Algérie

Peintures d’Egypte


La passion tellurique de Nazli Madkour S’il est vrai que la littérature et la musique égyptiennes ont toujours été sous les feux de la rampe, il n’en demeure pas moins que la peinture de ce pays mérite tout autant d’intérêt. En ouverture de propos, nous nous risquons à soutenir qu’indéniablement cette peinture tire sa sève de l’imaginaire ou de la grande réserve de mythes, sans cesse fécondés, sans cesse accordés ou désaccordés entre eux, engendrés des visions et modes de représentation appartenant aux trois origines : pharaonique, copte et musulmane. Mais nous dirons aussi, sans risque cette fois-ci, que cette peinture a su très tôt, sans trahir ses ancrages, s’arrimer au modernisme, s’ouvrant ainsi un immense champ. Et c’est peut-être d’être pénétrées par l’une ou l’autre des dimensions anciennes et fortement tentées par la dernière que les oeuvres contemporaines, que nous avons eu l’occasion de voir, interpellent, remuent en nous des zones très étendues (de l’inconsciente au plus claire) de la psyché. D’Abdel-Hadi Al Gazzar, Abdel-Rahmène Al-Nachar, Gazbia Sirry, Adly Rizqallah, Farouk Hosni, Nazli Madkour, Hilmi Touni, Gamal chafiq, c’est l’œuvre de Nazli Madkour qui nous aura le plus saisis. Devant les tableaux de Nazli Madkour, nous sentons se réanimer en nous un mouvement lointain de la terre et de la psyché humaine. L’écho des âges immémoriaux et le frémissement d’un instant ineffable de naissance. Un double rapport à la source dont on chercherait à définir sans cesse les termes et la nécessité, mais aussi une tentative dispersée de répondre à un appel qu’on ne sait s’il nous poursuit à travers la mémoire ou s’il nous arrive invisiblement de loin. Voici l’homme né des plissements et des craquèlements de terre ou des rides d’eau. L’homme annoncé par des fissures suggérant son corps ou par une levée de sable, de brume, de mirages aux virements secrets. L’homme rappelé par des traits, des dessins sur les parois frisées. L’homme évanoui dans le déchirement ou la dissolution de la terre. Pas une seule fois, Nazli Madkour ne dissocie l’humain du minéral. Pourtant, la terre ici n’est pour l’homme ni la matrice ni la dernière demeure, elle en est la matière première, la chair minérale. Elle ne donne pas naissance à l’homme et ne le reçoit pas, elle se meut infiniment et irrésistiblement vers sa forme. Un tel attachement à la terre est au-delà de tout sentiment patriotique ou géologique, au-delà de toute intention allégorique ou technique. Il est, à bien sentir, à la fois mystique et mythique. Car Nazli Madkour, en dépit de toute son ouverture et sa culture artistique, ne déviera jamais de cette marche qui aura consisté à élever chaque jour ce rapport à l’essentiel. Une nostalgie tremblée, troublée, érodée, du retour ou du recommencement la hante. Elle y retombera toujours, comme répondant en même temps à une pulsion et à un appel. Aussi, au bout du compte, ses gestes picturaux ne seront que le mouvement d’une obsession intégrée de retour, qu’une prière. L’humain qui, dans ses premiers tableaux, accompagnait parfois les paysages naturels : désert, palmiers, maisons d’argile, perdra, avec la maturité, de la netteté de sa forme pour ne laisser chez l’artiste que l’idée de sa condition. De l’expérience des paysages, Nazli retiendra les leçons de composition plastique suggérant, de la terre, une atmosphère égyptienne mais aussi le songe serein de l’Ailleurs de cette Egypte. Dans une seconde phase de son parcours, où les paysages seront absents, l’homme est le représentant indéterminé d’une réaction sociale. Mais déjà ici, la terre dans son image profonde, c’est-à-dire minérale, est là pour justifier l’homme et nous faire ressentir ses accords avec lui. L’expérience de l’artiste s’agrandira de « nouveaux aspects comme la spontanéité dans l’exécution, la représentation du mouvement et du symbole, la narration, l’utilisation des signes géométriques en filigrane ainsi que des couleurs grises exprimant l’angoisse existentielle. « Dans ses derniers travaux, Nazli Madkour réussira à établir un rapport de l’homme à la terre non pas dans l’espace mais à travers la couleur et la matière. L’homme n’est pas représenté sur la terre, mais celle-ci le porte dans son corps : son relief, sa matière et ses couleurs. Il en est un improbable, et pourtant insistant, membre organique. L’homme « momifié «, porté dans le sarcophage de l’esprit aura comme laissé sa sève, son essence sur la terre. Il aura ainsi été transcendé au-delà du temps, et la terre l’ayant reçu ne serait d’aucun pays. Nazli Madkour nous révèlera quelques secrets de ses compositions : « Les travaux actuels mêlent les forces et reliefs telluriques et les pulsations de l’homme. C’est aussi une continuité de mon expérience passée dans les aspects concernant la fusion des éléments, la fission du centre du tableau et la désintégration du visuel, ainsi que dans le développement de l’effet des matériaux utilisés en vue de produire une unité et une cohérence entre la matière et la signification que je veux donner à l’œuvre et ce, en insistant davantage sur les sources de lumière émanant de l’intérieur du tableau.» Un voyage de notre image délavée, levée dans le vent ou se reposant dans un silence étonné, comme émergeant de souvenirs imprécis ou surprise dans un coin du monde étrange de fluidité. Une image descellée dans la mémoire qui nous revient avec son odeur, sa saveur de sel et d’argile et sa respiration fœtale, caverneuse. Le songe de la terre qui abrite prend sa forme crépusculaire, son rythme de chant et ses éclats de surprise. Tout dialogue avec ces tableaux est alors une plongée en soi pour s’entendre parler de nouveau avec les sons de la terre.
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