Algérie

Les mille et une nuits

Histoire d’Aboulhassan Ali Ebn Becar et de Schemselnihar, favorite du calife Haroun Al-Raschid CLVIIIe nuit Ebn Thaher laissa le prince dans cette espérance et retourna chez lui, où il attendit inutilement, tout le reste du jour, la confidente de Schemselnihar. Il ne la vit même pas le lendemain. L’inquiétude où il était de savoir l’état de la santé du prince de Perse ne lui permit pas d’être plus longtemps sans le voir. Il alla chez lui, dans le dessein de l’exhorter à prendre patience. Il le trouva au lit, aussi malade qu’à l’ordinaire, et environné d’un nombre d’amis et de quelques médecins qui employaient toutes les lumières de leur art pour découvrir la cause de son mal. Dès qu’il aperçut Ebn Thaher, le prince le regarda en souriant, pour lui témoigner deux choses l’une, qu’il se réjouissait de le voir; et l’autre, combien ses médecins, qui ne pouvaient deviner le sujet de sa maladie, se trompaient dans leurs raisonnements. Les amis et les médecins se retirèrent les uns après les autres, de sorte qu’Ebn Thaher demeura seul avec le malade. Il s’approcha de son lit, pour lui demander comment il se trouvait depuis qu’il ne l’avait vu. «Je vous dirai, lui répondit le prince, que mon amour, qui prend continuellement de nouvelles forces, et l’incertitude de la destinée de l’aimable Schemselnihar, augmentent mon mal à chaque moment et me mettent dans un état qui afflige mes parents et mes amis et déconcerte mes médecins, qui n’y comprennent rien. Vous ne sauriez croire, ajouta-t-il, combien je souffre de voir tant de gens qui m’importunent et que je ne puis chasser honnêtement. Vous êtes le seul dont je sens que la compagnie me soulage; mais enfin ne me dissimulez rien, je vous en conjure. Quelles nouvelles m’apportez-vous de Schemselnihar? Avez-vous vu sa confidente? que vous a-t-elle dit?» Ebn Thaher répondit qu’il ne l’avait pas vue; et il n’eut pas plus tôt appris au prince cette triste nouvelle, que les larmes lui vinrent aux yeux; il ne put repartir un seul mot, tant il avait le cœur serré. «Prince, reprit alors Ebn Thaher, permettez-moi de vous remontrer que vous êtes trop ingénieux à vous tourmenter. Au nom de Dieu, essuyez vos larmes; quelqu’un de vos gens peut entrer en ce moment, et vous savez avec quel soin vous devez cacher vos sentiments, qui pourraient être démêlés par là». Quelque chose que pût dire ce judicieux confident, il ne fut pas possible au prince de retenir ses pleurs. «Sage Ebn Thaher, s’écria-t-il quand l’usage de la parole lui fut revenue, je puis bien empêcher ma langue de révéler le secret de mon cœur; mais je n’ai pas de pouvoir sur mes larmes, dans un si grand sujet de craindre pour Schemselnihar. Si cet adorable et unique objet de mes désirs n’était plus au monde, je ne lui survivrais pas un moment. -Rejetez une pensée si affligeante, répliqua Ebn Thaher: Schemselnihar vit encore, vous n’en devez pas douter. Si elle ne vous a pas fait savoir de ses nouvelles, c’est qu’elle n’en a pu trouver l’occasion, et j’espère que cette journée ne se passera point que vous n’en appreniez». Il ajouta à ce discours plusieurs autres choses consolantes; après quoi il se retira. A suivre...
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