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Planète (France/Europe) - Les potagers scolaires transforment la relation des enfants au vivant, montre une étude



Planète (France/Europe) - Les potagers scolaires transforment la relation des enfants au vivant, montre une étude
L’intégration d’un potager dans le quotidien scolaire des écoliers renforce leur connexion à la nature et leur sensibilité écologique, montre une étude. Et ce pour un coût très modique.

Un enfant né en 2020 fera face à sept fois plus d’événements climatiques extrêmes qu’un enfant né en 1960. Pour y préparer les citoyens de demain, une étude publiée le 11 décembre par WWF France et le laboratoire Eval-Lab suggère que l’un des leviers les plus efficaces — et les moins coûteux — est l’éducation au vivant, pratiquée dehors et au contact de la nature.

Cette étude a évalué les effets du programme École jardinière du WWF, qui envoie fiches d’activités et graines à des enseignants, et les accompagne dans l’utilisation d’un potager pédagogique. Elle montre que ces pratiques améliorent significativement la connexion des enfants à la nature, leur sensibilité écologique et leurs gestes pro-environnementaux, qui seront cruciaux au cours des décennies à venir.

Menée dans 89 écoles primaires sur tout le territoire, L’étude a été menée sur 89 écoles primaires de France, réparties par tirage au sort entre celles qui appliqueront le programme (45) et les établissements témoins (44) 184 enseignants et plus de 3.500 élèves ont été suivis pendant un an, afin de mesurer la connexion à la nature, sensibilité écologique, pratiques environnementales, bien-être et climat scolaire. En France, environ 4.000 écoles pratiqueraient la classe dehors.

«Des réflexes qui dépassent le cadre scolaire et s’ancrent dans la vie quotidienne»

«[Le potager] offre une expérience directe de la nature… Cette prise de conscience, vécue par l’expérience directe, a un impact beaucoup plus durable qu’un simple cours théorique. Les gestes appris au jardin — économiser l’eau, trier les déchets, respecter la biodiversité — deviennent des réflexes qui dépassent le cadre scolaire et s’ancrent dans la vie quotidienne», explique l’étude.

Le coût du dispositif est minime: 42 euros par classe pour l’année, soit 1,4 euro par élève dans une classe de 30, pour quatre envois postaux d’activités et de graines. Ces activités comprennent par exemple des expériences de germination, la compréhension de la composition du sol ou encore celle du cycle de vie des fruits et légumes. Et lorsqu’une école ne dispose pas de potager ou de terre cultivable, son installation revient en moyenne à 4.000 euros, soit moins de 30 euros par élève dans une école qui en compte 150.

Grâce aux activités du programme, le temps consacré par les enseignants à l’éducation à l’environnement en lien avec le jardin potager augmente de 50 %, dit l’étude. Les effets sont particulièrement marqués chez les élèves scolarisés en REP, chez les filles et chez les élèves initialement les plus éloignés du vivant.

Pour le WWF, cela confirme qu’un outil très léger peut produire des effets réels, à condition d’accompagner les enseignants: selon l’étude, 90 % d’entre eux souhaitent obtenir des conseils et de l’aide pour pouvoir utiliser réellement le jardin potager avec leurs élèves.

«Le potager est un support pédagogique qui permet de développer la sensibilité environnementale des enfants, dit Marjolaine Girard, responsable du programme Éducation à la nature et à l’environnement au WWF France. Les enseignants s’en saisissent dans le cadre des enseignements qui sont prévus au programme. Ils vont faire des maths, du français, de l’activité physique au potager. Ça ne demande pas de créer une case en plus dans l’emploi du temps, on enseigne différemment».

- Une loi déposée pour rattraper le retard français

Ces résultats interviennent alors qu’une proposition de loi transpartisane visant à reconnaître l’éducation au dehors et en contact avec la nature et à réaffirmer la place de la transition écologique à l’école a été déposée à l’Assemblée nationale en juin 2025. Le texte n’est pas basé sur l’étude WWF, mais sur deux rapports parlementaires sur l’adaptation de l’école aux enjeux climatiques et le bâti scolaire à l’épreuve de la transition écologique.

La proposition de loi vise à inscrire dans le Code de l’éducation un accès régulier au dehors et en contact avec la nature, ainsi que la transmission des enjeux liés à la transition écologique et à la préservation de la biodiversité.

«Contrairement à de nombreux pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, Danemark, Suisse), la France accuse un retard important dans l’intégration du contact avec la nature dans l’éducation de ses enfants», décrit la proposition de loi. Les enfants d’aujourd’hui passent trois fois moins de temps à jouer dehors que leurs propres parents.

«Je n’ai vu que des bénéfices»

Sur le terrain, les enseignants font largement écho aux constats de l’étude — même lorsqu’ils n’ont jamais participé au programme École jardinière. Manon, professeure des écoles à Paris depuis huit ans, a jardiné trois ans avec ses élèves de CE1 — sans faire partie du programme École jardinière. Elle confirme l’effet immédiat d’un contact régulier avec la terre.

«Ils vont quand même faire de la production d’écrit, ils vont quand même parler de la reproduction des êtres vivants, des végétaux… On fait exactement les mêmes apprentissages qu’en classe, sauf qu’ils les relient à du vécu: tout prend beaucoup plus de sens pour eux», dit-elle. «Je n’ai vu que des bénéfices, sur la relation enseignant-élèves, mais aussi entre eux, ajoute-t-elle, parce qu’ils coopèrent beaucoup plus pour réaliser quelque chose ensemble.»

Mais ces bénéfices se heurtent rapidement aux réalités du terrain. Dans l’école de Manon, les bacs de jardinage demeuraient accessibles pendant les récréations. Résultat: les plantes étaient cueillies ou arrachées dès qu’elles sortaient de terre, rendant presque impossible la tenue des plantations dans le temps.

- Pelouse au repos

En milieu urbain dense, d’autres contraintes s’ajoutent, comme la pollution des sols parisiens qui interdit de cultiver des végétaux destinés à être consommés. À ces obstacles matériels se superpose une résistance culturelle tenace: pour beaucoup de parents, un enfant qui n’est pas assis à une table n’est pas en train d’apprendre, ce qui fragilise encore la légitimité de l’enseignement en extérieur.

Et même lorsque l’enseignante tentait d’organiser la classe dehors dans un parc voisin, la réalité administrative la rattrapait: «Aux Buttes-Chaumont, l’hiver, on m’a dit: “pelouse au repos”. On devait rester sur une zone stabilisée avec trois autres classes. Ça n’avait plus aucun sens.»

Ces expériences illustrent précisément ce que montre l’étude WWF–Eval-Lab: le dehors scolaire peut devenir un puissant outil d’apprentissage, mais il reste fragile et peu utilisé lorsqu’il repose exclusivement sur la débrouille individuelle. Sans accompagnement, sans formation, sans reconnaissance institutionnelle, l’usage demeure inégal — et souvent précaire.

. Lire aussi: Les inégalités d’accès à la nature se répercutent à l’école (A lire sur site ci-dessous)

Pour le WWF, l’enjeu dépasse largement le cadre scolaire: il s’agit d’armer les enfants face à un monde écologique en plein bouleversement.

Marjolaine Girard rappelle que les enfants d’aujourd’hui grandissent dans un contexte d’«amnésie environnementale»: «Ils n’ont aucune idée de ce à quoi ressemblait la nature avant les dégradations récentes. D’où l’urgence de les reconnecter au vivant pour qu’ils aient envie de le protéger.» Et d’insister: «Ce que montre l’étude, c’est qu’il ne s’agit pas d’investissements colossaux au regard des bénéfices obtenus.»

Photo: Un enfant arrose le potager de son école toulousaine (illustration). - © Francois Laurens / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Pour accéder et lire l'article ci-dessus: https://reporterre.net/Les-potagers-scolaires-un-plan-pas-cher-pour-reconnecter-les-enfants-a-la-nature

Par Juliette Fesas

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