Face à un marché gazier européen en déclin et à une transition énergétique mondiale qui s'accélère, l'Algérie joue la carte de sa double souveraineté : l'or bleu et l'or solaire.
Le projet MedLink, câble électrique sous-marin reliant l'Algérie à l'Italie via la Tunisie, incarne ce basculement historique vers l'export d'électricité verte et la construction d'une puissance énergétique intégrée.
Le 1er août 2025, la Commission européenne valide officiellement le projet MedLink, inscrit dans le mécanisme de financement ‘Connecting Europe Facility'. Ce câble électrique sous-marin haute tension (HVDC) reliera l'Algérie à l'Italie via la Tunisie.Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 2.000 mégawatts de capacité (2 GW), 28 térawattheures par an – soit environ 8% de la consommation énergétique annuelle de l'Italie – et une mise en service prévue fin 2027.
Au cœur du dispositif : un programme commun de 10 GW de production d'énergies renouvelables (principalement solaire et éolien) en Algérie et en Tunisie, dont 4 GW seront exportés vers l'Italie. MedLink n'est pas seulement un câble : c'est une nouvelle artère énergétique pour la Méditerranée, intégrant les réseaux électriques algérien, tunisien et italien dans une logique de coopération régionale. Pendant des décennies, le gaz a été l'ossature des exportations algériennes. Mais l'horizon change : l'Accord USA–UE de 2025 garantit à l'Europe un volume annuel de 50 milliards de m³ de GNL américain, réduisant l'espace commercial pour le gaz africain. Ajoutons à cela les politiques climatiques européennes (Fit for 55, Green Deal) qui programment une baisse structurelle de la consommation de gaz fossile.
Dans ce contexte, les grands projets de gazoducs transsahariens – Nigeria–Algérie (NIGAL) ou Nigeria–Maroc – apparaissent comme des paris à haut risque : coûts exorbitants, délais de 15 à 20 ans, et un marché qui se refermera avant même leur mise en service. La véritable rupture stratégique réside ailleurs : transformer le gaz localement en ammoniac, engrais, méthanol ou plastiques techniques, multipliant par six à huit la valeur créée.
Exploiter l'or solaire avec un ensoleillement de 3.000 h/an et des surfaces sahariennes quasi illimitées, permettant de produire massivement de l'électricité verte et de l'hydrogène à bas coût. MedLink devient alors le chaînon manquant entre cette production et les marchés européens en quête d'énergie propre.
L'Algérie branche sa souveraineté sur le futur. La double souveraineté énergétique – gaz et soleil – n'est pas seulement une opportunité économique : c'est une arme d'indépendance nationale. En misant sur l'intégration verticale (production, transformation, exportation) et sur les infrastructures de nouvelle génération comme MedLink, l'Algérie s'inscrit dans le cercle des acteurs capables de façonner l'avenir énergétique régional.
Demain, les corridors électriques HVDC reliant le Sahara à l'Europe pourront acheminer de l'électricité verte, stabiliser les réseaux, et ouvrir la voie à un marché euro-méditerranéen décarboné. L'hydrogène vert, produit à partir du solaire saharien, pourra alimenter les industries lourdes en Europe et en Afrique du Nord. MedLink n'est donc pas un simple projet d'ingénierie : c'est le cordon ombilical qui relie l'Algérie à son avenir, celui où notre pays ne se contente plus de fournir des matières premières mais exporte de la puissance, de la technologie et de la valeur ajoutée.
En choisissant MedLink, l'Algérie fait un pari clair : tourner la page du modèle fossile pour écrire celle d'une souveraineté énergétique durable. L'histoire retiendra que, pour la première fois, le soleil du Sahara a traversé la Méditerranée non pas comme une promesse, mais comme une réalité.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : conséquent politique!
Source : www.lequotidien-oran.com