Algérie

Les mille et une nuits

La bastonnade CXLIIe Nuit Quoi que vous me puissiez dire, la chose est résolue; je vous accompagnerai malgré vous». «Ces paroles, Mes Seigneurs, me jetèrent dans un grand embarras. Comment me déferai-je de ce maudit barbier? disais-je en moi-même. Si je m’obstine à le contredire, nous ne finirons point notre contestation». D’ailleurs, j’entendais qu’on appelait déjà, pour la première fois, à la prière de midi, et qu’il était temps de partir: ainsi je pris le parti de ne dire mot, et de faire semblant de consentir qu’il vînt avec moi. Alors il acheva de me raser, et cela étant fait, je lui dis: «Prenez quelques-uns de mes gens pour emporter avec vous ces provisions, et revenez; je vous attends: je ne partirai pas sans vous». «Il sortit enfin, et j’achevai promptement de m’habiller. J’entendis appeler à la prière pour la dernière fois, je me hâtai de me mettre en chemin; mais le malicieux barbier, qui avait jugé de mon intention, s’était contenté d’aller avec mes gens jusqu’à la vue de sa maison, et de les voir entrer chez lui. Il s’était caché à un coin de rue pour m’observer et me suivre: en effet, quand je fus arrivé à la porte du cadi, je me retournai, et l’aperçus à l’entrée de la rue; j’en eus un chagrin mortel. La porte du cadi était à demi-ouverte; et en entrant je vis la vieille dame qui m’attendait, et qui, après avoir fermé la porte, me conduisit à la chambre de la jeune dame dont j’étais amoureux; mais à peine commençais-je à l’entretenir, que nous entendîmes du bruit dans la rue. La jeune dame mit la tête à la fenêtre, et vit au travers de la jalousie que c’était le cadi son père qui revenait déjà de la prière. Je regardai aussi en même temps, et j’aperçus le barbier assis vis-à-vis, au même endroit d’où j’avais vu la jeune dame. J’eus alors deux sujets de crainte: l’arrivée du cadi et la présence du barbier. La jeune dame me rassura sur le premier, en me disant que son père ne montait à sa chambre que très rarement, et que, comme elle avait prévu que ce contretemps pourrait arriver, elle avait songé au moyen de me faire sortir sûrement; mais l’indiscrétion du malheureux barbier me causait une grande inquiétude, et vous allez voir que cette inquiétude n’était pas sans fondement. Dès que le cadi fut rentré chez lui, il donna lui-même la bastonnade à un esclave qui l’avait mérité. L’esclave poussait de grands cris qu’on entendait dans la rue; le barbier crut que c’était moi qui criais et qu’on maltraitait. Prévenu de cette pensée, il fait des cris épouvantables, déchire ses habits, jette de la poussière sur sa tête, appelle au secours tout le voisinage, qui vient à lui aussitôt; on lui demande ce qu’il a, et quel secours on peut lui donner. «Hélas! s’écria-t-il, on assassine mon maître, mon cher patron;» et, sans rien dire davantage, il court chez moi, en criant toujours de même, et revient suivi de tous mes domestiques armés de bâtons.   A suivre…
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