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Planète (Egypte/Afrique) - Des milliers de citoyens prêts à se rendre à Rafah: Une mobilisation mondiale pour Ghaza



Planète (Egypte/Afrique) - Des milliers de citoyens prêts à se rendre à Rafah: Une mobilisation mondiale pour Ghaza
A la faveur de ce périple, la Palestine est devenue étrangement proche, géographiquement parlant. Et les citoyens du monde arabe ont désormais le sentiment que même s’ils ne peuvent pas accéder à l’enclave assiégée, les Ghazaouis sont capables maintenant d’entendre leurs clameurs et leur souffle solidaire. Ils peuvent même toucher cette marée de mains tendues grâce à la proximité qu’autorisent les réseaux sociaux et aussi grâce à l’écho que sont forcés de donner les médias mainstream à ces mobilisations pro-palestiniennes tant ce mouvement civique mondial est d’une ampleur absolument inédite.

La caravane «Somoud» (résistance), partie de Tunis en direction de Rafah, le poste-frontière qui sépare l’Egypte de la Palestine, et qui vise à briser le blocus israélien imposé à Ghaza, en est à son quatrième jour de traversée par route aujourd’hui.

Le convoi est composé d’une longue file d’autobus et de véhicules civils, totalisant plusieurs centaines de volontaires, principalement des Tunisiens et des Algériens, qui seront rejoints également par des groupes libyens, marocains et mauritaniens, agitant à l’unisson le drapeau palestinien et dénonçant la campagne génocidaire perpétrée contre Ghaza.

La délégation algérienne qui participe à cette action s’est ébranlée, rappelle-t-on, dimanche dernier en direction de la Tunisie. Le lendemain, la caravane a entamé officiellement son long périple. C’est la Coordination de l’action commune pour la Palestine, une organisation tunisienne, qui supervise cette gigantesque opération sur le plan administratif et logistique.

Après avoir traversé le premier jour une grande partie du territoire tunisien, la caravane est arrivée lundi soir au poste frontalier de Beni Guerdane, au sud-est de la Tunisie, avant d’accéder au territoire libyen via le poste de Ras Jedir. Partout où le convoi passait, un accueil exceptionnel lui était réservé, suscitant une formidable ferveur populaire.

Sur les réseaux sociaux, les images, plus spectaculaires et plus expressives les unes que les autres, illustrent admirablement cet élan solidaire et cette cohésion des peuples du Maghreb, soudés par une cause commune si chère à leur cœur: la libération de la Palestine. A mesure que la caravane progresse, le cortège s’allonge jusqu’à former une impressionnante marée humaine agitant keffiehs et emblèmes palestiniens et scandant des chants ardents célébrant «la mère de tous les combats».

- Quand la Palestine devient si proche

A la faveur de ce périple, la Palestine est devenue étrangement proche, géographiquement parlant. Et les citoyens du monde arabe ont désormais le sentiment que même s’ils ne peuvent pas accéder à l’enclave assiégée, les Ghazaouis sont capables maintenant d’entendre leurs clameurs et leur souffle solidaire.

Ils peuvent même toucher cette marée de mains tendues grâce à la proximité qu’autorisent les réseaux sociaux et aussi grâce à l’écho que sont forcés de donner les médias mainstream à ces mobilisations pro-palestiniennes tant ce mouvement civique mondial est d’une ampleur absolument inédite.

Les scènes et les gestes de soutien pleuvent. Parmi les plus marquants, ces stations-service libyennes faisant le plein gratos aux véhicules et autobus du convoi. Là où d’aucuns redoutaient que la route soit pavée de dangers, c’est une Libye fraternelle qui s’offre à nos vaillants passagers, leur ouvrant grand les bras, tordant le cou à l’imagerie ingrate présentant notre voisin du sud-est comme un territoire hostile, un pays qui fait peur.

C’est aussi ça l’effet de la caravane «Somoud»: elle nous aura permis, même à distance, rien qu’à la vue de ces images joyeuses, de changer notre regard sur des pays qui sont à nos frontières et paradoxalement si méconnus.

Sur son compte officiel Facebook, la Coordination de l’Action commune pour la Palestine poste régulièrement des vidéos de chaque halte. Et c’est comme si vous étiez du voyage. On voit ainsi le convoi traverser tour à tour les villes libyennes de Ras Jedir, Zouara, Zawiya, Tripoli, puis filer plein est en traversant les villes de Tajourah, Zliten et pousser vers Misrata. Partout, les membres de la caravane sont reçus avec le même enthousiasme.

- L’Égypte les laissera-t-elle passer?

Notre ami Raouf Farrah, brillant universitaire et fervent défenseur de la cause palestinienne, qui participe à cette expédition, a posté mardi soir un message où il ne tarit pas d’éloges sur la générosité des Libyens: «D’Alger à Tunis, d’où le convoi est parti officiellement, et maintenant jusqu’à la ville libyenne de Zawiya, écrit-il, la caravane Al Soumoud avance, imperturbable, unie, inarrêtable. Au poste-frontière de Ras Jedir, la population libyenne a accueilli le convoi à bras ouverts, se fendant d’un torrent de solidarité. Les Tunisiens et les Algériens ont été accueillis par des acclamations, des chants et l’esprit inébranlable d’un peuple qui sait ce que signifie résister à l’occupation.»

Raouf signale dans la foulée: «Le Croissant-Rouge libyen est intervenu pour assurer la sécurité médicale et psychologique du convoi. Respect et gratitude à leur égard.»

Il poursuit: «Ce soir (mardi, ndlr), la caravane se repose à Zawiya (…) et demain matin (mercredi), le convoi se rendra à Misrata, puis continuera vers l’est en direction du point de passage de Musaïd, à la frontière entre la Libye et l’Egypte, portant avec lui la voix de toute la région. D’autres délégations nord-africaines – du Maroc et de la Mauritanie – se joindront au convoi le long de la route, et au Caire, un front uni se lèvera pour répondre à l’appel de la Marche mondiale pour Ghaza. C’est la route vers Rafah, pour briser le siège et faire face au génocide.»

La grande question maintenant est de savoir si les autorités égyptiennes vont coopérer et laisser passer le convoi. Selon le quotidien Al Charq Al Awssat, qui cite des sources «bien informées», «les autorités égyptiennes n’ont pas encore décidé d’autoriser ou non le passage de la caravane».

D’autres sources proches des autorités égyptiennes ont mis l’accent sur les défis sécuritaires et logistiques posés par cet afflux massif de visiteurs qui veulent se rendre à Rafah.

«Ce convoi pose des problèmes aux autorités égyptiennes, le premier étant que l’entrée de personnes en provenance de l’étranger nécessite des visas préalables», ont déclaré ces sources à Al Charq Al Awssat.

Le gouvernement égyptien va se retrouver devant «un grand nombre de personnes dont les affiliations et les orientations sont inconnues, ce qui complique la situation en matière de sécurité, et la question de leur permettre d’entrer et de traverser l’Egypte d’ouest en est sur une distance de plus de 700 kilomètres pose d’énormes problèmes aux services de sécurité», ont-elles ajouté.

Et Al Charq Al Awssat de noter: «Bien qu’elles aient assuré que la position à adopter à l’égard du convoi ‘‘n’a pas encore été tranchée’’ en raison du caractère sensible de la question, nos sources estiment que, probablement, ‘‘la caravane ne sera pas autorisée à entrer (sur le sol égyptien), d’autant plus que ses initiateurs savent que les points de passage vers Ghaza sont fermés et qu’Israël n’autorisera pas leur entrée, ce qui soulève des questions quant aux véritables motivations des organisateurs.»

- 3.000 participants attendus au Caire

Dans un communiqué rendu public hier, l’équipe qui encadre la caravane «Somoud» a tenu à adresser un message de clarification aux autorités égyptiennes pour les rassurer quant à ses intentions.

«Ce convoi ne porte aucune couleur politique ou idéologique particulière. Il s’agit d’un convoi populaire maghrébin composé de citoyens et de citoyennes, dont certains acteurs civiques d’appartenances diverses. Elle n’a aucun parti pris vis-à-vis du régime égyptien et ne s’immisce pas dans les affaires intérieures de l’Egypte. Ses relations avec les autorités égyptiennes se limitent à des échanges sur les aspects procéduriers, administratifs et sécuritaires liés à l’itinéraire du convoi sur son territoire», peut-on lire dans ce communiqué.

«Le seul objectif de cette caravane, insistent les organisateurs, est de contribuer à briser le blocus injuste imposé à notre peuple à Ghaza et de mettre fin à son génocide, et en aucun cas de faire pression ou d’embarrasser l’un des pays traversés par le convoi.»

Le leadership de cette opération dit également comprendre que l’Etat égyptien soit attaché au respect de «sa souveraineté sur ses frontières. C’est pourquoi nous sommes en contact avec les autorités égyptiennes depuis des semaines, que ce soit par l’intermédiaire de leur ambassade à Tunis ou par des intermédiaires au Caire, et nous avons officiellement écrit au ministère égyptien des Affaires étrangères pour expliquer la nature et les objectifs de la caravane ‘‘Somoud’’».

«Nous ne voulons pas et n’avons pas l’intention d’entrer en Egypte sans l’approbation des autorités et sans nous être entendus avec elles sur les différentes procédures d’entrée», soulignent les organisateurs.

«Nous avons déjà précisé, lors d’une réunion officielle avec l’ambassadeur égyptien à Tunis, que si les autorités égyptiennes nous autorisaient à accéder au point de passage de Rafah, nous n’essaierons pas de profiter de notre présence en Egypte pour prononcer un discours contre le gouvernement. Notre discours sera exclusivement dirigé contre l’ennemi sioniste qui extermine et affame notre peuple à Ghaza», proclament-ils.

Et de conclure: «Nous sommes convaincus que l’Egypte (…) ne refusera pas l’entrée des frères et sœurs de sa nation pour soutenir le peuple de Ghaza, lever le siège, exiger la fin du génocide, permettre l’entrée de l’aide humanitaire et rejeter les plans de déplacement.»

De leur côté, les organisateurs de la Marche mondiale vers Ghaza ont déclaré hier, selon des propos rapportés par Al Jazeera: «Nous n’avons pas encore reçu de réponse de la part des autorités égyptiennes quant à notre marche vers le point de passage de Rafah.»

Et de préciser: «Il n’y a pas de véritable communication avec les autorités égyptiennes et nous espérons que lorsque nous arriverons demain (aujourd’hui, ndlr), nous serons autorisés à passer. Nous ne voulons enfreindre aucune loi en Egypte et nous espérons que les autorités égyptiennes vont coopérer.»

L’équipe organisatrice de cet événement hors du commun a indiqué qu’«environ 3.000 personnes ont confirmé leur intention de participer à la marche que nous prévoyons d’organiser du Caire à Al Ariche». Il s’agit de la ville portuaire située à l’extrémité orientale de l’Egypte, et c’est la ville la plus proche du poste frontalier de Rafah qui donne sur Ghaza.

Les organisateurs de la Global March to Gaza ont en outre affirmé que «la marche rassemble des participants de 54 pays et la plupart d’entre eux arriveront au Caire ce jeudi».

Photo: D. R.

Benfodil Mustapha
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