Algérie

Le tabou israélien

Un citoyen français qui s'intéresse particulièrement au Proche-Orient a été choqué par un appel largement diffusé signé par un groupe habituel d'intellectuels parisiens sionistes qui s'en prend avec virulence à l'ONU et use d'amalgames outranciers. Se trouvant dans un pays où les libertés de pensée et d'expression sont officiellement consacrées, ce citoyen a estimé que ces thèses devaient être examinées et contredites pour démontrer qu'elles ne sont que pure propagande en faveur d'Israël. Et il l'a fait avec brio et une verve de polémiste bien informé. Ensuite, il l'a publié sur le site d'Oumma.com. Ce site, au nom qui sent le souffre pour les docteurs en islamophobie, est, naturellement, sous observation stricte. Le citoyen en question y publie donc un texte à tous égards inacceptable parce qu'il a l'outrecuidance de dévoiler impitoyablement le vide intellectuel de ce groupe d'intellectuels-propagandistes qui terrorise la scène parisienne en usant et abusant de l'accusation suprême d'antisémitisme. La réplique n'a pas tardé. Le citoyen français, Bruno Guigue, sous-préfet de Saintes, a été limogé. Et contrairement à ce qu'affirme son supérieur hiérarchique, s'il avait écrit sur les vases Ming, les astres, le sexe des anges, la répression au Tibet, les dérives de Mugabé, le danger iranien ou sur «l'islamo-fascisme», il n'aurait certainement pas été révoqué. Tout lecteur habitué de la presse française pourra rencontrer des signatures de fonctionnaires s'exprimant sur une montagne de sujets, certains très polémiques, sans que le feu de la sanction pour manquement au devoir de réserve s'abatte sur eux. En France, comme partout ailleurs en Europe, grimer le prophète dans la posture de terroriste a été jugé parfaitement recevable au nom de l'indivisibilité de la liberté d'expression. Le seul problème est que dans cette liberté d'expression célébrée avec ferveur, il y a bel et bien une exception: la critique d'Israël. Avant Bruno Guigue, un politologue français reconnu, Pascal Boniface, qui avait eu l'audace de parler librement d'Israël et du conflit du Proche-Orient, a été étripé sous des accusations indignes. Depuis, il a écrit un petit livre intitulé «Est-il permis de critiquer Israël ?». Et à chaque fois, la réponse arrive: non, ce n'est pas permis. Il est permis de s'indigner, à juste titre, pour le sort des Tibétains ou des Géorgiens, il est interdit de s'émouvoir de la mort d'enfants palestiniens. C'est plus qu'un interdit, c'est un tabou. Qu'un Pascal Boniface décortique les mécanismes par lesquels des intellectuels communautaristes essayent d'élever la règle du double standard au rang de norme et de vérité universelle, cela leur est insupportable. Il dépasse les «limites» de la liberté d'expression et des convenances. Nourrie de culpabilisation historique à flux tendus et de confusion permanente entre antisionisme et antisémitisme, l'idéologie européenne dominante a en effet attribué à l'Etat d'Israël un statut d'exception. Bruno Guigue, ci-devant sous-préfet, en fait l'expérience amère. Il reste que cette affaire, qui traduit une certaine inquiétude des cercles pro-israéliens, révèle crûment à l'opinion publique l'existence d'une zone de silence dans le champ de l'expression politique. En ce sens, le limogeage du sous-préfet contribue ironiquement à étayer son argumentaire et relayer son propos.
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