Algérie

Pieds et poings liés ?



Pourquoi des laboratoires pharmaceutiques viendraient-ilsinvestir en Algérie alors que le marché est totalement ouvert ? Cela n'est pasune question mais un constat fait récemment par le PDG de Saïdal.La réponse est peut-être simple: les importateurs sont très puissants et ilsinfluent de manière essentielle sur les politiques publiques. Beaucoup plus queles pauvres producteurs. La facture est connue: 1,3 milliard de dollarsd'importation et des producteurs nationaux qui font grise mine.Comment l'évidence de la substitution de l'importationn'arrive-t-elle pas à retrouver son chemin ? La réponse est aussi dans l'air dutemps: le puissant désir gouvernemental d'adhérer à l'Organisation mondiale ducommerce. Il y a beaucoup d'arguments en faveur de l'adhésion mais l'Algériedonne l'impression, depuis des années, de chercher à adhérer «à tout prix» etnon à négocier. Le secteur du médicament en connaît quelque chose. On est bienparti d'une politique de substitution des importations - à laquelle desopérateurs nationaux, publics et privés, ont cru et investi - à son abandon puret simple...C'est un contrat en bonne et due forme qui a été remis encause unilatéralement par les pouvoirs publics par leur décision de sauterl'obligation faite aux importateurs d'aller vers la production. Au nom d'uneadhésion à l'OMC, d'une marche qui n'est plus une «négociation » mais un long processus d'effeuillage qui rend impossible lapolitique de substitution des importations.Les producteurs algériens privés, tout comme Saïdal, ont le sentiment, justifié, d'avoir été trahis. Demanière évidente, il est devenu préférable d'être importateur que producteur enAlgérie et malheur à ceux qui ont cru au discours sur le renforcement del'industrie pharmaceutique nationale. L'Algérie n'est pas dans l'OMC - et rien n'indique qu'elle y accédera avant longtemps -mais elle en encaisse sans attendre tous les désavantages.Pourquoi avoir levé tous les obstacles aux importations au nom de l'OMC alors qu'on n'y est pas encore ? Cela heurte le bonsens.«Personne ne nous oblige à aller les poings liés et les yeuxfermés à l'OMC, surtout dans le secteur dumédicament». Le PDG de Saïdal est bien dans le bonsens, mais il a apparemment le défaut de ne pas succomber à l'argument facile, millefois entendu, que cela est une condition de l'adhésion à l'OMC.C'est d'ailleurs cette tendance à donner préalablementraison aux exigences des autres qui les pousse à surenchérir et à exiger, parexemple, un alignement des prix intérieurs de l'énergie sur les prixinternationaux. Quand on veut y aller «à tout prix», on ne négocie plus, on nefait que recevoir des desiderata sans fin.Sur le segment du médicament, le PDG de Saïdal,comme d'ailleurs l'Unop (Union des opérateurs depharmacie), rappelle à juste titre que la Tunisie, tout en étant dans l'OMC,mène une politique qui fait envie aux producteurs nationaux. Il n'y a qu'enAlgérie qu'on estime qu'on a les pieds et les poings liés..., pour le plusgrand bonheur des importateurs.
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