
La nuit la pluie longue est le titre d'un roman qui vient de paraître aux éditions Apic, à Alger. Mansour Kedidir plonge dans l'histoire récente de l'Algérie pour raconter les drames, parfois cachés, d'une époque sombre, troublante.
«J'ai terminé l'écriture de ce livre en 2008. Il m'a été difficile de trouver un éditeur. Certains avaient quelque peu peur d'assumer le contenu. L'Algérie venait de sortir de la période du terrorisme avec des blessures encore vivaces. Le livre évoque la barbarie, la torture, les excès, les massacres...
L'histoire se passe dans un village reculé du Sud, Aïn Dhib, où un enseignant gauchisant, qui a fait la prison pour ses idées, se retrouve directeur d'un collège. Il suit la montée de l'islamisme. Au début du terrorisme, éclate au village une épidémie de rage qui touche les hommes et les troupeaux d'animaux.
Le virus de la rage a la forme d'une balle qui s'attaque aux nerfs, paralyse le cerveau. C'est exactement ce qui s'est passé en Algérie. La nuit, on peut faire des songes ou des cauchemars. La nuit appelle les ténèbres, le déchirement, les remords. Il y a aussi l'idée du sommeil, celle de l'Etat face à la barbarie», a relevé l'auteur, en marge d'une séance de vente-dédicace au stand Apic, au Salon international du livre d'Alger (Sila). La nuit la plus longue se penche sur la prise en otage de la population, à une certaine époque, entre terrorisme et contre-terrorisme.
L'histoire débute au mois lunaire de rjeb. «Dans la mythologie arabe, rjeb est le mois de l'accalmie, la paix. Paradoxalement, le terrorisme islamiste a débuté chez nous en cette période précise.
J'ai donc utilisé ce paradoxe», a-t-il souligné. Le plaidoyer de Mansour Kedidir est clair : «Il faut refonder la cité de nouveau. C'est la base de la démocratie, de la liberté et de la citoyenneté». La nuit la plus longue est-il un roman politique ? «Il a une charge sémantique qui glisse vers le politique. J'ai écrit en tant qu'acteur d'une époque, en tant que témoin. Je ne peux échapper à la nécessité de me poser des questions politiques. La fiction démarre du réel. On a toute la liberté de travailler sur ce réel, le changer pour les besoins de l'écriture», a-t-il répondu.
Selon lui, le roman peut contribuer à faire changer des choses, à avancer vers plus de libertés. Le premier roman de Mansour Kedidir, paru en 1985, était La colère de la steppe, à travers lequel l'auteur a critiqué les ravages psychologiques et sociaux de la Révolution agraire (début des années 1970).
me a poussé les fellahs à la dérive. Le but de la Révolution agraire était de mettre fin à l'exode rural. C'est le contraire qui est arrivé», a souligné l'auteur.
Dans son deuxième roman, La mort bénie de l'enfant naturel, Mansour Kedidir a suivi l'évolution d'un harki pris de remords. «Il y a eu viol de l'histoire de l'Algérie par la France.
Dans mes romans, je ne raconte pas l'histoire comme un historien, mais je l'utilise pour conforter telle ou telle image», a-t-il estimé. Aux éditions égyptiennes Al Ayn, Abderrazak Boukeba a publié Kafan lil mawt (un linceul pour la mort), un recueil d'une quinzaine d'histoires courtes au ton alerte, tranchant et dense. L'architecture et la musicalité sont différentes, évoluent d'un texte à l'autre, mais les personnages et les lieux ne changent pas autant que la thématique
. Une expérience rare dans la littérature algérienne. «Ces derniers temps, la mort est devenue un repas quotidien, surtout dans les pays arabes. Dans l'imaginaire, la mort est perçue comme quelque chose d'ordinaire.
Un massacre est commis un jour de l'Aïd dans un endroit sacré comme la mosquée sans faire réagir personne. Aucune voix ne s'élève pour refuser cela. Il y a aussi la mort morale. On emballe l'esprit et l'âme des gens. L'homme est pris par des désirs matérialistes l'amenant à rompre avec tout ce qui est spirituel, social ou intime.
C'est une rupture avec l'environnement», a estimé Abderrazak Boukeba. Dans son livre, l'auteur est également journaliste et poète, critique l'aliénation introduite et imposée par les nouvelles technologies de communication et les réseaux dits sociaux. «L'homme contemporain est pris au piège par ces technologies. Nous sommes face à plusieurs formes de la mort. Le plus grave est que personne ne se rend compte de cela et, pire, on se réconcilie avec les assassins.
Des assassins qui trouvent toujours des personnes pour les défendre. J'ai écrit d'un seul trait ces textes», a-t-il noté. Abderrazak Boukeba n'aime pas qu'on lie la contemporaineté des choses à la taille.
«On parle de texte court, de petit récit. Or, la taille de tous les objets se réduit au fil des ans. Il n'y a qu'à citer l'exemple des smartphones. Densifier et concentrer un texte exige beaucoup d'efforts intellectuels de la part de l'écrivain», a-t-il expliqué. Selon lui, Kafan lil mawt exprime une certaine harmonie par rapport à l'époque que vit l'écrivain, mais sans se soumettre à ses exigences.
Après avoir publié ces textes chez six maisons d'édition algériennes, comme Alpha, Barzakh et Viscera, Abderrazak Boukeba a choisi Al Ayn pour une meilleure promotion et une meilleure visibilité dans les pays arabes.
«Malheureusement, le livre algérien reste prisonnier du pays. Aucune promotion ne lui est faite en dehors des frontières, reste absent des salons, n'est pas accessible aux critiques, aux médias», a-t-il regretté.
Source : El Watan
Posté par : litteraturealgerie
Ecrit par : Rédaction