Algérie

Les mille et une nuits

Histoire que raconta le tailleur CXXXIXe nuit «De grâce, mes Seigneurs, mettez-vous à ma place: quel parti pouvais-je prendre en me voyant si cruellement assassiné?» Donnez-lui trois pièces d’or, dis-je à celui de mes esclaves qui faisait la dépense de ma maison; qu’il s’en aille et me laisse en repos; je ne veux plus me faire raser aujourd’hui. -Seigneur, me dit alors le barbier, qu’entendez-vous, s’il vous plaît, par ce discours? Ce n’est pas moi qui suis venu vous chercher, c’est vous qui m’avez fait venir; et cela étant ainsi, je jure, foi de musulman, que je ne sortirai point de chez vous que je ne vous aie rasé. Si vous ne connaissez pas ce que je vaux, ce n’est pas ma faute. Feu monsieur votre père me rendait plus de justice. Toutes les fois qu’il m’envoyait quérir pour lui tirer du sang, il me faisait asseoir auprès de lui, et alors c’était un charme d’entendre les belles choses dont je l’entretenais. Je le tenais dans une admiration continuelle; je l’enlevais, et quand j’avais achevé: «Ah! s’écriait-il, vous êtes une source inépuisable de sciences! Personne n’approche de la profondeur de votre savoir. -Mon cher seigneur, lui répondais-je, vous me faites plus d’honneur que je ne mérite. Si je dis quelque chose de beau, j’en suis redevable à l’audience favorable que vous avez la bonté de me donner: ce sont vos libéralités qui m’inspirent toutes ces pensées sublimes qui ont le bonheur de vous plaire. Un jour qu’il était charmé d’un discours admirable que je venais de lui faire: «Qu’on lui donne, dit-il, cent pièces d’or, et qu’on le revêtisse d’une de mes plus riches robes». Je reçus ce présent sur-le-champ; aussitôt je tirai son horoscope, et je le trouvai le plus heureux du monde. Je poussai même encore plus loin la reconnaissance, car je lui tirai du sang avec les ventouses». Il n’en demeura pas là: il enfila un autre discours qui dura une grosse demi-heure. Fatigué de l’entendre et chagrin de voir que le temps s’écoulait sans que j’en fusse plus avancé, je ne savais plus que lui dire. «Non, m’écriai-je, il n’est pas possible qu’il y ait au monde un autre homme qui se fasse comme vous un plaisir de faire enrager les gens». La clarté du jour, qui se faisait voir dans l’appartement de Schahriar, obligea Schéhérazade à s’arrêter en cet endroit. A suivre...
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)