«Le Devoir» a pu observer et photographier cet imposant rapace nocturne alors qu’il se reposait au sommet d’un arbre.
Il était perché en hauteur et au plus près du tronc d’un grand conifère d’un secteur du Jardin botanique de Montréal. Le Devoir a tout de même eu la chance de photographier ce grand-duc d’Amérique, un rapace imposant qui est passé maître dans l’art de se fondre dans le décor des zones boisées, tandis qu’il se reposait en plein jour avant de reprendre ses activités nocturnes.
Malgré un plumage qui lui offre un camouflage efficace en milieu naturel, ce hibou doté d’aigrettes proéminentes et de grands yeux jaunes peut être bien visible, à condition de savoir qu’il est présent dans le secteur. Il faut dire qu’il peut atteindre une hauteur de près de 60 centimètres, pour une envergure d’ailes dépassant 1,5 mètre.
Au Jardin botanique de Montréal, il a d’ailleurs suscité récemment pendant quelques jours le vif intérêt de certains des nombreux photographes animaliers qui fréquentent cet espace vert propice à l’observation d’un large éventail d’espèces de la faune aviaire.
Directeur général de l’organisme QuébecOiseaux, Jean-Sébastien Guénette n’est d’ailleurs pas étonné de la présence de ce rapace nocturne au cœur de Montréal, même si les observations sont peu fréquentes. «On peut l’observer en milieu urbain, mais il doit pouvoir retrouver une bonne densité d’arbres matures, comme c’est le cas dans certains parcs nature. Il peut d’ailleurs être difficile à repérer, parce qu’il n’est pas actif dans le jour, sauf s’il se fait harceler par des corneilles qui veulent le chasser du secteur.»
. En plein jour, même lorsqu’il est éveillé, il demeure le plus souvent immobile.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir En plein jour, même lorsqu’il est éveillé, il demeure le plus souvent immobile. (Voir photo sur site ci-dessous)
- Prédateur nocturne
Cet oiseau, dont le chant est en fait un «hululement» prolongé qu’on peut entendre la nuit, en milieux forestiers, est bien présent un peu partout au Québec, mais aussi dans plusieurs autres régions d’Amérique. Il a la particularité de pouvoir nicher dès le mois de février, donc en plein hiver, alors que la vaste majorité des espèces d’oiseaux ne vont pas débuter leur période de nidification avant le printemps et le retour du temps doux.
Jean-Sébastien Guénette souligne par ailleurs que ce rapace est reconnu pour sa force et sa capacité à chasser des proies imposantes, surtout pour un oiseau dont le poids maximal avoisine le 1,5 kg, voire 2 kg. «Ce sont des oiseaux très puissants qui peuvent s’attaquer à des proies de bonne taille, comme des lièvres. Il y a aussi eu des cas où on a vu des attaques sur des renards.»
Sur la Côte-Nord, mais aussi dans d’autres régions de la province, des attaques de grands-ducs sur des chats ou des petits chiens ont également été recensées au fil des ans, même si le phénomène demeure rarissime. Dans certains cas, il pourrait s’agir davantage de réflexes de protection des oisillons.
En plein jour, il opte toutefois pour le repos. Le grand-duc que Le Devoir a observé au Jardin botanique lors d’une journée très froide n’a pas bronché lorsqu’un écureuil est passé tout près de lui et il n’a pas non plus réagi ou effectué le moindre mouvement lorsque des mésanges à tête noire et des sittelles à poitrine blanche sont venues se nourrir en sautant de branche en branche autour de lui.
. Le grand-duc est en mesure de se camoufler relativement bien dans la végétation, essentiellement dans les zones de conifères.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le grand-duc est en mesure de se camoufler relativement bien dans la végétation, essentiellement dans les zones de conifères. (Voir photo sur site ci-dessous)
- Protéger l’habitat
Contrairement à d’autres hiboux, comme le harfang des neiges ou le hibou des marais, la population du grand-duc d’Amérique n’accuserait pas de déclin marqué, indique M. Guénette, tout en précisant qu’il est plus difficile d’évaluer les effectifs d’oiseaux dont le mode de vie est essentiellement nocturne.
Selon ce qu’on peut lire dans le Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, les données disponibles indiquent néanmoins une diminution probable de la population, en raison de l’impact de l’activité humaine. «On peut penser que l’étalement urbain et l’accroissement de l’agriculture intensive ont fini par avoir raison de certains territoires de nidification», précise l’ouvrage de référence sur la faune aviaire, qui insiste sur les impacts potentiels de la disparition des boisés en zone agricole. Ceux-ci offraient notamment des territoires de chasse intéressants pour ce rapace nocturne doté d’une vue et d’une ouïe exceptionnelles.
Cet oiseau de proie souffre par ailleurs d’une mauvaise réputation, en raison de sa capacité de s’attaquer même aux animaux de compagnie. Or, le grand-duc d’Amérique «joue un rôle important dans les écosystèmes du Québec, en raison de son statut de prédateur. La protection de son habitat est donc importante», rappelle Nathalie Jreidini, directrice de l’éducation au Zoo Ecomuseum.
L’institution utilise d’ailleurs deux individus de l’espèce qui sont en captivité depuis près de 20 ans, et qui ne pouvaient pas être remis en liberté, dans le cadre de son programme éducatif. «Ils servent à sensibiliser les gens à l’importance de protéger la nature.»
Photo: Alexandre Shields/Le Devoir/ Même s’il est au repos en plein jour, le grand-duc d’Amérique demeure vigilant aux bruits dans son environnement. On le voit bien avec cet individu photographié au Jardin botanique de Montréal.
Pour voir l'article dans son intégralité avec les photos ci-dessus: https://www.ledevoir.com/actualites/environnement/942537/visite-rare-grand-duc-jardin-botanique-montreal
Alexandre Shields
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Alexandre Shields - Publié le 18 Décembre 2025
Source : https://www.ledevoir.com/