
Publié dans Liberté
À travers cet ouvrage publié aux éditions Hibr, intitulé "Le pays de mes Ancêtres", l'auteur reconstitue l'histoire et les origines de sa région natale, Ath Yenni.
L'auteur Boussad Ibazizène déclare, une fois encore, son amour à sa région natale, Ath Yenni, dans un ouvrage de 121 pages intitulé "Le pays de mes Ancêtres", paru récemment aux éditions Hibr. Après Contes kabyles d'autrefois revisités (Enag 2014), dans lequel il "abordait le riche patrimoine oral de la Kabylie", Ibazizène explore, cette fois-ci, l'Histoire des Ath Yenni, qu'il glorifie en déclarant, dans la première de couverture de "Tamurtiw azizen". A travers anecdotes, documents historiques, et témoignages d'habitants, il rappelle, dans un premier temps, les caractéristiques des Berbères, grâce à des &oeliguvres d'historiens, comme Ernest Mercier, avec son ouvrage Histoire septentrionale, tome III, mais aussi son propre savoir qu'il met au service cet humble ouvrage.
Les tribus berbères, rapporte-il, se référant à l'ouvrage d'Amar Saïd Boulifa, auraient vu le jour après la naissance de cinq fils d'un géant du Djurduja, qui fondirent par la suite les "Quinquégentiers". "Devenus grands et mariés, ils devinrent bientôt pères et chefs de famille. Chaque famille, vivant séparément, prit le nom du fondateur. Bientôt, à ces cinq enfants, vinrent s'ajouter de nouveaux groupements de familles." Pour évoquer la naissance du nom d'Ath Yenni, il reprend quelques légendes sur cette remarquable tribu, qui mentionnent la venue, dans ces terres, d'évadés grecs (Younane), ou encore celles qui relate l'altercation entre un villageois de l'arch Oubelkacem et un ânier du village qui deviendra Ath Yenni. Voulant provoquer son rival, le premier lança au second : "A Yunani, arssed aniyi !" (eh, Yunani, descends me cherche des poux !). "Les caractéristiques des Ath Yenni", est le troisième chapitre de l'ouvrage, qui s'intéressera dans un premier temps à l'une des fiertés de la région : les bijoux berbères. Cette activité dans la région, d'après l'ouvrage de Georges Marçais Les bijoux musulmans de l'Afrique du Nord, remonterait au conflit qui opposa en 1559, les Ath Abbas et les Koukous, et la victoire des derniers (aidés par les Turcs d'Alger) qui réquisitionnèrent des artisans armuriers et bijoutiers, qui s'installèrent, malgré eux, aux Ath Yenni. Loin de se contenter d'une lecture linéaire des faits et leur exposition, Ibazizène préfère donner matière à réfléchir à son lecteur, en analysant ces évènements, leurs causes et leurs conséquences. Ainsi, se demande-t-il, au sujet de la famille des Ath Abbas, de la possibilité de son installation à Taourirt Mimoun ou Ath Maâmar, après avoir quitté Aït Labraâ ?
Ou encore, si ce n'est cette même famille qui reçut, en 1891, le patronyme d'Allam ? S'agissant des raisons de la concentration de cette activité exclusivement dans la région d'Ath Yenni, il mentionne le peu d'intérêt porté par autres villages, lui préférant le commerce ambulant et la mercerie, ainsi que la difficulté de cet art qui demande une "discipline rigoureuse (...) une attention soutenue, avec des gestes précis et minutieux devant un motif au départ grossier". En sus de ces explications, il rend hommage à une figure emblématique, en la personne de "Dda Houna", artisan bijoutier aujourd'hui décédé. Par ailleurs les fondateurs de la région sont aussi évoqués, comme Sidi Ali Ouyahia, et Lhossin Ivazizen, respectivement marabout et "bâtisseur" du village, et combattant contre l'armée française à la fin du XIXe siècle. Par ce bel ouvrage, Bousad Ibazizène rend un vibrant hommage à la terre de ses Ancêtres, avec un regard nostalgique et une langue poétique, qui deviendront, pour les générations futures, un document renseignant de l'auguste passé de leur région et les sacrifices des aïeuls afin qu'elles puissent vivre dans cette terre libre et insoumise.
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