Alger - Revue de Presse

Le théologien et la comédienne






Quasiment en même temps, cheikh Abderrahmane Djilali et Keltoum ont rendu l’âme. Même fortuite, la coïncidence de ces immenses disparitions revêt une haute signification. Mais, dira-t-on, qu’est-ce qui pourrait rattacher un théologien et historien, entièrement voué à l’observance religieuse et à l’étude, a priori raide et rigoriste, à une comédienne de la scène et de l’écran, entièrement engagée dans le spectacle après avoir fugué, toute jeune, et être reniée par sa famille, ce qui était le moindre mal alors ' Un premier lien saute aux yeux : l’un comme l’autre furent des pionniers. Cheikh Djilali a été le premier à rédiger une Histoire générale de l’Algérie, aujourd’hui à sa 8e réédition ! En tant qu’homme de religion, il fut l’un des premiers à comprendre l’intérêt de la communication moderne. Délaissant le minbar pour le micro, il animera une émission de radio célèbre pour son effort didactique mais aussi son humour. Quant à Keltoum, elle fut la première comédienne algérienne et dut, pour cela, affronter des montagnes de préjugés. Avec son visage d’Ava Gardner algérienne, elle fit montre d’un talent de jeu naturel qui atteint son apogée après l’indépendance avec Le Vent des Aurès (M. Lakhdar-Hamina, scénario de A. Benhadouga), prix de la Première œuvre à Cannes en 1967, que même son réalisateur affirme devoir beaucoup à l’interprétation shakespearienne de Keltoum en mater dolorosa d’un pays opprimé.  
L’autre symbole réside dans le rappel des liens entre les milieux religieux et ceux de l’art. Cheikh Djilali était un passionné de musique andalouse, mais aussi un ami de tous les arts. Il est d’ailleurs décédé à l’hôpital de Aïn Taya, dans la chambre voisine de celle de son neveu, le grand peintre Louaïl, qu’il a toujours encouragé. Son propre fils, Réda El Djilali, est un musicien reconnu. Il avait entretenu des relations étroites avec Mahieddine Bachtarzi, les frères Racim et tous les créateurs. Il fut même sollicité par l’ONDA pour expertiser le patrimoine poétique. Son attitude n’avait rien d’étonnant.
Qui se souvient encore de cheikh El Kebabti, grand mufti d’Alger, qui écrivit au début du siècle de célèbres chansons ' Qui se souvient que Abdelhamid Ben Badis encouragea la publication de poètes algériens, dont certains inspirés du surréalisme, sans jamais les censurer et en leur adressant parfois, après coup, quelques fermes mais gentilles remontrances ' Cheikh Djilali n’a peut-être jamais rencontré Keltoum, mais ils auront sans doute le temps d’en discuter et nous d’y réfléchir.
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le cheikhkebabti etait muphti a alger, exilé par l'occupant et mourut loind e son pays a alexanderie...donc il vecu entre le 18eme et le 19eme siecle.
braham - liberal - tens, Algérie

08/01/2011 - 10046

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