
R C - Publié dans El Watan
Après son premier ouvrage, un recueil de poésie intitulé Souffles et sourires, édité en 2015, l'auteur Rahmani Abdelghani signe un nouvel ouvrage intitulé D'une rencontre à l'autre paru aux éditions Ben M'rabet.
Beaucoup de gens se posent la question : contrairement aux autres civilisations qui ont laissé derrière elles des vestiges, des ruines, des forteresses, des citadelles, des murailles, etc., la civilisation amazighe, l'une des plus anciennes de la planète, n'a pas eu le privilège de laisser de telles merveilles historiques, néanmoins, elle a laissé beaucoup plus important que cela : l'homme, ou l'identité d'une population amazighe.
De prime abord, l'auteur nous décrit la vie qui prévalait au siècle dernier au sein de nos populations, le pays étant sous l'emprise coloniale. C'était la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l'Europe, pour se faire reconstruire, fera appel à la population «indigène». Une main-d'&oeliguvre bon marché. Tout est mis à disposition : facilités d'embarquement, d'hébergement, accueil, travail. Et tout le monde s'empresse pour obtenir une place comme promis.
Le village et la montagne sont des négociateurs «coriaces», ils ne donnent aucune chance pour un changement des conditions de vie. Ecrit dans un style purement simple, cet amoureux de la Kabylie, méthodique, tout en s'attachant aux rites et coutumes, nous fera découvrir non seulement la vie de nos émigrés partis vendre la force de leurs bras à bon marché, dans des pays quelques fois hostiles et xénophobes. Tout en insistant sur les recommandations et les avertissements de leurs aînés revenus atteints de divers maux et maladies, la plupart de nos jeunes n'ont fait qu'à leur tête.
Comme pour répondre en disant : «Nous sommes là et nous ferons face à toute difficulté.» Dans son cheminement, l'auteur insistera sur les diverses rencontres, tel que l'indique le titre de l'ouvrage, malgré la souffrance, la misère, l'esprit d'ostracisme d'une population ingrate envers les bienfaits que procure cette main- d'&oeliguvre, composée essentiellement de jeunes travailleurs venus de l'autre rive de la Méditerranée, la ténacité de la communauté algérienne est de mise. Et voilà des jeunes montagnards qui épousent un nouveau mode de vie qui n'est pas du tout le leur. Des rencontres auxquelles il est doublement difficile de s'adapter, se dérober.
Mais tout au long de ces rencontres inattendues et impromptues, nos jeunes travailleurs, animés de bonne foi, véhiculent les valeurs, les us et coutumes légués par leurs aïeux. Sans doute grâce à cette dépendance à ces qualités, qui, de nos jours, sont devenues une denrée rare, ils ont pu se frayer une place honorable parmi les pays hôtes, permettant une promotion sociale, émancipatrice, que ne pouvait leur assurer le village d'origine.
De ces rencontres avec un environnement étranger, des personnes abordées pour la première fois, ils font étonner et émerveiller les gens de ces pays. Ce qui ne passe jamais inaperçu, car, même si le montagnard ne parle pas le même langage, il se fait comprendre par son comportement exemplaire. Dans ce contexte, l'auteur met en relief le rôle de la femme kabyle détentrice de la clé de la réussite de sa progéniture. Ceci est dû à la lignée de nos ancêtres, dont la fierté est partagée. Dire que la femme est faible, c'est méconnaître les normes qui régissent la société kabyle.
D'autre part, notre communauté fait preuve d'une profonde solidarité, d'une amitié inégale, d'une tendresse qui prévaut depuis la nuit des temps, ce qui revient à dire que nos jeunes montagnards véhiculent, par leur comportement, leur manière d'agir envers un étranger, toutes les qualités et valeurs morales.
Dans ces rencontres aussi, l'auteur nous explicite comment nos jeunes nous apprennent beaucoup de choses, à l'instar de l'appel au choix de vie philosophique pour mieux vivre: «Nous avons besoin de nous transformer nous-mêmes, nous convertir à une vie meilleure. Aujourd'hui, c'est faire le choix d'exister. C'est décider de se prendre en main et de ne pas laisser les autres décider à notre place.»
D'une rencontre à l'autre, quoique simple et modeste, met en exergue plusieurs points de la vie quotidienne de nos jeunes :
- l'éternelle insatisfaction chez le jeune montagnard
-la nécessité de se transformer pour une vie meilleure
-Vivre le moins mal possible son quotidien
-L'acceptation et le partage des valeurs universelles
-Le choix d'exister
-La vie est un choix immense de possibilités
-Ce n'est pas l'épreuve qui est merveilleuse, c'est le triomphe des gens qui s'en sortent fiers, car ils ont été plus forts que l'épreuve
-Nos jeunes nous donnent la lecon : le véritable savoir est celui qui se change en être et en substance d'être, c'est à dire en acte
-L'éducation réduit la pauvreté. Elle multiplie les chances pour une vie saine
-De par son comportement, le Kabyle renie la médiocrité
-Il lui arrive souvent d'être blessé dans son amour-propre, il ne répond jamais de façon violente. C'est d'une façon philosophique et poétique qu'il réplique à tout malentendu
-On peut obtenir quelque chose non pas par la volonté (souvent), mais par l'habileté.
Le nationalisme n'a pas été en reste, car transborder la Révolution au sein même du pays colonisateur a été l'idée de nos jeunes travailleurs, chose qui n'a jamais effleuré l'esprit des Indochinois (colonisés avant nous). En somme, c'est à de belles rencontres, pleines de leçons, d'exemples aussi, que nous invite l'auteur Rahmani Abdelghani. 
Posté par : litteraturealgerie