Algérie

La recette pas tout à fait secrète du parfait candidat



Pendant la décennie sanglante des années quatre-vingt-dix, le pays allait être obligé d?importer des coopérants techniques pour combler les désaffections de nombreux élus et pallier le manque dramatique de candidats aux élections des différentes assemblées. On se défilait à leur simple évocation. C?était l?époque héroïque des fameuses DEC dirigées par des kamikazes.Avec la paix revenue, c?est la ruée vers ces magistratures. Qu?est-ce qui fait donc courir les gens après les postes politiques en rivalisant d?astuces et de coups tordus faisant appel à des combines souvent à la limite de la légalité ? D?ailleurs, cette dernière n?a jamais fait bon ménage avec une campagne électorale ni empêché la corruption qui en est devenue l?inévitable corollaire. Sacrifier son temps et dépenser des sommes parfois incroyables, est-ce par pur souci de servir son pays ou la préparation de l?assaut contre le trésor public ? Tout ce qui compte c?est d?arriver à s?accrocher au train, qu?importe la forme. Aucune loyauté envers le groupe politique auquel on appartient si ce dernier ne peut garantir un bon classement sur la liste électorale. On cherche ailleurs, quelle que soit la coloration politique, aussi antinomique soit-elle.Si en public, même si personne n?est dupe, on tient encore, juste pour le respect de l?usage, un discours hypocritement patriotique, en privé, la plupart vous diront sans éprouver aucune gêne qu?ils veulent améliorer leur statut social. Comble d?ironie, aucun candidat n?aura la pudeur de camoufler ses véritables intentions. L?objectif commun à tous ces prétendants à l?ambition parfois démesurée est de se rapprocher le plus près possible des centres de décisions. L?un est hanté par l?idée fixe de se mettre en pole position pour le poste de sénateur. L?autre déclarera froidement qu?il vient pour régler des problèmes personnels et s?enrichir.D?ailleurs, si quelqu?un ose prétendre qu?il est mû par le souci de servir la chose publique, on le prendrait pour un anachronique, un zombi qui arrive d?une autre planète avec une culture étrange. Clamer sans aucune vergogne qu?on n?a aucun devoir envers la société est plus adapté à l?air du temps et prouve un signe de bonne santé mentale.Dans la fièvre qui s?empare en conséquence du pays, jusqu?à fausser tous les critères de jugement fondamentaux, on a même vu les membres de la commission chargés de sélectionner des candidats, consacrer, sans aucun état d?âme, leur mission à s?auto-sélectionner ! S?il y a des places en queue de liste on puisera dans le tas de dossiers pour le complément nécessaire à la finalisation du travail. Comme quoi on n?est mieux servi que par soi-même ! Les plus audacieux vont même jusqu?à investir des sommes colossales.Des montants à vous donner le vertige parce que, rationnellement, on ne pourra jamais les récupérer par des moyens légaux. Des philanthropes qui font des investissements à perte ! Pour l?anecdote, on raconte qu?un riche éleveur, obsédé par la recherche de la notoriété et le désir excessif des honneurs, est arrivé devant le lieu où allait se dérouler un simulacre de vote pour désigner les membres d?une de nos augustes Assemblées (dites) populaires, sortit de la malle de son véhicule un gros cartable et commença à faire un tour en aparté avec chacun des présents avant de les voir revenir, comme deux larrons en foire, le visage fendu jusqu?aux oreilles par un large sourire et l?air satisfait. La magie avait donc frappé pendant le laps de temps nécessaire à ce très petit circuit. Après chaque navette, on pouvait remarquer que les boursouflures du cartable disparaissaient et que le contenant s?allégeait à vue d??il. Son chauffeur, en vigie dans un coin de la cour, observait le manège et n?attendait qu?un signal de son maître pour accourir avec un autre gros cartable de renfort si jamais les enchères venaient à s?envoler.A l?un de ses laudateurs, intrigué par le manque de discrétion de la man?uvre, il déclara, sans la moindre retenue, qu?il venait de vendre de véritables moutons au marché de bestiaux pour acheter les voix des moutons sous apparence humaine qui n?éprouvent aucune honte à venir profiter de la prodigalité qui s?empare des candidats aux élections. Une véritable bourse à laquelle ne manque que le crieur ! Non seulement personne ne s?est offusqué, ne serait-ce que pour la forme devant cette facétie rocambolesque, mais au terme de ce souk, le Monsieur s?est retrouvé confortablement satellisé pour un quinquennat.Les conditions d?éligibilité, c?est quoi cette invention impie sortie tout droit de l?esprit tortueux d?un intellectuel fauché ?Ce jour-là et les jours d?après, ce fut la fête au village et on vient de toutes parts féliciter l?heureux élu et goûter au fameux méchoui de la région. N?allez surtout pas lui demander son programme de travail ou quels sont ses projets pour le devenir de la société. Il s?en balance comme de l?an quarante. S?il daigne vous répondre, il vous dira avec une franchise déconcertante qu?il a conquis de haute lutte le sésame de la nomenklatura pour développer ses affaires ou pour briguer l?un des hauts postes de la république, même s?il n?a jamais été capable de prendre un journal à l?endroit.Du jour au lendemain, un individu pareil, catapulté dans les hautes sphères avec les méthodes que l?on sait, est investi de la lourde charge de légiférer ou de gérer les affaires de la communauté nationale.Notre Kouider national, venant tout droit de sa steppe natale et habitué à monter sur ses ergots devant un parterre de pauvres bougres qu?il humilie avec l?insolence de sa richesse, aura donc l?insigne honneur de représenter et de porter haut la bannière du pays dans les forums internationaux. Que ne donnerai-je (même ce qui me reste à vivre) pour assister à l?une de ses rencontres avec ses homologues étrangers ou par exemple une visite au sénat US ou plus, près de nous, l?Assemblée française ! Dans les sujets à débattre, ses hôtes ne vont certainement pas s?éterniser sur l?évolution de la bourse des marchés à bestiaux d?El-Harrach ou l?incidence de la sécheresse sur le cheptel !Quelles seront les retombées pour le pays de cette balade aux frais de la princesse ?Une franche rigolade devant le spectacle de cette inconscience dans le choix des moyens humains avec lesquels nous voulons participer à la culture universelle. Comment dans ce cas amener les autres à nous accorder un quelconque crédit, nous écouter alors que nous leur donnons toutes les raisons de ne pas nous prendre au sérieux, voire nous ridiculiser et nous faire avaler tout ce qu?ils veulent ?Où en sommes-nous des fameux critères des années quatre-vingt, compétence, intégrité, engagement, qui auraient dû guider la sélection des ressources humaines et qui ont fait rêver combien de générations de cadres de valeur avant de s?apercevoir que ce n?est qu?une des nombreuses supercheries démagogiques ?L?autre candidat, à l?ambition plus modeste, qui voulait, il n?y a pas si longtemps, simplement vivre décemment, s?est retrouvé en condition de se poser la question : comment s?enrichir vite ? Une question à laquelle peu de gens peuvent répondre.Pour y parvenir, certains engagent leur génie, leurs efforts et leurs ressources dans des entreprises dont les résultats forcent le respect, d?autres se lancent dans les jeux de hasard; chez nous, le loto semble avoir peu d?élus. Certains profitent d?un héritage, mais combien d?entre nous avaient un Oncle en Amérique ? Le reste fricote avec plus ou moins de bonheur avec les affaires.Pourtant, quelques-uns semblent avoir découvert une voie originale et garantie efficace qui leur permet une ascension fulgurante en un minimum de temps et avec peu d?effort.Ainsi, nous constatons que du jour au lendemain le voisin avec lequel on faisait le trajet à pied pour aller se rincer gratuitement les yeux au marché et revenir avec la mercuriale brûlante en mémoire, a subitement déménagé vers les quartiers huppés et se retrouve au volant du dernier modèle sorti des chaînes d?une marque prestigieuse.Il commencera par vous éviter et si par hasard vos regards se croisent vous sentirez tout le reproche qu?il vous fait pour tout le temps qu?il a perdu en votre stérile compagnie !Il appartient maintenant à un autre univers avec ses comportements et son langage dépouillé de toutes les scories du romantisme. De partenaire des interminables parties de dominos, il devient le point de ralliement des entrepreneurs et autres grosses légumes. C?est lui qui décide des projets à réaliser, signe ou facilite la signature des situations de travaux et des factures. Il est devenu M. le Maire. D?ailleurs, la première opération avec laquelle il a étrenné son mandat, c?est l?achat d?une limousine flambant neuf. Son nouveau statut l?oblige à éviter d?être vu dans la voiture de service héritée de la précédente magistrature. Madame avait applaudi cette tendre perspective d?être baladée par son maire de mari dans un véhicule neuf et climatisé, elle qui n?a connu que les effluves pestilentiels des bus bondés. Elle ne se doutait pas que le changement peut concerner d?autres domaines et n?a pas encore saisi le contenu du programme de modernisation concocté en secret par son mari. Lorsque le brassage de ses propres affaires devient insupportable, il se paie une Omra pour échapper un peu à ce pénible brainstorming et remettre de l?ordre dans ses idées tout en « rinçant ses os ».Et dire que tout ce cirque se passe devant tout le monde et que personne ne réagit pour endiguer cette gangrène qui est en passe de devenir la véritable nature de notre société. La corruption continue à fausser toutes les tentatives de développement, et ce, dans tous les domaines. Combien de nos responsables ont promis et juré de l?éradiquer sans y parvenir. D?ailleurs l?ont-ils tenté avec détermination ?Et si un beau jour le miracle combien espéré se réalise et qu?enfin nous nous aidons à manifester la curiosité thérapeutique de demander à ces aventuriers de justifier leur insolente situation.Ce jour, le grand ouf ! qui monterait des quatre coins de l?Algérie serait capable de perturber la météo et nous ramener des pluies bienfaisantes !
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