Algérie

«Le multimédia est un moyen d'apprentissage» Fayçal Benkalfat. Musicologue, concepteur de coffrets sur les maîtres de la nouba

«Le multimédia est un moyen d'apprentissage» Fayçal Benkalfat. Musicologue, concepteur de coffrets sur les maîtres de la nouba
-Vous êtes musicologue, chef d'orchestre reconnu et votre couronnement, si on ose dire, est cette mission qui vous a été confiée par le ministère de la Culture consistant à recenser et pérenniser le patrimoine immatériel national. Expliquez-nous comment cela s'est fait '
Les coffrets sont le couronnement de tout un processus qui a été engagé depuis une douzaine d'années. Au début, l'idée c'était d'enregistrer tout le patrimoine musical national. En 2000-2001, le président de la République avait insisté sur l'importance du patrimoine immatériel, cela englobe toute la chanson, toute la poésie, surtout de tradition orale, concernant la musique classique andalouse qui est multiséculaire et tous les genres musicaux locaux de chaque région d'Algérie. Donc, il fallait réfléchir à la façon de faire, alors on s'est dit que la meilleur façon c'était de multiplier les supports sur lesquels on pouvait conserver tout cela. Donc, avec l'avènement du CD, des technologies modernes, le support audio était l'un des meilleurs choix, ainsi que les supports informatiques, les DVD, les disques durs, et ainsi de suite'
-Mais avant d'en arriver là, il fallait procéder à un travail de recensement, de collecte'
Effectivement, il fallait procéder à une collecte de tout le patrimoine immatériel. D'ailleurs, au niveau de l'Unesco, les textes qui régissent le patrimoine immatériel mondial ont été vraiment guidés par la volonté algérienne, et à l'époque, c'était le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, qui avait été le concepteur du texte générique au niveau de cette instance internationale. Donc, nous techniciens, on s'est attelés à la tâche et on a commencé par travailler, du moins à mon niveau, sur le patrimoine de Tlemcen. On était très renseignés grâce aux enregistrements de cheïkh Larbi Bensari et de Redouane Bensari, on a pu travailler à partir de cette base avec des associations. On a pu réaliser, alors, un premier travail de 18 CD en 2000.
-Ensuite, il y a eu le travail technique, artistique des 'uvres collectées'
Après cette collecte, il fallait numériser et transcrire des partitions. C'est-à-dire une fois qu'on avait la pièce musicale, il fallait la transcrire en solfège et en comprendre les mécanismes (mode, rythmique, etc.). Puis, il a fallu accompagner cela d'études systémiques sur la nature des rythmes et des modes. C'est-à-dire tous les matériaux musicaux composant le patrimoine national. On s'est doté d'outils scientifiques et analytiques de conservation. Il faut expliquer qu'on devait travailler non seulement sur un système de numérisation, mais d'échantillonnage pour classifier : il fallait classer toutes les pièces dans leur système rythmique et modal, dans leur environnement musical immédiat. Finalement, vers 2003-2004, nous sommes arrivés à avoir des moyens pour mettre en place l'opération à une grande échelle.
-Sid-Ahmed Serri a été d'un grand apport dans ce travail, vous en parlez souvent '
Bien évidemment, cela s'est fait grâce à des gens comme Sid-Ahmed Serri qui avaient, de leur propre initiative et un groupe d'amis, entamé le processus d'enregistrement de la mémoire et dont le résultat final est l'enregistrement de 45 CD, l'équivalent de 55 heures de tout ce qu'a retenu Sid-Ahmed Serri de sa longue expérience. Nous avons entamé notre travail de numérisation, puis de remasterisation et transcrire vers les partitions, vers les études systémiques, mettre les poèmes qui accompagnaient les textes, traduire une partie des poèmes, etc. Et puis, il fallait reprendre toutes les archives sur lesquelles avait travaillé Sid-Ahmed Serri, soit une base de 10 ou 12 manuscrits.
Comme on ne pouvait pas mettre tout cela sur papier (1200 pages), nous avons pensé au multimédia d'accompagnement qui pouvait prendre toutes ces informations, tous les livres, tous les manuscrits qui pouvaient être utiles pour l'apprentissage et la compréhension de cette musique, les études sur le plan de la prosodie, de la rythmique, avoir donc tout cela sur un même support. On a demandé à son auteur de nous raconter son propre processus de création (son cheminement, ses souvenirs, etc.) en fait, 21 vidéos où il raconte tout son parcours artistique. Il y avait toutes les analyses structurelles, tous les poèmes, toutes les partitions qui accompagnent l''uvre, tout cela en pages, il nous aurait coûté environ 4500 à 5000 pages.
Le multimédia est aussi un moyen didactique pour l'apprentissage. L'idée aussi était de doter les associations, les institutions de ces supports. Le travail de Sid-Ahmed Serri nous servira de modèle pour travailler sur d'autres écoles, celle de Constantine, de Tlemcen et aussi passer à d'autres genres, le aroubi, le haouzi, le medh, le melhoun' et ensuite aller vers d'autres styles plus locaux, comme le chant kabyle, le chant chaoui, le alaoui de la région de Maghnia, de Nador. Maintenant, on peut dire qu'on peut s'attaquer au patrimoine immatériel national'
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Ce travaille est surement très intéressant, mais nous associations de formation en musique andalouse ne trouvons aucune trace de ces coffrets pouvez vous nous orienter . Merci
Zahani Chrif - Enseignant - Constantine, Algérie

16/07/2015 - 268487

Commentaires