Algérie

Mémoire oranaise

Échos d?une âme Certains historiens ont essayé d?écrire sur la ville. Les uns ont eu une certaine audience, d?autres moins. Houari Chaila a été le premier à avoir su capter l?intérêt d?un large lectorat, avide de revisiter la petite éphéméride orale, celle des personnages emblématiques, des cafés maures, des senteurs et des m?urs qui perpétuent les expressions les plus palpables de la conscience affective locale. Med Ould Cheikh, jeune romancier des années trente, décrit dans son roman « Myriam dans les palmes » Oran comme une cité européanisée. Pas la moindre trace d?un autochtone, sinon de Kassem, l?assimilé ou de Myriam, l?enfant née d?un mariage mixte. Emmanuel Roblès, l?Oranais n?en fait pas mieux avec son roman « les hauteurs de la ville ». Camus, avec « la peste », habille la cité avec une noirceur jamais imaginée, méconnaissable, l?Arabe y est totalement absent. Voila pour la comparaison : comment le roman Balzacien ou Hugolien, même dans la fiction, peut ressusciter dans la vraisemblance, une ville, ses dédales, ses intrigues, ses Rastignac et ses Vautrin. Dans la littérature arabe et du coup Maghrébine, le roman n?a pas la même fonction. Le mythe du labyrinthe ou du fil d?Ariane d?essence gréco-romaine en est absent. Ces romanciers ou même ces historiens se sont engagés dans une piste réductrice d?avance. Car, les premiers ethnologues ou romanciers, orientalistes ou carrément idéologues racistes, à l?image de Louis Bertrand, chef de file de l?école algerianiste, qui se sont lancés dans cette voie, considéraient d?emblée que le passé berbéro arabo-islamique de l?Algérie n?est q?un accident de l?histoire et que le christianisme est l?âme éternelle de cette terre barbare. Malheureusement, ce sont ces derniers qui ont constitué et légué le plus de traces de leurs travaux . Mais, la cause n?est pas perdue car, il y a toujours l?oralité et son éternel écho : le chant ou la poésie, que ce soit de Hachemi Bensmir, Mustpha Ben Brahim, Khaldi, Blaoui Houari et Benchenet, en évoquant Arsam Wahrân, appellent ce passé voilé, pas celui forcement de Santa Cruz mais celui des petits cristaux qui sauvegardent l?âme liminaire de la ville dépouillée, celle des hammams et des troubadours qui portent en eux tous les fragments de cette mémoire. Chanter les cafés maures de Bessahraoui et de Benguellati, les bains maures de M?dine J?dida, les marabouts de Sidi Bachir, les tisserands et les bijoutiers du quartier de Derb, les clubs de football, n?est pas de l?exaltation gratuite mais un cri d?appel, une quête identitaire. Ayant compris cela, des romanciers à l?image de Fatema Bakhai ou Abdelkader Djemai ont, récemment, charpenté toute une production romanesque autour de cela. Même jamais nommés, le lecteur réussit toujours à situer les lieux. Les personnages ne sont pas du reste, puisque des femmes et des hommes, qui ont fait l?histoire locale, sont réincarnés dans leurs rôles originaux par la simple suggestion, le simple clin d??il. Les Beys d?Oran, les batailles innombrables entre armées musulmanes, Abdelmoumen et Ibnou Tachfine, les fatimides, El Mouahidine, El Mourabitine, les Andalous, les Zianides, le passé Mérinide de la ville, le typhus et le choléra, les tremblements de terre, la misère, le rôle de la communauté juive après le Décret Crémieux, les mythes locaux de Brahim Tazi jusqu?à Caida H?lima, les lions dans l?imaginaire local, sont autant d?authenticités dont n?importe quel romancier peut s?en inspirer.
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