Le pays d’Afrique de l’Ouest compte moins de 150 spécimens sauvages de cette espèce menacée par la destruction de son habitat et le trafic international.
Une cinquantaine de jeunes tortues sillonnées, ainsi appelées à cause des plis de leur carapace, ont découvert au Sénégal le sol africain de leurs ancêtres, où elles vont devoir oublier leurs années à Monaco et apprendre la vie sauvage pour contribuer à sauver leur espèce, menacée.
Extraites avec ménagement des boîtes en contreplaqué dans lesquelles elles ont voyagé depuis samedi 10 décembre, d’abord par la route puis par les airs, les 46 tortues, comme groggy, ont mis quelques minutes, mardi, à sortir la tête de leur carapace, grande comme une main. Puis elles ont posé une patte hésitante devant l’autre sur la terre sablonneuse et brûlante du Village des tortues de Noflaye, une localité à 35 km de Dakar.
Le choc est rude. La semaine passée encore, elles vivaient dans l’Ile aux tortues, un espace aménagé sur la terrasse panoramique du Musée océanographique de Monaco. Elles y sont nées il y a huit ans pour les plus vieilles, une bagatelle quand on peut atteindre plus de 100 ans – et à peu près autant de kilos. Leurs parents sont restés à Monaco: six individus de l’espèce Centrochelys sulcata offerts en 2011 au prince Albert II par le président Amadou Toumani Touré lors d’une visite au Mali, pays voisin du Sénégal.
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A Noflaye, pour tenir leur rang de troisième plus grosse tortue terrestre après celles des Galapagos et des Seychelles, elles vont devoir commencer à recouvrer leurs instincts, chercher à manger par elles-mêmes – non plus de la laitue, mais des végétaux, voire des charognes – et faire leur terrier. Autant d’activités superflues à Monaco mais vitales pour leurs aïeux, explique Olivier Brunel, responsable de l’aquarium au Musée océanographique.
- Prédation et surpâturage
Associé à l’Institut africain pour l’étude et la protection des tortues (ACI), l’Institut océanographique monégasque a confié aux 46 «juvéniles» la mission de participer au renforcement des populations de tortues sillonnées. Cette espèce endémique du Sahel, immense bande subsaharienne semi-aride traversant l’Afrique d’est en ouest, est menacée. Il en reste «au maximum» 150 individus dans la nature au Sénégal, explique Tomas Diagne, directeur de l’ACI. Elle est victime de ses prédateurs, les hyènes ou les chacals, mais aussi de la destruction de son habitat par le surpâturage et du trafic international – elle finit trop souvent comme animal de compagnie.
«Si rien n’est fait d’urgent et de constructif, dans les trente prochaines années, l’espèce va disparaître de la nature au Sénégal. Elle n’existera que dans les maisons et les élevages privés», s’inquiète M. Diagne, par ailleurs président du comité scientifique du Village des tortues, un centre d’étude, de préservation et d’éducation où les 46 nouvelles venues vont passer leurs premiers mois. D’une manière générale, c’est pour toutes les tortues africaines et sénégalaises, terrestres ou marines, que la situation n’est «pas reluisante», juge-t-il: «Si j’étais une tortue, je ne demanderais pas à vivre ou à naître en Afrique de l’Ouest, ou tout simplement en Afrique.»
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C’est pourtant la réalité que vont affronter les 46 pionnières. Leur voyage, régenté par les contrôles et les autorisations liés à leur statut d’espèce protégée, aura été un intermède entre deux vies, passé dans les compartiments individuels de six caisses en bois ajourées de trous et décorées au pochoir par les enfants du prince Albert II et de la princesse Charlène de Monaco. Chargées avec soin à Roissy-Charles-de-Gaulle parmi les marchandises d’un vol commercial Air France Paris-Dakar, elles ont voyagé en soute chauffée à 23 °C, détaille le commandant de bord François Chavarin.
A Noflaye, elles ont été placées dans un enclos de quarantaine. Là, elles vont commencer à «réapprendre le b.a.ba de la vie sauvage» pendant quelques mois, souligne M. Diagne. Ensuite, elles seront transférées dans une réserve du nord-ouest du Sénégal, au plus près du Sahel, d’abord dans un enclos dit de «stabilisation», pour leur protection – puis l’enclos sera abattu. Un modèle à suivre, selon Tomas Diagne: «Ce sont des tortues nées à Monaco, venues de parents d’Afrique. Elles ont pu rejoindre leur terre, la terre de leurs ancêtres. La faune africaine part tout le temps, elle est tout le temps exportée. C’est très rare qu’elle revienne.»
Photo: Des jeunes tortues au village de Noflaye, au Sénégal, en 2015. SEYLLOU DIALLO / AFP
Pour accéder et lire les articles cités en annexe: https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/12/14/nees-a-monaco-de-parents-saheliens-46-tortues-sillonnees-reintroduites-au-senegal_6154343_3212.html
Le Monde avec AFP
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Le Monde avec AFP publié le 14/12/2022
Source : https://www.lemonde.fr