En Australie, une espèce de mammifère disparaît tous les cinq ans. Pourtant, la nature a été absente de la campagne pour les élections du 3 mai, après un mandat marqué par les promesses non tenues du gouvernement travailliste.
Sydney (Australie), correspondance
En l’espace de 200 ans, l’Australie a vu quarante espèces de mammifères être complètement rayées de sa carte. Un triste record qui fait du pays l’un des pires au monde en matière de taux d’extinction d’espèces vivantes. Plus de 600 animaux figurent actuellement sur la liste des espèces menacées du gouvernement australien: 141 sont estimés en «danger critique d’extinction». Et chaque année, l’île-continent se rapproche de l’extinction de dizaines d’animaux supplémentaires, à cause, notamment, du réchauffement climatique, de la destruction de leurs habitats naturels et de la prolifération d’espèces invasives.
Et même si cette liste d’animaux menacés contient des espèces symboliques, comme les koalas, les gouvernements successifs ne font pas les efforts suffisants pour inverser la tendance et protéger la faune exceptionnelle de l’Australie.
L’élection, en 2022, d’un gouvernement travailliste qui promettait de rompre avec l’inaction climatique du Premier ministre précédent et de renforcer la protection de l’environnement, n’a rien changé.
«Les travaillistes ont fait de grandes promesses, qu’ils n’ont pas tenues»
Trois ans plus tard, le Premier ministre, Anthony Albanese, ne peut pas vanter les mérites de sa politique en matière de protection de l’environnement. Il brigue un nouveau mandat de trois ans lors des élections fédérales, samedi 3 mai.
«Les travaillistes ont fait de grandes promesses, qu’ils n’ont pas tenues», déplore Lis Ashby, responsable de la politique et de l’innovation au sein du Biodiversity Council Australia, un organisme à but non lucratif regroupant des experts et universitaires appelant à la protection de la biodiversité australienne. Le gouvernement d’Anthony Albanese a, certes, «augmenté les dépenses à destination de la protection des espèces protégées, mais c’est encore très loin d’être suffisant».
Les organismes de défense de l’environnement reprochent notamment au gouvernement d’avoir abandonné le vote d’un ensemble de lois censées renforcer la protection de la flore, des animaux et de leurs habitats naturels. Ces textes devaient permettre la création d’une nouvelle agence fédérale de protection de l’environnement, capable d’infliger des amendes et d’auditer les entreprises pour vérifier qu’elles respectent les autorisations de développement (immobilier, infrastructures énergétiques, mines…).
«Malheureusement, Anthony Albanese a cédé au puissant lobby de l’industrie minière et il a personnellement mis ces lois en veilleuse», déplore Darcie Carruthers, chargée de campagne à l’Australian Conservation Foundation.
Pour le scientifique Hugh Possingham, de l’université du Queensland, le cadre légal «inefficace» en place aujourd’hui a même été «affaibli» par les travaillistes: «La seule modification apportée à la loi sur la protection de l’environnement a été celle protégeant l’élevage du saumon en Tasmanie, en rendant difficile la révision d’autorisations d’exploitation accordées dans le passé». La salmoniculture fait en effet débat pour son coût environnemental dans l’État de Tasmanie, notamment pour ses effets sur les raies maugéennes, une espèce en voie d’extinction.
. Lire aussi: Élevage de saumons: «Une bombe écologique et sociale», dénonce un rapport (A lire sur site ci-dessous)
Pendant le mandat travailliste, le nombre d’animaux et plantes qui ont rejoint la liste des espèces en danger a même battu un record en 2023. «Ça a été l’année la plus chargée pour la liste des espèces menacées depuis sa création, dit Darcie Carruthers. Cent quarante-quatre plantes, animaux et écosystèmes supplémentaires ont été ajoutés à cette liste, qui ne cesse de s’allonger.»
- Soutien aux mines de charbon
Selon l’Australian Conservation Foundation, plus de 25.000 hectares d’habitats naturels d’espèces menacées ont été détruits depuis le retour des travaillistes au pouvoir en 2022. Dans le même temps, le gouvernement d’Anthony Albanese a donné son autorisation à dix projets d’ouverture ou de prolongement de durée d’exploitation de mines de charbon dans le pays.
En tête des sondages pour les élections, le Parti travailliste a une nouvelle fois promis pendant sa campagne de faire davantage pour protéger l’environnement. Face à lui, l’autre parti majeur, la Coalition (conservateurs), «n’a aucune proposition en faveur de la protection de l’environnement», dit Darcie Carruthers.
À l’aube des élections fédérales, les groupes de défense de l’environnement gardent espoir: celui de voir le parti travailliste obtenir une majorité relative au Parlement, le forçant à passer des alliances avec des partis mineurs ou des élus indépendants, plus enclins à protéger la faune exceptionnelle de l’Australie.
Photo: Le Premier ministre australien, Anthony Albanese (au centre) le 6 mars 2024 à Melbourne. - Leigh Henningham / Asean-Australia Special Summit 2024 / AFP
Pour accéder à l'article en annexe, ci-dessus: https://reporterre.net/En-Australie-les-animaux-disparaissent-et-les-politiciens-regardent-ailleurs
Par Léo Roussel
Puisque vous êtes là...
... nous avons un petit service à vous demander.
Entre la présence d’un climatosceptique à la tête de la première puissance mondiale, un gouvernement français qui flirte avec l’extrême-droite, et les catastrophes climatiques qui s’enchainent... Faire vivre l’écologie dans le débat public est un enjeu crucial.
Personne ne modifie ce que nous publions. Nous n’avons ni actionnaire, ni propriétaire milliardaire — seulement une équipe d’irréductibles journalistes, pleine de détermination.
Nous avons la conviction que l’urgence écologique est l’enjeu majeur de notre époque. Et comme plus de 2 millions de lectrices et lecteurs chaque mois, vous partagez sans doute cette conviction...
Depuis 12 ans, nous publions des articles de qualité sur l’écologie, en accès libre et sans publicité, pour tous.
Mais ce travail demande beaucoup de temps et de ressources.
Alors, si vous en avez les moyens, sachez qu’un don, même d’1€, est un acte de soutien fort pour l’écologie et le journalisme indépendant.
(Et ça vous prendra moins de temps que la lecture de ce texte).
Si vous le pouvez, choisissez un soutien mensuel. Merci.
Je soutiens Reporterre
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Par Léo Roussel - 3 mai 2025
Source : https://reporterre.net/