être différent de la somme de ses parties. Par rapport à la politique, les architectes paysagistes réalisent la maîtrise d’œuvre, c’est la garantie que la vision d’avenir sera inscrite dans le territoire. Par rapport à un entrepreneur des espaces verts disparates, les architectes paysagistes maîtrisent la création, c’est la garantie d’avoir un espace vert différent du précédent ou de la ville voisine. Par rapport au budget, les architectes paysagistes maîtrisent les raisons et les effets des solutions choisies car le hasard fait rarement bien les choses et le professionnalisme est la garantie de l’atteinte des objectifs et du moindre coût. Pour la réussite des aménagements paysagers au sein des institutions privées, l’architecte paysagiste commence par discuter avec le client pour déterminer ses besoins d’aménagement tout en examinant et évaluant le terrain où sera conçu le projet d’aménagement paysager. En tenant compte des caractéristiques du paysage du site, des bâtiments, du climat, de l’usage futur et autres aspects ; le concepteur paysagiste supervise la préparation des croquis détaillés du terrain à aménager, y compris les caractéristiques telles que les arbres, les arbustes, les jardins, les appareils d’éclairage, les allées, les patios, les terrasses, les bancs, les clôtures, les murs de soutènement et les fontaines ; tout en évaluant les coûts. C’est l’architecte paysagiste qui prépare les devis pour étudier les soumissions du projet de réalisation de l’aménagement paysager et supervise, s’il y a lieu, les travaux de construction. Au niveau de sa collaboration avec les collectivités locales (maître d’ouvrage), le travail de conception des aménagements paysagers de l’architecte paysagiste (maître d’œuvre) doit être aussi réglementé que celui des architectes. Les services de l’architecte paysagiste pour le maître d’ouvrage doivent comprendre les consultations, les conseils, les expertises, les enquêtes, les analyses et les recommandations spécialisées pour les études de faisabilité ainsi que pour les évaluations et les interprétations de données. Concernant les études d’aménagements paysagers des milieux urbains et suburbains, son travail commence par une étude préparatoire qui est destinée à recueillir et à établir les données de base pour la préparation d’un programme de besoins et l’établissement d’un budget dans le but de s’assurer de répondre à ses exigences du maître d’ouvrage. Cette étude préparatoire doit couvrir la coordination des recherches et des explorations, les relevés topographiques, les études de sols et les recherches pour établir les conditions du site et des ouvrages existants ou toute autre étude devant servir de base à la formulation de recommandations relatives au projet d’aménagement. Après son étude préparatoire, l’architecte paysagiste procède à la phase de l’esquisse du concept d’aménagement, qui comprendra la formulation des critères de design et de performance pour chacun des éléments du programme, l’examen de différentes approches de conception, l’élaboration d’un concept général en conformité avec les critères établis et sa représentation au moyen d’esquisses, qui seront suivis d’une estimation budgétaire du coût total du projet et qui peuvent inclure les coûts récurrents d’opération et d’entretien des équipements projetés. C’est suite au choix de la solution retenue de l’aménagement paysager après la présentation des variantes de l’esquisse et en coordination avec les techniciens du maître d’ouvrage, que le maître d’œuvre prépare le plan général d’aménagement et sa représentation graphique au moyen de croquis et de dessins préliminaires ainsi que l’analyse comparative d’options et de matériaux choisis. Le type et le nombre de plans de réalisation, que l’architecte paysagiste doit présenter au maître d’ouvrage, varieront selon la taille du projet d’aménagement. De façon générale, les plans suivants sont à présenter : implantation, nivellement et drainage de surface, plantation ; détails de construction et de plantation ; localisation pour l’irrigation et l’éclairage ; et tout autre plan de réalisation requis pour la bonne marche de la construction. Après la préparation des dessins requis pour la construction de l’aménagement paysager, l’architecte paysagiste procède à la révision de l’estimation du coût des travaux pour présenter les documents d’appel d’offres incluant le devis descriptif et fait en collaboration des techniciens du maître d’ouvrage, l’analyse des soumissions et les recommandations appropriées quant à leur acceptation ou à leur rejet. Grâce au savoir-faire de l’architecte paysagiste et sa capacité de bien gérer les projets d’aménagement paysagers, le paysage urbain et suburbain de notre pays pourra devenir le résultat d’une synthèse réussie car il sera pris en compte dès les premières volontés d’aménagement pour jouer un rôle dans le développement social et économique de tout site et de tout milieu urbain, mais sans une reconnaissance juridique du statut de l’architecte paysagiste dans notre pays, notre paysage, en tant que composante essentielle du cadre de vie de nos citoyens, ne pourra jamais devenir l’expression de la diversité de notre patrimoine culturel et naturel commun et le fondement de notre identité historique.


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