Algérie

La règle et la morale


Il faut savoir que, d?un côté, le gouvernement, en l?absence d?informations médicales précises, se veut très rassurant sur la maladie du Président. Dans les propos récents d?Ouyahia, il n?y a, en effet, pas d?équivoque possible sur la fiabilité du contrôle médical subi en France par le chef d?Etat et son retour au pays qui ne saurait tarder. De l?autre, on fait tout pour nous suspendre à ce cette maladie comme si elle revêtait une gravité certaine en empêchant presque la vie de poursuivre son cours normal. Cela se remarque par le fait d?annulations, dictées ou inspirées, par ci, par là d?activités ou de manifestations publiques initialement programmées et en fin de compte annulées en raison de l?état de santé de Bouteflika. Ainsi, pour citer quelques exemples significatifs, en est-il du report de l?inauguration d?une importante usine à l?est d?Alger qui s?apprête, nous dit-on, à ouvrir de bonnes perspectives pour l?emploi dans la région. Pour le directeur de cette entreprise, différer cette inauguration constitue tout simplement une marque de respect pour le premier magistrat du pays, et sûrement un acte de solidarité spontané pour montrer à ce dernier que, en ces durs moments de convalescence, nombreux sont les Algériens qui le soutiennent. C?est peut-être une façon un peu singulière d?affirmer sa citoyenneté, mais il reste difficile tout de même de comprendre la particularité du lien qui existe entre un geste symbolique indispensable au démarrage d?une entreprise économique et la maladie de Bouteflika dont on nous dit par ailleurs qu?elle est tout à fait bénigne. On peut citer également le report d?une représentation musicale prévue, hier, à la salle El Mougar en commémoration du 27e anniversaire de la mort d?El Anka. C?est le ministère de la Culture qui devait parrainer ce concert et c?est lui qui a décidé de sa déprogrammation (il est différé à une date ultérieure) en raison de l?épreuve médicale que traverse le premier magistrat d?Algérie. De cause à effet, si cette actualité médicale fort sensible est de nature à ne pas nous laisser indifférents, il est regrettable de voir qu?elle tend à nourrir certains réflexes qui n?ont pas lieu d?être lorsqu?ils ressemblent à des excès de zèle. Cela nous rappelle les années de plomb du parti unique où le quotidien officiel de l?époque ne pouvait pas (n?avait pas le droit) de publier un bulletin de la météo qui parlait de mer agitée au moment où les instances suprêmes tenaient des discours dithyrambiques sur la situation économique et sociale du pays. De là à croire donc que l?on veut nous ramener à cette période en exploitant maladroitement des circonstances pénibles dans le but inavoué de se montrer et de se mettre dans les bonnes grâces des gens du pouvoir, il y a un pas que d?aucuns n?hésitent pas à franchir. En quoi la mise en marche d?une nouvelle usine, un concert musical peuvent-ils être en porte-à-faux avec la maladie du Président ? Seuls les censeurs peuvent nous le dire. Comme seuls les manipulateurs de l?ombre peuvent saisir l?intérêt qu?il y a à étouffer dans l??uf une grève de douaniers qui risquait de faire du bruit suite au limogeage arbitraire d?un responsable syndical. Bouteflika malade, tout doit être clean, c?est la règle.
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