Algérie

Le mépris

La campagne « d?explication » du projet de charte prend des allures d?inquisition qui rendent le climat général dans le pays malsain, voire dangereux : les autorités chargées de défendre le texte, à leur tête le président de la République, traitent de tous les noms ceux qu?elles soupçonnent d?hostilité à leur démarche ou qui ne lui manifestent pas un enthousiasme débordant. Le ton menaçant monte au fur et à mesure que se rapproche la date butoir du 29 septembre et il n?est pas exclu que, dans cette logique, l?après-scrutin se transforme en une véritable chasse aux sorcières. Les cibles toutes désignées sont tous ceux qui activent dans les structures étatiques et paraétatiques. Ils ont déjà « payé » après le 8 avril 2004 : rares furent les partisans de Benflis qui ont réussi, depuis la réélection de Bouteflika, à conserver leur fonction ou leur emploi. Quant aux acteurs récalcitrants de la société civile, ils subiront l?ostracisme, cette arme du Pouvoir qui consiste à gommer de la vie publique ceux qu?il juge être ses adversaires. Enfin, les personnalités politiques qui n?ont pas applaudi aujourd?hui ou bien timidement auront droit, une nouvelle fois, au titre d?« ennemis de la nation ». Or si on examine bien ce que disent tous ces gens-là, il n?y a rien qui justifie la hargne et la vindicte des officiels. Il est nécessaire, avancent-ils avant toute chose, que se tienne un débat contradictoire sur cette question de réconciliation, d?importance nationale, afin que les électeurs sachent exactement ce qu?elle signifie : le rôle tant de l?Etat que du pouvoir politique devrait être l?organisation des échanges d?idées, en toute neutralité et impartialité. Libre ensuite à chaque citoyen - c?est là un des principes clés de la démocratie - de choisir son camp, en toute connaissance de cause, loin de toute pression politique. Leur remarque s?arrête là, convaincus qu?il y aura certainement beaucoup d?Algériens qui opteront pour la voie du pardon aux égorgeurs d?hier, en leur âme et conscience. Leur choix sera dicté par leur morale personnelle. Tout aussi nombreux, d?autres citoyens exprimeront leur refus de toute amnistie, qu?elle soit des terroristes ou des responsables des disparitions, qui fasse l?impasse sur la justice et la vérité. Ces Algériens mettront également en avant leurs convictions profondes ainsi que les avancées en matière de légalité et de morale internationale. Fort des résultats d?un vote « propre et honnête », l?Etat, de son côté, mais toujours non partie prenante, après avoir sondé l?âme de la population, en tirera les mesures nécessaires pour commencer à traiter les séquelles de la crise de la décennie 1990. Si tout devait se dérouler ainsi, le scrutin du 29 septembre serait le bienvenu et posséderait toutes les chances de devenir un grand moment de l?histoire du pays. La paix serait à ce prix, les Algériens seront réconciliés avec leur conscience et reconnus dans leurs différences. Dans la foulée, ils renoueraient enfin avec leur Etat, devenu d?accompagnement et non de contrainte. Ce point de vue mérite-t-il le mépris ?
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