La pollution de l’air représente le principal risque environnemental pour la santé humaine. À travers le monde, elle provoque des maladies respiratoires, cardiovasculaires et des cancers chez des millions de personnes. Certaines métropoles ont réussi le pari de réduire la pollution dans leur atmosphère, indique le réseau environnemental Breathe Cities.
Les villes, avec leur trafic intense, leurs industries et leur densité démographique, concentrent les pires niveaux de pollution atmosphérique. Pourtant, c’est aussi dans les villes que les mesures antipollution produisent les effets les plus rapides et visibles. Le réseau environnemental Breathe Cities a analysé les stratégies gagnantes de 19 métropoles mondiales qui ont réussi à réduire significativement leur pollution de l’air. Entretien avec Cecilia Vaca Jones, directrice exécutive de Breathe Cities.
- RFI: Les 19 villes à travers le monde qui ont le mieux réussi à baisser la pollution atmosphérique ont-elles des points communs?
Cecilia Vaca Jones: Oui, tout d’abord, toutes les villes font un excellent travail dans la collecte de données fiables qui permettent ensuite non seulement d’éclairer les politiques et indiquer la direction que doivent prendre les actions anti-pollution. Les villes qui investissent, par exemple, dans des infrastructures pour les cyclistes et les piétons comprennent toutes qu’elles peuvent faire d’une pierre deux coups: elles réduisent les émissions polluantes et améliorent donc la qualité de l’air, mais elles encouragent en même temps des comportements sains. Et dernier point commun: toutes les villes s’efforcent de rendre la qualité de l’air plus tangible dans la vie des gens et de montrer comment cela peut réellement améliorer leur santé.
- Quelle est l’importance de la collecte de données fiables sur la qualité de l’air en ville?
Il faut développer les systèmes de surveillance de la qualité de l’air, car cela permet d’orienter les politiques et les programmes.
Je suis actuellement à Bangkok. Et ici, les autorités disposent d’outils pour cartographier en temps réel dans quelles parties de la ville l’air est le plus pollué et qui sont les personnes affectées. Cela permet aussi de prédire des pics de pollution et de prendre des mesures très ciblées en fonction.
Disposer de bonnes données en continu permet également de vérifier si nos actions prises sont réellement efficaces, de mesurer si l’on réduit réellement les émissions des particules fines et du dioxyde d’azote. Il est donc très important de disposer de données de cette qualité. Et enfin, ces données doivent être partagées avec les citoyennes et citoyens de façon transparente. Cette information les sensibilise et les rend capables de prendre leurs propres décisions en connaissance de cause et parfois de modifier leurs comportements pour contribuer à la réduction de la pollution atmosphérique.
- Quelles sont les solutions mises en place par les villes que vous avez étudiées pour le rapport et qui fonctionnent?
Plusieurs solutions se sont montrées efficaces dans toutes les 19 villes. L’instauration des zones à faibles émissions, par exemple. C’est le cas à Londres, ou encore à Paris, où la mairie a fermé les rues devant les écoles maternelles et primaires à la circulation. À Paris, comme dans d’autres grandes villes européennes, Amsterdam, Rotterdam, la place de la voiture a été réduite pour installer des pistes cyclables, des zones piétonnes, et des parterres végétalisés.
Les réseaux de transports en commun ont été élargis et les bus ont été électrifiés. Cela permet aux habitants de ne pas utiliser leur véhicule personnel. Et réduire le trafic en ville améliore nettement la qualité de l’air. Mais il y a aussi des mesures qui ont visé d’autres sources de pollution. Je pense à l’interdiction du charbon comme combustible pour le chauffage à Varsovie.
- Bien évidemment les autorités doivent prendre des décisions de politiques publiques. Mais quel est le rôle des citoyens dans la lutte contre la pollution de l’air?
Justement, ce que je trouve formidable, c’est que la qualité de l’air est véritablement un bien public, probablement le seul bien public que nous partageons dans le monde entier. Les efforts pour baisser la pollution atmosphérique dépassent souvent le cadre d’une ville. En Asie par exemple, l’air de nombreuses villes est très dégradé en raison des brûlis agricoles dans les zones rurales des alentours. Cela nécessite donc des discussions qui dépassent le simple cadre de la ville.
Les citoyens ont un rôle très important à jouer. À Nairobi par exemple, j’ai pu rencontrer récemment certaines associations locales et communautés qui s’efforcent de gérer les déchets. Car bien sûr, l’incinération des déchets constitue une autre source importante d’émissions. Mais ces communautés ont trouvé différentes solutions et méthodes de gestion des déchets. Elles ont changé de comportement et cela contribue, là encore, à réduire la pollution de l’air. Le premier pas, et c’est le plus important, c’est la prise de conscience: de comprendre le risque que la mauvaise qualité de l’air représente pour notre santé et celle de nos enfants.
- Combien de temps faut-il pour dépolluer l’air dans une ville?
Les gens pensent que d’améliorer la qualité de l’air prend des décennies. Mais ce que nous avons compris avec cette étude, c’est qu’en vérité le changement peut se produire assez rapidement. Surtout quand il y a une forte volonté politique pour y parvenir. Mais aussi lorsque l’on dispose des bons outils, des bonnes données et des bonnes personnes pour mettre en œuvre ces programmes sur le terrain.
Photo: Vue de Paris depuis le ballon Generali, qui mesure la qualité de l'air dans la capitale française. © Christophe Ena / AP
Par Stefanie Schüler
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Par : Stefanie Schüler
Source : https://www.rfi.fr/