Au rythme des quatre saisons, le film suit le quotidien des habitants du pays qui abrite la plus importante population d’ursidés.
Ours en slovène se dit medved, littéralement «voleur de miel . Même si les habitants de ce petit pays, situé à l’est de l’Italie, sont bien placés pour savoir que cette réputation est trompeuse – les ours préfèrent les œufs et les larves d’abeilles, riches en protéines –, la Slovénie est de fait le pays d’Europe qui abrite, dans sa vaste forêt primaire, la plus importante population d’ursidés. Soit environ 1.200 individus, contre 52 (d’origine slovène quand même) dans les Pyrénées en 2020, selon l’Office français de la biodiversité.
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Mais alors que leur réintroduction a été vivement critiquée en France, la coexistence homme- ours se passe plutôt bien au pays natal de Gaspard Proust et de Melania Trump. Parfaitement bien même, sans manifestation d’éleveurs ni coups de fusil. Pas question ici toutefois de dénigrer le point de vue hexagonal: le film souligne que les ours ne sont pas non plus bienvenus en Italie ou en Autriche. Plus original, ce documentaire propose de suivre, au rythme des quatre saisons, le quotidien des Slovènes et des medved.
Un jeune qui s’aventure pour la première fois seul dans une clairière, une mère aux aguets, des petits qui jouent dans les arbres, un gros adulte qui sort de sa tanière en plein hiver pour manger de l’herbe… Rarement il a été donné d’observer autant d’ours dans leur milieu naturel, en bordure d’une exploitation ou d’une habitation.
- Omniprésent
«Nous avons constaté tout ce que l’ours nous apportait, tant pour l’environnement qu’économiquement. Les gains liés à l’ours sont plus importants que les dégâts qu’il cause», assure ainsi Miha Krofel, jeune professeur et chercheur à l’université de Ljubljana, la capitale, que l’on va suivre à travers la forêt tout au long de l’année, de tanières en repaires.
L’ours est omniprésent aussi en ville, où il inspire un artisanat local et où il est à l’origine de nombreuses traditions, dont la plus célèbre est le carnaval de Kurentovanje, à Ptuj (prononcer Ptouille), inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
A la campagne, «les éleveurs voient l’ours de façon très positive, affirme encore Miha Krofel. C’est un atout touristique et financier non négligeable pour eux». Comme le confirment Andrei et Franz Senekovic, deux frères éleveurs, dont la ferme écologique est installée dans une vaste clairière à Kacji Potok. Deux cents vaches et moutons y paissent librement.
Pas d’angélisme toutefois, cette cohabitation millénaire est assortie de règles strictes imposées par l’Etat sur la protection des troupeaux. «Sinon, il ne nous indemnise pas en cas d’attaque», explique Andrei Senekovic. Mais celles-ci sont rarissimes: deux en quinze ans par des ours.
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Un renard qui détale, un rouge-gorge qui s’envole, des fleurs de luzerne sauvage, une hirondelle, des marguerites… et le museau d’un ourson, visible aux jumelles de Franz Senekovic. «L’ours, je le vois de temps en temps, il me regarde», dit calmement ce grand gaillard, protégé par son chien, un Pinscher nain. «Quand tu vois un ours c’est comme si tu gagnais au loto.»
Slovénie, terre des ours, de Jonathan Mas et Camille Okroglic (Fr., 2020, 55 min).
Photo: Image extraite du documentaire « Slovénie, terre des ours », de Jonathan Mas et Camille Okroglic. USHUAÏA TV
Catherine Pacary
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Par Catherine Pacary - Publié le mardi 23 mars 2021
Source : https://www.lemonde.fr/