Algérie

Les mille et une nuits

La danse de Zantout CXLIe Nuit -Que cela ne vous embarrasse pas, lui dis-je; quoique j’aille manger dehors, mon garde-manger ne laisse pas d’être toujours bien garni. Je vous fais présent de tout ce qui s’y trouvera; je vous ferai même donner du vin tant que vous en voudrez; car j’en ai d’excellent dans ma cave: mais il faut que vous acheviez promptement de me raser; et souvenez-vous qu’au lieu que mon père vous faisait des présents pour vous entendre parler, je vous en fais, moi, pour vous faire taire».Il ne se contenta pas de la parole que je lui donnais: «Dieu vous récompense! s’écria-t-il, de la grâce que vous me faites; mais montrez-moi tout à l’heure ces provisions, afin que je voie s’il y aura de quoi bien régaler mes amis. Je veux qu’ils soient contents de la bonne chère que je leur ferai. -J’ai, lui dis-je, un agneau, six chapons, une douzaine de poulets, et de quoi faire quatre entrées». Je donnai ordre à un esclave d’apporter tout cela sur-le-champ avec quatre grandes cruches de vin. «Voilà qui est bien, reprit le barbier; mais il faudrait des fruits et de quoi assaisonner la viande». Je lui fis encore donner ce qu’il demandait: il cessa de me raser pour examiner chaque chose l’une après l’autre; et comme cet examen dura près d’une demi-heure, je pestais, j’enrageais; mais j’avais beau pester et enrager, le bourreau ne s’empressait pas davantage. Il reprit pourtant le rasoir, et me rasa quelques moments; puis, s’arrêtant tout à coup: «Je n’aurais jamais cru, Seigneur, me dit-il, que vous fussiez libéral; je commence à connaître que feu monsieur votre père revit en vous. Certes, je ne méritais pas les grâces dont vous me comblez, et je vous assure que j’en conserverai une éternelle reconnaissance; car, Seigneur, afin que vous le sachiez, je n’ai rien que ce qui me vient de la générosité des honnêtes gens comme vous; en quoi je ressemble à Zantout, qui frotte le monde au bain, à Sali qui vend des pois chiches grillés par les rues, à Salout qui vend des fèves, à Akerscha qui vend des herbes, à Abou Mekarès qui arrose les rues pour abattre la poussière et à Cassem de la garde du calife. Tous ces gens-là n’engendrent point de mélancolie: ils ne sont ni fâcheux, ni querelleurs; plus contents de leur sorte que le calife au milieu de toute sa cour, ils sont toujours gais, prêts à chanter et à danser, et ils ont chacun leur chanson et leur danse particulière, dont ils divertissent toute la ville de Bagdad; mais ce que j’estime le plus en eux, c’est qu’ils ne sont pas grands parleurs, non plus que votre esclave, qui a l’honneur de vous parler. Tenez, Seigneur, voici la chanson et la danse de Zantout qui frotte le monde au bain: regardez-moi, et voyez si je sais bien l’imiter». Schéhérazade n’en dit pas davantage, parce qu’elle remarqua qu’il était jour. A suivre...
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