Algérie

Les mille et une nuits

La sarabande CXLVIIIe nuit Oh! Pour ce qui est de ma barbe, s’écria-t-il, je ne souffrirai point absolument qu’on me la coupe». L’esclave lui représenta qu’il était inutile de lui avoir ôté sa moustache, s’il ne voulait pas consentir qu’on lui rasât la barbe; qu’un visage barbu ne convenait pas avec un habillement de femme, et qu’elle s’étonnait qu’un homme qui était sur le point de posséder la plus belle personne de Bagdad, fît quelque attention à sa barbe. La vieille ajouta au discours de l’esclave de nouvelles raisons. Elle menaça mon frère de la disgrâce de la jeune dame. Enfin, elle lui dit tant de choses qu’il se laissa faire tout ce qu’on voulut. Lorsqu’il fut habillé en femme, on le ramena devant la jeune dame, qui se prit si fort à rire en le voyant, qu’elle se renversa sur le sofa où elle était assise. Les esclaves en firent autant en frappant des mains, si bien que mon frère demeura fort embarrassé de sa contenance. La jeune dame se releva, et, sans cesser de rire, lui dit: «Après la complaisance que vous avez eue pour moi, j’aurais tort de ne pas vous aimer de tout mon cœur; mais il faut que vous fassiez encore une chose pour l’amour de moi, c’est de danser comme vous voilà». Il obéit et la jeune dame et ses esclaves dansèrent avec lui en riant comme des folles. Après qu’elles eurent dansé quelque temps, elles se jetèrent toutes sur le misérable et lui donnèrent tant de soufflets, tant de coups de poing et de coups de pied, qu’il en tomba par terre presque hors de lui-même. La vieille l’aida à se relever et pour ne pas lui donner le temps de se fâcher du mauvais traitement qu’on venait de lui faire: «Consolez-vous, lui dit-elle à l’oreille, vous êtes enfin arrivé au bout de vos souffrances et vous allez en recevoir le prix». Le jour, qui paraissait déjà, imposa silence en cet endroit à la sultane Schéhérazade. Elle poursuivit ainsi la nuit suivante. La vieille, dit le barbier, continua de parler à Bakbarah: «Il ne vous reste plus, ajouta-t-elle, qu’une seule chose à faire, et ce n’est qu’une bagatelle. Vous saurez que ma maîtresse a coutume, lorsqu’elle a un peu bu comme aujourd’hui, de ne pas se laisser approcher par ceux qu’elle aime qu’ils ne soient nus en chemise. Quand ils sont en cet état, elle prend un peu d’avantage et se met à courir devant eux par la galerie, et de chambre en chambre, jusqu’à ce qu’ils l’aient attrapée. C’est encore une de ses bizarreries. Quelque avantage qu’elle puisse prendre, léger et dispos comme vous êtes, vous aurez bientôt mis la main sur elle. Mettez-vous vite en chemise, déshabillez-vous sans faire de façons». Mon bon frère en avait trop fait pour reculer. Il se déshabilla et cependant la jeune dame se fit ôter sa robe et demeura en jupon pour courir plus légèrement. Lorsqu’ils furent tous deux en état de commencer la course, la jeune dame prit un avantage d’environ vingt pas et se mit à courir d’une vitesse surprenante. Mon frère la suivit de toute sa force, non sans exciter les rires de toutes les esclaves, qui frappaient des mains.   A suivre…
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