Algérie

Oeillade

Le «droit» au stationnement réservé Si dans la pratique des sociétés et des Etats de droit le stationnement réservé relève de la seule autorité publique, certains de nos concitoyens ne s’embarrassent plus ni de la loi ni des principes civiques de la vie en communauté pour s’autoréserver un espace de rue, souvent face à leurs magasins, afin d’y stationner leurs véhicules. Ils pensent que l’acquisition ou la location d’un lieu de commerce leur donne ce droit. Pour nous annoncer leur autoréservation, il leur suffit d’une échelle, d’un madrier ou d’une plaque d’interdiction de stationner confectionnée par le système «D». C’est en quelque sorte une espèce d’Etat à volonté individuelle dans le tout Etat de la volonté collective, du droit et de la réglementation. Personne ne trouve à redire devant cette pratique qui s’élargit dans l’indifférence de tous, et y compris dans l’absence de l’autorité de la République. Ce silence favorise le système de la débrouille et de la recherche des solutions individuelles qui n’avantagent que les plus malins, les hors-la-loi ainsi que les plus puissants qui finiront par transformer l’espace urbain en une forêt où les faibles n’auraient pas droit à la vie. Nos villes auraient alors tendance à se transformer peu à peu en parcs zoologiques, non dans l’intérêt de la sauvegarde de l’espèce menacée (les plus faibles), mais plutôt pour celle de la reproduction des prédateurs. Quoi d’étonnant à ces comportements quand ils découlent d’une logique qui s’est installée depuis l’Algérie indépendante au niveau des plus hautes sphères de l’Etat! Après tout, nous avons bien eu des P-dg qui ont réservé, des décennies durant, leur stationnement qui -à force d’incompétence- a fini par couler nos grandes entreprises publiques. Des ministres également se sont réservé le droit de stationner dans des ministères durant plus d’une dizaine d’années, malgré les changements successifs de gouvernements. Non que leurs ministères se portent bien, mais que le système avait décidé qu’il lui était performant en tant que reproducteur des actes d’incompétence et de clientélisme. Le respect d’autrui et l’intérêt public ne sont ni l’affaire des premiers ni celle des seconds. Du côté des élus, les choses ne vont guère mieux; c’est toujours Hadj Hamou ou Hamou Hadj qui finissent par habiter la première ou la deuxième Chambre dans l’indifférence de tous, comme si notre terre était stérile. Pour nous autres petites gens, nous semblerions bien résignées à prendre pour les jeunes les chemins de la harga, pour les plus chanceux l’exil à l’étranger et pour beaucoup l’exil intérieur. Nos cités repues de désordres et de passe-droits iraient peu à peu dans un processus de putréfaction et de décrépitude propre aux eaux stationnaires et à l’interdiction de mouvement régentée par ceux qui s’en foutent royalement d’une Algérie fière et digne.
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