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Planète - Qui sont les 5 "champions de la Terre" récompensés par l'ONU pour leurs initiatives en faveur de la nature ?

Planète - Qui sont les 5


Chaque année, le Programme des Nations Unies pour l’environnement récompense une sélection d'actions déterminantes visant à prévenir, arrêter et inverser la dégradation des écosystèmes. Découvrez les "Champions de la Terre" 2022 et leurs initiatives porteuses d'espoir.

"Les lauréates et lauréats du prix Champions de la Terre de cette année nous donnent l’espoir que notre relation à la nature peut être améliorée (et ils) démontrent que la restauration des écosystèmes (...) (est) l’affaire de tous: gouvernements, secteur privé, scientifiques, communautés, ONG et particuliers", affirme Inger Andersen, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), dans un communiqué.

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Alors que les constats alarmants et les chiffres glaçants s'accumulent - chaque année, la planète perd une surface forestière équivalente à la superficie du Portugal et 11 millions de tonnes de plastique finissent dans les milieux marins, alors que le nombre d'espèces menacées d'extinction s'élève désormais à un million - l'organisme qui coordonne les activités des Nations unies dans le domaine de l'environnement tient cependant à montrer que tout n'est pas perdu.

Quelques exemples: la restauration des écosystèmes peut contribuer à maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C; l'agroforesterie suffirait à améliorer la sécurité alimentaire de 1,3 milliard d'humains; et la restauration de seulement 15 % des terres dégradées pourrait réduire de 60 % le risque des extinctions d’espèces animales et végétales, énumère l'institution. Pour cela, chacun a un rôle à jouer en rejoignant le "mouvement #GénérationRestauration". En voici les cinq représentants mis à l'honneur cette année.

- L'association qui recycle les déchets hospitaliers au Liban

Le monde entier se souvient encore de cette catastrophe. En août 2020, deux puissantes explosions secouent le port de Beyrouth, capitale du Liban. Le souffle se propage sur une vingtaine de kilomètres, ravageant sur son passage les bâtiments et projetant partout des débris de métal, de béton et de verre. Parmi les associations intervenues dans les jours qui suivirent, l'ONG Arcenciel - créée en 1985 d'abord pour soutenir les blessés de la guerre civile - collecta près de 9.000 tonnes de verre brisé.

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Du verre, mais aussi des vêtements et des meubles: l'organisme a développé un savoir-faire pour traiter tous types de déchets - y compris ceux d'origine médicale. Abandonné dans des décharges à ciel ouvert ou enfoui sous une couche de terre, le matériel de santé usagé (seringues, compresses, masques, gants, etc.) peut en effet véhiculer des infections en contaminant l’eau et polluer les écosystèmes. Pour éviter le risque de transmission de maladies, les bénévoles utilisent des appareils de stérilisation par la vapeur.

Grâce à ce système, ils parviennent à traiter 87 % des déchets hospitaliers du Liban chaque année. Leur mobilisation a contribué à l'élaboration de la toute première loi sur la gestion des déchets dans le pays en 2018, imposant notamment aux hôpitaux de traiter leurs déchets. C'est pour reconnaître l'importance de ce travail, tant pour la nature que pour les humains, qu'Arcenciel a été récompensée dans la catégorie 'Inspiration et action' des champions de la Terre.

- L'homme qui fait revivre la forêt de nuages au Pérou

Dans la langue quechua parlée par ses grands-parents indigènes, son nom de famille, Aucca, signifie "guerrier". Un destin tout tracé pour Constantino Aucca Chutas, dit "Tino". Alors qu'il étudie la biologie sur le terrain à Cuzco (Pérou) dans les années 1990, le jeune homme est témoin de la dégradation du fragile écosystème andin par l'exploitation illégale de bois et par l'expansion des champs agricoles. En 2000, il fonde une ONG, la Asociación de Ecosistemas Andinos.

En un peu plus de deux décennies, les communautés locales partenaires du projet ont planté plus de 3 millions d’arbres au Pérou, protégeant ou restaurant quelque 30.000 hectares de terres sur le territoire ainsi que dans les pays voisins. Raison pour laquelle le militant a lui aussi été récompensé dans la catégorie "Inspiration et action" des champions de la Terre par les Nations Unies.

Parmi les plus belles réussites de Tino Aucca Chutas figure la restauration des forêts anciennes de Polylepis - parfois appelés "arbres nuages" - qui dominaient autrefois les hautes Andes, jusqu'à 5.000 mètres au-dessus du niveau de la mer. En piégeant la brume d'altitude, ces arbres retiennent l'eau qui ruisselle jusqu'aux mousses. Le tapis végétal stocke et relâche progressivement le précieux liquide, alimentant en permanence les ruisseaux de montagne qui vont irriguer les écosystèmes ainsi que les champs cultivés en aval.

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Alors qu'il ne subsistait plus que 500.000 hectares de forêt de Polyepis, le militant a réussi à mobiliser plusieurs milliers d'habitants de la région pour planter, lors d'un festival annuel émaillé de rites ancestraux incas et de musiques traditionnelles, des jeunes pousses qui régénèrent peu à peu le paysage naturel.

- L'économiste qui met la biodiversité au cœur du système

Cet ouvrage a révolutionné l'économie. "The Economics of Biodiversity", publié en 2021, met en garde contre le fait que des écosystèmes essentiels - à l'instar des récifs coralliens ou des forêts tropicales - sont en passe d’atteindre des points de basculement dangereux, avec des conséquences catastrophiques pour les économies et le bien-être des populations. Son auteur n'est autre que Partha Dasgupta, Professeur émérite d’économie à l’université de Cambridge, en Angleterre.

"Les prévisions économiques parlent d’investissements dans les usines, du taux d’emploi, de la croissance [du produit intérieur brut]. Elles ne mentionnent jamais le sort réservé aux écosystèmes", explique le lauréat dans la catégorie "Science et innovation" du prix "Champions de la Terre" 2022, né à Dhaka (actuelle capitale du Bangladesh, faisant autrefois partie de l'Inde). "Il est vraiment urgent que nous nous penchions sur la question dès maintenant."

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Son rapport pionnier de 600 pages a ouvert la voie aux travaux de recherche dans le domaine de la "comptabilisation du capital naturel", qui consiste à estimer la valeur de la nature. L'économiste est également à l'origine du concept de "richesse inclusive", qui prend en compte non seulement le capital financier et le capital produit - à la base de l'indicateur du PIB - mais aussi les compétences de la main-d’œuvre (capital humain), la cohésion au sein de la société (capital social) et la valeur de l’environnement (capital naturel). Les Nations unies s'en sont inspirées pour élaborer "l'Indice de richesse inclusive", désormais calculé pour environ 163 pays.

- La biologiste à la tête d'une "armée de femmes" pour défendre un oiseau mythique en Inde

En Inde, le marabout argala représente l'équivalent de notre gypaète barbu national: cet oiseau est lui aussi surnommé "avaleur d'os" ("hargila" en langue de l'Assam, région du nord-est de l'Inde) en raison de son régime alimentaire. En débarrassant entièrement les carcasses d'animaux morts (alors que d'autres charognards ne mangent que les tissus mous), cette cigogne rend un "service écosystémique" précieux à l'humain, assainissant le milieu et évitant la propagation de maladies.

Pourtant, le marabout argala, d'un gabarit de 1,50 m de haut pour 2,40 mètres d'envergure, souffre de multiples persécutions. Symbole de mauvais présage, les villageois du district de Kamrup - où se trouve la plus importante population de l'espèce - coupent les arbres dans lequel il déchiquette sa nourriture et où il fait également son nid. Mais c'est surtout l'assèchement des zones humides - pour édifier des relais de réseau mobile ou des routes - qui a failli signer son arrêt de mort. L'espèce compte désormais 1.200 individus adultes à l'état sauvage, soit moins de 1 % de la population recensée il y a un siècle.

Élevée par sa grand-mère au contact de la nature et des oiseaux sauvages, Purnima Devi Barman dédie son existence à la protection de l'avaleur d'os. Elle a fondé la "Hargila Army", une "armée" forte de 10.000 femmes qui mènent des actions aussi variées que la création et la vente de textiles décorés à l’effigie du marabout, les soins apportés aux oisillons blessés tombés du nid, ou encore, la plantation de 45.000 arbustes afin d'accueillir de futures populations de marabouts.

⋙ Inde: nouvel espoir pour les marabouts argala, au bord de l'extinction (A lire sur site)

Depuis le lancement de ce programme, le nombre de nids dans trois villages du district est passé de 28 à plus de 250, constituant ainsi la plus grande colonie de reproduction du marabout argala au monde. Un accomplissement qui a valu à Purnima Devi Barman d'être récompensée dans la catégorie "Vision entrepreneuriale" des champions de la Terre. "Être une femme engagée dans la protection de l’environnement dans une société dominée par les hommes est un défi, mais 'Hargila Army' a démontré que les femmes peuvent faire bouger les choses", glisse-t-elle.

- La militante qui veut rendre aux Africaines les terres qui leur reviennent

Au Cameroun comme dans d'autres pays d'Afrique, les terres se transmettent de père en fils - et non de mère en fille. Pourtant, les femmes représentent près de la moitié de la main-d'œuvre agricole en Afrique subsaharienne. Une injustice que Cécile Bibiane Ndjebet a décidé de réparer, en co-fondant le Réseau des femmes africaines pour la gestion communautaire des forêts (REFACOF) qu'elle préside depuis 2009 et qui vise à promouvoir l'égalité des sexes dans la gestion des forêts à travers une vingtaine de pays africains.

Récompensée dans la catégorie "Inspiration et action" des champions de la Terre, elle a co-fondé en 2001 l'ONG Cameroon Ecology, qui a restauré plus de 600 hectares de terres dégradées et de forêts de mangrove et dont le projet est de former des femmes pour faire revivre au moins 1.000 hectares de forêt d'ici à 2030.

Depuis 2005, le prix Champions de la Terre a récompensé 93 lauréats, dont 22 dirigeants mondiaux, 57 individus et 14 groupes ou organisations.





Photo: Cérémonie de remise des prix des Champions de la Terre 2022. © PNUE

Pour lire les articles cités en annexe: https://www.geo.fr/environnement/qui-sont-les-5-champions-de-la-terre-recompenses-par-lonu-pour-leurs-initiatives-en-faveur-de-la-nature-212674

NASTASIA MICHAELS
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