Algérie

«Le meilleur mécanisme pour réduire les écarts» Boutheina Gribaâ. Coordinatrice de projets au Cawtar

«Le meilleur mécanisme pour réduire les écarts» Boutheina Gribaâ. Coordinatrice de projets au Cawtar
- L'Assemblée populaire nationale est en passe d'adopter une loi faisant obligation d'un quota de 30% de femmes dans les assemblées élues. Que pensez-vous de cette initiative ' Contribuera-t-elle à un renforcement de la participation des femmes à la vie politique '
Nos sociétés arabo-musulmanes ont, à des degrés différents, introduit des réformes en vue d'une meilleure participation des femmes à la vie publique en général et à la vie politique en particulier. Les indicateurs, en ce qui concerne l'accès des femmes aux postes politiques, prouvent qu'il y a une certaine amélioration, différente d'un Etat à un autre selon la volonté politique exprimée dans ces pays. Autrement dit, nous remarquons que les pays où l'on enregistre une volonté politique d'encourager la représentativité politique des femmes, concrétisée notamment par l'adoption du système des quotas, sont ceux-là mêmes qui ont su approcher de la barre des 30% fixée par la plateforme de Beijing ainsi que par les Objectifs du Millénaire pour le développement. Cependant, les mutations socioéconomiques qu'ont connues et que connaissent encore nos pays, sont de nature à remettre en question les réformes introduites, notamment dans le cadre de la réalisation de l'égalité politique. Nous assistons à une «démocratisation» de la vie politique rejetant les mesures discriminatoires positives, à la montée de courants islamistes (conservateurs) ; ce qui est de nature à réduire les chances de participation politique des femmes.
Aussi, j'estime que les mesures discriminatoires positives ' tel le système des quotas pour les femmes ' seraient le meilleur mécanisme pour réduire les écarts entre femmes et hommes en politique.
En Tunisie, où l'ex-parti au pouvoir (RCD) a adopté le système des quotas, on a enregistré une percée progressive des femmes dans les instances élues, les deux Chambres et les municipalités en particulier. Après la Révolution, on a introduit, pour les élections de l'Assemblée constituante, la parité assortie de l'alternance sur les listes des candidats aux élections. Avec la pléthore de partis politiques et le peu de présence de femmes têtes de liste, on craint de voir les femmes représentées à l'Assemblée constituante avec un faible taux par rapport aux 30% des dernières élections législatives de 2009.
De ce fait, je dirai que le quota est le meilleur moyen de faire accéder les femmes au champ politique, demeuré très longtemps le fief des hommes. Le problème est en premier lieu un problème de mentalités, de formation à la politique, de mesures d'accompagnement à mettre à la disposition des femmes pour qu'elles puissent mener à bien les trois rôles qu'elles assument au sein de la famille, sur le marché du travail et sociétal.
- De nombreuses voix, au sein de ces partis et des associations féminines, s'élèvent contre ces quotas, arguant de l'introduction à tout prix de femmes qui n'auront peut-être pas les compétences escomptées. Qu'en pensez-vous '
Oui, on avance toujours cet argument pour contrecarrer la participation des femmes à la vie politique. Mais est-ce que tous les hommes politiques sont compétents ' Comment ces hommes ont-ils fait leurs premiers pas dans la sphère politique ' N'ont-ils pas commis des erreurs au début ' La politique s'apprend et les femmes comme les hommes ont des aptitudes à se former. Les activistes des partis politiques et des associations féminines et autres, au lieu de s'élever contre le système des quotas, feraient mieux de revoir leurs programmes et leur stratégie de mobilisation de la gent féminine par l'introduction de sessions de formation sur le genre ciblant hommes et femmes, des formations sur le leadership pour les femmes, d'autres sur les connaissances nécessaires en matière de politique (lois, code électoral').
- La société algérienne, conservatrice, est-elle prête à accepter la présence féminine dans la vie publique, en politique en particulier '
Les femmes ont trop attendu l'exercice de leur «égalité citoyenne et non discriminatoire». Il est grand temps qu'on les accepte telles qu'elles sont, surtout que leur niveau d'instruction avance d'année en année, de même que le taux de réussite aux examens nationaux' Autrement dit, elles sont nanties des mêmes compétences et aptitudes que les hommes.
Il faut leur donner cette chance dans l'immédiat et elles montreront à la société algérienne qu'elles sauront assumer cette mission comme il se doit et qu'elles seront à la hauteur de la confiance placée en elles par la société algérienne, qui a bien accepté la participation de la femme algérienne à la guerre d'indépendance.
Pourquoi ne l'accepterait-on pas aujourd'hui, maintenant que la femme doit participer à la lutte pour le développement, l'égalité et la dignité '
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