
Le chapelet, appelé Seb’ha, Misbaha ou Tasbih dans le monde musulman, est bien plus qu’un simple objet de piété. Il accompagne le fidèle dans sa pratique du souvenir divin (Dhikr) et s’inscrit dans une tradition spirituelle ancienne, partagée sous différentes formes par les grandes religions monothéistes. À la fois outil de méditation, support pédagogique et symbole mystique, il occupe une place centrale dans la vie spirituelle de millions de croyants.
Dans la tradition islamique, la fonction principale de la Seb’ha est de compter les invocations et les formules de glorification divine. Sa structure classique comprend généralement 99 grains, en référence aux 99 Noms Sublimes de Dieu, ou 33 grains répétés trois fois.
Après les cinq prières quotidiennes, le fidèle récite souvent des formules rituelles : glorification, louange et exaltation divines, chacune répétée 33 fois. Bien que la pratique originelle attribuée au Prophète Muhammad privilégiait le comptage sur les phalanges de la main droite, le chapelet s’est rapidement diffusé comme moyen pratique de maintenir la concentration et la régularité dans la récitation. Il joue aussi un rôle pédagogique, notamment dans l’apprentissage des invocations par les enfants et les nouveaux pratiquants.
Dans la spiritualité soufie (Tasawwuf), le chapelet acquiert une portée symbolique plus profonde. Il devient un instrument de transformation intérieure et un signe d’engagement dans une voie spirituelle.
Lors de l’initiation dans une confrérie (Tariqa), le maître spirituel transmet au disciple un wird, c’est-à-dire un ensemble de litanies spécifiques. La Seb’ha sert alors de support matériel à cette discipline. Pour le soufi, elle agit comme un rappel constant contre l’insouciance (ghafla) et aide à maintenir le cœur en éveil au milieu des activités quotidiennes. Certains chapelets soufis comportent des centaines, voire des milliers de grains, destinés à de longues séances de méditation solitaire.
L’usage d’un objet pour rythmer la prière existe également dans le christianisme. Le rosaire catholique, composé de 59 grains, sert à méditer sur les mystères de la vie du Christ tout en récitant des prières répétitives.
Dans la tradition orthodoxe, les moines utilisent un chapelet de laine nouée appelé komvoskhini ou tchotki. Chaque nœud correspond à la récitation de la « prière du cœur », adressée à Jésus-Christ, dans une quête de recueillement intérieur comparable au Dhikr islamique.
Le judaïsme ne possède pas de chapelet à grains équivalent, mais il attribue une fonction spirituelle similaire aux franges rituelles appelées tzitzit. Attachées au châle de prière, elles rappellent visuellement et tactilement les commandements divins.
La symbolique numérique des nœuds et des fils renvoie aux 613 prescriptions de la Torah. En les touchant durant la prière, le fidèle renforce sa concentration et sa conscience de la présence divine.
À travers ces traditions, le chapelet apparaît comme un outil universel de méditation et de discipline spirituelle. Qu’il s’agisse de la Seb’ha musulmane, du rosaire chrétien ou du symbolisme des tzitzit juifs, ces objets traduisent un même besoin humain : rythmer la prière, canaliser l’attention et ancrer le souvenir du sacré dans les gestes quotidiens.
Plus qu’un simple accessoire religieux, le chapelet incarne ainsi un pont entre les traditions monothéistes, révélant une convergence profonde dans la recherche du recueillement et de la présence divine.
Posté par : soufisafi
Ecrit par : Hichem BEKHTI