Algérie - Juifs d'Algérie

Les juifs du Sahara
Les premiers Juifs d’Afrique du Nord, bien avant la Conquête arabe, remontent au temps des Phéniciens. Ils seront rejoints par des milliers d’autres Juifs, persécutés et chassés au temps des Babyloniens et des Grecs, déportés et vendus dans les ports africains sous l’empire romain.

La région du Touat
C’est à cette période, soit après la destruction du second temple, qu’un groupe important de la population juive est partie vers l’ouest, longeant l’Atlas saharien, pour ensuite se disperser dans le Mzab, le Touat, le Dra’ et le Sous. Le Touat est le modèle de réussite le plus étonnant.

Le Touat se trouve à environ mille kilomètres de la Méditerranée, à mi-chemin entre la mer et l’océan. Sa population, à l’origine constituée de Haratines, de Berbères et de juifs, a créé une grande prospérité dans cette région qui fut la plaque tournante du commerce caravanier du XII ème au XIVème siècle.

L’histoire des juifs du Touat ne fut découverte qu’à l’arrivée des Français en 1900 mais aussi grâce à certaines archives et à la mise à jour d’une pierre tombale en hébreu.

« Les Indigènes racontent que les ksour de Tamentit furent créés par les juifs l’année de l’éléphant. C’est ainsi que les Arabes désignent l’année au cours de laquelle eut lieu l’expédition qu’Abraha, prince éthiopien, entreprit contre La Mecque pour renverser le temple de la Kaaba ; Abraha montait un éléphant blanc. »
« [Les] populations arabes trouvèrent dans ce pays une partie de celles qui l’avaient mis en culture dès le début : c’étaient les Beni Israël » – Tamentiti cité par AGP Martin, les Oasis sahariennes, 1908 –

« La lettre d’Antonio Malfante, marchand génois envoyé à Tamentit en 1447 pour tenter de trouver une source d’approvisionnement en or africain indépendante des États maghrébins, est un témoignage unique et précieux de la prospérité touatienne et du rôle joué par les juifs, moins d’un demi-siècle avant la fin de leur étonnante aventure, en 1492. Une lettre de Is’haq ben Ibrahim al Touaty datant de 1235 fait état d’un commerce caravanier transitant par le Touat, pour échanger l’or africain et le safran, les lingots d’argent. Écrit en caractères hébraïques et en langue arabe, le document est riche de renseignements sur le commerce caravanier (Égypte-Maroc par le Touat), les incidents de parcours, les prix, le rôle des juifs, qui étaient commanditaires, transitaires, correspondants locaux ou simples chameliers… » -Les juifs au Sahara, J. Oliel in Encyclopédie berbère Edisud –

L’histoire des juifs touatiens se terminera brutalement en 1492 sous les coups des tribus voisines conduites par le cheik Abdelkrim el-Maghili, prédicateur intolérant ne supportant pas que des juifs ne soient pas soumis au statut de dhimmi. Ces juifs fuiront à travers le désert pour échapper à la conversion ou à la mort. En 1864, le rabin Mardochée découvrira une tribu d’origine juive, les Daga, parmi les Touaregs. On retrouvera également en Mauritanie les Ihud, forgerons qui utilisaient, jusqu’aux années 50, les techniques et les motifs traditionnels du sud marocain. Parmi les Touaregs, de nombreux groupes sont originaires du Touat. Près du lac Fati, dans une boucle du fleuve Niger, d’autres juifs touatiens se sont refugiés auprès des Beni Israël, maraîchers au sud-ouest de Tombouctou.

Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire, peu de de juifs ont pu rester quelque part sans être persécutés ou pourchassés. Les temps n’étaient pas tendres pour les plus faibles, quelque soit leur origine. Le sort des juifs était-ils moins enviable que celui des autres populations ou ont-ils simplement plus de mémoire que la plupart de leurs contemporains ?