Algérie

«Les Planteurs» en colère

Policiers blessés et une vingtaine d’émeutiers arrêtés Fumée des fusées de gaz lacrymogènes et des pneus brûlés, jets de pierres, cocktails ‘Molotov’ et bonbonnes de gaz, en guise d’armes, prêtes à l’explosion, voilà la scène qu’offrait, hier, le quartier des Planteurs, plus précisément la zone de la Glacière et le terrain Pasteur. On aurait dit, sans trop caricaturer la chose, que le décor d’une Intifada à la palestinienne a été planté, malheureusement pour de vrai. Des citoyens-émeutiers se défendent de la tournure prise par les événements. «On nous a dit qu’on allait nous faire sortir de nos maisons par la force! On ne se laissera pas faire. Nous demandons notre droit constitutionnel au logement», ont scandé des jeunes armés, grimpés sur des terrasses et armés de bonbonnes de gaz et cocktails Molotov. Cette situation a longtemps freiné l’avancée des éléments de la brigade anti-émeutes, leurs engins et, par-là même, l’avancée des engins de démolition de la commune. Devant l’arrivée de la police, les jeunes, plutôt mobilisés pour ‘défendre’ leur maison et leur famille restée sur place car «n’ayant pas où aller», lançaient des pierres en direction des policiers. Ces derniers ripostaient par des tirs de fusées de gaz lacrymogènes. On voyait même, par moments, que de jeunes «intrépides» relançaient les fusées à leur envoyeur. Un véritable jeu du chat et de la souris. En effet, pour atténuer l’effet des gaz lacrymogènes, les jeunes s’imbibaient de vinaigre, mais les enfants, les femmes et les personnes âgées, restés à l’intérieur des maisons, ont plutôt souffert et leur détresse était désarmante car, dans leur logique à eux, ils étaient «victimes de hogra». Un homme, d’un certain âge, habitant le terrain Pasteur depuis les années 40 et dont l’habitation est spacieuse, un R+1 composé d’une dizaine de chambres, d’une cour et d’une terrasse, nous a fait un témoignage plutôt bouleversant. «Je n’ai pas demandé à être relogé. Je suis bien, ma famille et moi, dans cette maison où j’espérais finir mes jours. Je ne pourrais jamais vivre dans un F4 avec mes deux fils mariés, mes filles célibataires et ma femme. Mes enfants et moi ne sommes pas des hors-la-loi et nous sommes contre la violence. Mais, dans le même temps, nous sommes victimes d’injustice et nous le crierons haut et fort». Le même cri de détresse a été porté par une autre famille, elle aussi, présente sur les lieux, depuis plusieurs décennies. Leur maison surplombe la pépinière avec une superbe vue. Elle leur a été remplacée par un F4. Un F4 qui devra héberger, en fait, trois familles. Un des membres de cette famille, expatrié et venu passer ses vacances chez ses parents. Il dira, la mort dans l’âme: «je suis venue rendre visite à mes parents et je les vois se faire jeter à la rue». Cette femme a dit ne jamais avoir assisté à une telle «hogra». Ecœurée certainement, elle aura des mots très durs envers son pays d’origine car, selon elle, les autres pays, dans des cas similaires, usent de beaucoup de diplomatie. Par ailleurs, dans des maisons de fortune, créées ici et là, à travers le terrain Pasteur, des familles ont été exclues du relogement. Les chefs de ces familles diront avoir été recensés et photographiés aux portes de leurs habitations qui ont été numérotées. Or, à leur grand étonnement, ils n’ont pas reçu de bon de versement. Nombreux sont les protestataires qui nous ont confié que «des bons de logements sociaux ont été vendus pour 20 et 30 millions à des personnes qui n’ouvrent pas droit au programme des Planteurs». D’autres ont avancé que «des tierces personnes ont bénéficié de logements pour les numéros de nos maisons que l’on tente de démolir, afin d’effacer toute trace de notre existence». Autant d’explications difficiles d’accepter car l’émotion était, hier, à son comble et la détresse des familles grande. Toujours est-il, que les émeutes se sont poursuivies aux Planteurs, hier. Les affrontements se sont poursuivis jusqu’à une heure tardive de l’après-midi et les arrestations des émeutiers aussi. Ainsi, l’on apprend qu’une vingtaine d’arrestations ont été opérées par les policiers. Ces derniers ont même enregistré des blessés dans leurs rangs. Hafida B.
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