Algérie

MEDEA Il se faisait passer pour un officier de l'ANP


C'est par une bien étrange affaire que le tribunal criminel près la cour de justice de Médéa a entamé, samedi dernier, ses audiences dans le cadre de sa première session pour cette année 2007. Une affaire pour laquelle comparaissait le dénommé R.K., alias Merzak, né il y a trente ans à Tablat, chef-lieu de daïra situé à 96 kilomètres de Médéa, célibataire et chômeur, poursuivi pour faux et usage de faux, escroquerie, port illégal d'une tenue militaire et usurpation de fonctions militaires. Une affaire qui remonte, selon l'arrêt de renvoi dressé par la chambre d'accusation territorialement compétente, au 19-04-2006, date de l'arrestation de l'accusé R.K., suite à plusieurs plaintes déposées par des citoyens à son encontre. Des plaintes sur le non-tenue de promesses concernant divers services demandés par ces citoyens, au nombre de neuf, en contrepartie de sommes perçues à l'avance par l'accusé au moment où il se faisait remettre dossiers et autres documents nécessaires à ses «interventions», tantôt en tant qu'officier des services de sécurité de l'Armée nationale populaire (ANP), tantôt en tant que responsable du service de la vente aux enchères du matériel militaire réformé, les véhicules utilitaires plus exactement, au niveau d'une caserne à Alger, tantôt en tant que personne bien introduite auprès de divers ministères et autres ambassades. Des promesses qui allaient de l'obtention d'un visa à celle de la dispense du service national, en passant par la réintégration à son emploi pour un enseignant licencié, le transfert de Médéa à Alger pour un tout nouveau bachelier, la procuration d'emplois... Des services pour lesquels les sommes versées par ces citoyens, aussi naïfs que crédules, oscillaient entre 6 et 70 millions de centimes. Avec cette particularité que parmi ces citoyens victimes, il y a des amis d'enfance et même des... cousins de l'accusé qui se sont fait avoir par les rumeurs colportées, dans toute la ville de Tablat, au sujet de la prétendue notoriété de R.K., bâtie sur des subterfuges diaboliques selon les témoins qui se sont succédé à la barre. Résidant quelque part à Alger, il passait ses week-ends à Tablat, avec un look toujours impeccable qui lui donnait réellement l'air d'une... personnalité.Et c'est avec ce même look irréprochable qu'il a été appelé à la barre. A toutes les questions du président du tribunal, l'accusé donnait des réponses trop évasives, confuses et désordonnées qui se terminaient à chaque fois par: «Je n'avais aucune intention de les escroquer». Ce qui fera dire au président, dans sa dernière question: «Mais pourquoi alors avoir pris tout cet argent, des documents et autres renseignements de vos victimes, ne pas avoir donné suite à vos promesses, et enfin avoir fait reculer à chaque fois les délais prévus ? Et surtout ne pas leur avoir rendu leur argent ?» L'accusé resta silencieux. Pour l'avocat de la principale victime, qui a été délestée de 70 millions de centimes: «Nous sommes en présence d'un escroc professionnel sur tous les plans. Il s'est rendu coupable de toutes les infractions, punies par la loi, qui sont contenues dans l'article du code pénal relatif à cette affaire. Nous demandons justice». Le procureur de la République ne s'attardera pas longtemps dans son réquisitoire: «Les faits étant tellement clairs et établis, et de surcroît reconnus implicitement par l'accusé. C'est pour toutes ces raison que nous réclamons dix années de prison ferme». Du contenu des plaidoiries des trois défenseurs de l'accusé, une seule phrase aura retenu l'attention et provoqué l'étonnement en même temps: «Loin d'être un escroc professionnel, mon client est un sot». Et les trois avocats de demander l'acquittement, sinon les plus larges circonstances atténuantes, en appelant le tribunal à requalifier l'accusation de crime en délit, «dans la mesure où seule l'escroquerie s'avérerait établie et non le faux et usage de faux. Tout comme le port de la tenue militaire qui n'a jamais eu lieu», soutiendront-ils.Ce à quoi répondra favorablement le tribunal criminel près la cour de justice de Médéa en condamnant l'accusé R.K., alias Merzak, à deux années de prison ferme, 10.000 dinars d'amende en plus des dommages et intérêts que l'accusé devra verser à ses victimes.
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