Aux frontières du Sahara, un temps plus sec et des vents plus violents déplacent le sable, au risque de faire disparaître les derniers points d'eau.
150 millions: c'est le nombre de personnes dans le monde qui dépendent des oasis. Celle de Kaou, avec ses potagers et ses palmiers, apparaît presque irréelle dans la province désertique de Kanem, à l'ouest du Tchad et à l'orée du Sahara. Malheureusement, Kaou et d'autres oasis sont menacées par le changement climatique, que le Tchad subit de plein fouet, rapporte le Guardian. À Kanem, les températures augmentent deux fois plus vite que dans le reste du monde.
"Le climat de plus en plus chaud et sec a décimé la plupart des arbres de Kaou, selon les habitants, rapporte le quotidien britannique. Les dunes de sable, poussées toujours plus loin par des vents plus violents, menacent désormais d'engloutir ce qui reste. «Sans cet oued, nous ne pouvons pas vivre», déclare Souleymane Issa", le chef du village.
- Barricades en branches de palmier
À Kaou, environ 500 familles dépendent de l'oasis. Les nappes phréatiques fournissent de l'eau potable, des agriculteurs y cultivent des céréales et cueillent les dattes des palmiers. Pour limiter l'impact du dérèglement climatique, l'ONG SOS Sahel a construit des barricades pour stopper l'avancée des dunes, et modernisé le système d'irrigation pour optimiser l'utilisation de l'eau. Elle a aussi livré aux villageois des semences plus résistantes, les a formé aux techniques agricoles et a clôturé leurs jardins.
"Nous avons commencé à cultiver des légumes que nous n’avions jamais goûtés auparavant – du gombo frais, des tomates fraîches que nous pouvions cuisiner en sauce, se réjouit Hereta Abakar Issa, 43 ans, et mère de cinq enfants, qui consolide une barricade avec des branches de palmier. C’est très important. Déjà, le sable s’infiltre entre les palmiers. Si l’oued disparaît, nous devrons partir."
En réalité, la plupart des jeunes hommes ont déjà quitté la région face à l'avancée du désert. Chaque année, ils sont des milliers à tenter leur chance plus au Nord, pour travailler dans les mines d'or de la région tchadienne du Tibesti, à la frontière libyenne. Les conditions s'y apparentent à du travail forcé: de nombreux hommes y tombent malades ou décèdent. L'arrivée de SOS Sahel en a toutefois convaincu certains de rentrer.
- Espoir limité
Dans l'oasis voisine de Barkadroussou, dont dépendent 3.000 personnes, l'ONG a installé une pompe à eau solaire en 2014. Grâce à elle, 300 agriculteurs cultivent oignons, laitues, betteraves et millet. Les palmiers et bananiers se portent bien. Elle dispose même d'un petit lac. De quoi persuader Omar Issa, 40 ans (dont 5 dans les mines d'or de la ville septentrionale de Miski), de revenir au pays.
"Il fait très chaud, on ne mange pas beaucoup et les attaques sont fréquentes, raconte-t-il. Mais il n’y avait pas de travail, alors je n’avais pas le choix. Si je ne trouve rien à faire dans le wadi, je devrai retourner dans les mines d'or."
Malheureusement, les activités de SOS Sahel se sont interrompues en 2023, faute de financements. Omar Issa espère désormais que l'oasis ne sera pas engloutie trop rapidement, faute de quoi ses propres enfants n'auront d'autres choix que de jouer, à leur tour, les chercheurs d'or.
Photo d'illustration ajoutée par Akar Qacentina. Geo
Par Camille Lemaître
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Par Camille Lemaître - Publié le 26 novembre 2025
Source : https://www.geo.fr/