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Les épines de l’aube de Mila Lamdani Les femmes silencieuses



Publié le 23.05.2024 dans le Quotidien le soir d’Algérie
MERIEM GUEMACHE

Ce roman est inspiré de faits réels. Il raconte une saga familiale qui commence juste après la Seconde Guerre mondiale en Kabylie.
Par la voix de Malha, la narratrice, nous découvrons le dur quotidien des habitants du village de Zelna (Kabylie) et surtout celui des femmes. Zoom sur les traditions, us et coutumes d’un village de Kabylie en ce milieu du XXe siècle.
Mohand a quitté son village natal de Zelna pour vivre en Belgique il y a presque une décennie. Il n’a plus donné de ses nouvelles et sa famille le croit mort et enterré. Aussi, lorsqu’il débarque un beau jour, mû par un mauvais pressentiment (son frère est décédé récemment), c’est la consternation générale.
«L’autobus des Transports de France attendait les voyageurs. Depuis quelques années, il effectuait le trajet entre Alger et Tizi Ouzou.» Après avoir pris le bateau, l’exilé rejoint son village à bord de cet autobus qui le ramène chez les siens : «La stupeur pouvait se lire sur les visages. Mohand fils Chérif Mohand était vivant !»
En le voyant, Yemma Djida, sa mère, se frotte les yeux croyant rêver. Elle vient d’enterrer son fils Brahim et voilà que le ciel lui envoie Mohand qu’elle croyait, lui aussi, propulsé dans le royaume des macchabées. Brahim a laissé une veuve (Djoher) et quatre enfants en bas âge. Dès lors, Yemma Djida va tout mettre en œuvre pour que son revenant de fils épouse Djoher, la veuve de son frère. Mohand est pris entre le marteau et l’enclume. Simone, sa jeune compagne, l’attend à Bruxelles, mais il a peur de s’infliger le terrible ‘dâawassou’ et d’être maudit pour l’éternité en désobéissant à sa mère.
Après de longs conciliabules, l’affaire est conclue. Mohand épouse Djoher, devenant ainsi le père adoptif de Malha : «Nous étions à nouveau une vraie famille et du haut de mes douze ans, je m’en réjouissais, persuadée que notre vie sera enfin joyeuse.»
En Kabylie, à cette époque-là, les filles se mariaient très jeunes. La jolie Malha ne passe pas inaperçue. Saadia, la marieuse du village, l’a repérée pour un instituteur d’un village voisin, Tafella.
«À une dizaine de kilomètres de Zelna, à huit cents mètres d’altitude, s’étalait le village de Tafella couvrant le versant sud de la colline. Vers l’horizon, le mont Tamgout trônait au-dessus du village en signe de protection.»
Malha, qui sort à peine de l’enfance, profite des rares sorties autorisées pour prendre un bol d’air. «Puiser l’eau à la fontaine était la sortie quotidienne des jeunes filles du village et si les seaux étaient lourds et la corvée pénible, nous adorions ces instants de rencontre où nous nous laissions aller à nos discussions favorites, à nos rires complices et nos confidences coquines.»
En véritable chaperon, la grand-mère de Malha veille à son éducation. D’un simple geste, «Setti» lui rappelle qu’il y a une ligne rouge à ne pas franchir. «Je m’apprêtais à sortir quand j’entendis derrière moi le fameux ‘‘haa’’ de ma grand-mère. Je me retournai et vis «Setti», son index crochu tirant vers le bas la paupière inférieure de son œil droit. Je compris le message avec résignation. Il fallait faire attention, se tenir droite, ne pas parler à n’importe qui, baisser les yeux, rester polie avec les adultes rencontrés et ne pas s’attarder à la fontaine.»
Malha échappe in extremis à un mariage forcé avec son cousin Belaïd, vieux et déjà marié deux fois. Mohand, son oncle, accorde sa main à Ahmed, alias Zyeuxbleus, le maître d’école du village de Tafella. Les préparatifs de la fête vont bon train. «Yemma décida qu’il était temps de mettre en train la rénovation de la maison pour que la fête soit encore plus belle. J’entrepris donc de refaire le revêtement des murs (...) Chacun des murs avait été enduit d’argile blanche mêlée de bouse de vache séchée et de paille concassée. La pâte ainsi obtenue offrait une couverture parfaite en même temps qu’elle bouchait les trous et les fissures.» À seulement 15 ans, Malha convole en justes noces. C’est à dos de cheval qu’elle rejoint la demeure de sa belle-famille, après un trajet de plus de trois heures. En cours de route, le cortège marque une halte : «... la coutume était de lire une prière devant le mausolée du saint ancêtre de Tafella dont la renommée avait dépassé les frontières de Kabylie. Les hommes rassemblèrent leurs montures et entamèrent une prière commune à voix basse, les mains rapprochées en coupelle devant leurs visages.»
Dans ce roman, Mila Lamdani raconte aussi le destin de plusieurs femmes réduites au silence et à la soumission à cause du patriarcat. Dociles, elles ont accepté leurs destins minés d’embûches : coups bas, jalousie, humiliation, méchanceté, vengeance, traîtrise, sorcellerie... Un univers à découvrir en lisant Les épines de l’aube de Mila Lamdani. Mila Lamdani habite actuellement dans le sud de la France où elle se consacre à l’écriture après avoir travaillé dans le monde du spectacle vivant lyrique.
L’illustration du roman est signée Farid Mammeri.
Meriem Guemache
Les épines de l’aube de Mila Lamdani. Compte d’auteur. 2023.

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